Face au monde
![]() | Un jour en septembre - Kevin MacDonald Royaume-Uni, 2000 - 92 min cinéma/cinéaste/film/films/art/culture/société/magazine/mp3 |
| Le documentaire de Kevin MacDonald sur la prise en otages meurtrière de dix athlètes israéliens aux JO de 1972 sort en salles opportunément, au même moment que Munich de Spielberg, sur le même thème. Si Un jour en septembre séduit par son rythme, il déçoit par sa documentation insuffisante et son côté larmoyant. Avant le film, pendant le film, sur l’affiche du film, il y a d’abord cette image : cette silhouette mince, ténue, dans un sous-pull jaune à col roulé, et ce visage encagoulé. Cet homme qui ouvre la fenêtre de l’appartement et se penche, regarde, referme, ouvre encore, négocie, fume une cigarette, toise, puis referme. Devant lui, les caméras du monde entier, les familles, les athlètes, les membres de la police allemande attendent. Derrière lui, dix otages israéliens ligotés - un est déjà mort. Sans doute à jamais les vingt-et-une heures que durèrent la prise d’otage des JO de Munich et la tuerie qui s’en suivit, sont-elles concentrées dans cette image-là : un visage que l’on ne voit pas, une cagoule aux yeux percés. Une seule image et déjà, une contradiction : est-il possible que cet homme à la silhouette gracile ait pu braver le monde occidental ? C’est possible, c’est arrivé « pour de vrai » le 5 septembre 1972 au 31 Connollystrasse. C’est l’histoire de Munich en 1972, alors que l’Allemagne fédérale de Willy Brandt, à nouveau démocratique, déjà en prise avec la FAR de Baader, tient à effacer les images de 1936 pour montrer au reste du monde que la page est tournée. Mais aux photographies de Leni Riefenstahl succèderont celles de Raymond Depardon, alors photographe de presse. Images déconcertantes de la perplexité des responsables allemands face au « problème » ; des membres de la police bavaroise qui semblent tout droit sortis d’un film de Chabrol ; les autorités bedonnantes, ennuyées face à Issa, le leader palestinien cagoulé. Soulignement partisan de la souffrance En contrepoint à ce déficit, la volonté toute assumée, toute partisane du réalisateur de souligner la tristesse des familles israéliennes, le bonheur fauché, le deuil infini : ainsi la dernière séquence du film vient-elle tout saper, où la fille d’Ankie Spitzer rend visite à son père au cimetière... Balade que rien au monde ne justifiait : aux yeux du réalisateur, l’effroi ressenti ne suffirait donc pas à ce « thriller documentaire » (expression de Kevin Mac Donald lui-même) ? Ici, le soulignement partisan de la souffrance des victimes apparaît au mieux comme indigeste, au pire comme indécent. Sans doute aurait-il été plus pertinent de conclure sur la séquence de la cérémonie donnée le 6 septembre dans le grand stade, où 80 000 personnes se rassemblèrent autour des violonistes en hommage aux sportifs assassinés. Seuls certains athlètes soviétiques et arabes refusèrent d’y assister, préférant continuer à s’échauffer. Un jour en septembre [Illustrations : © Memento Films, Un jour en septembre] |
| Sophie Berdah LOG OUT Sur Flu : Sur le web : |

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