Au nom dun père
![]() | Munich - Steven Spielberg Etats-Unis, 2005 - 160 min cinéma/cinéaste/film/films/art/culture/société/magazine/mp3 |
| Entre film d’action et d’espionnage, Munich ose ouvrir la boîte de Pandore du conflit israélo-palestinien. Une œuvre discutable, mais à l’efficacité impeccable, où Steven Spielberg invente un réalisme singulier, insistant sur l’expérience intérieure de ses personnages. A peine six mois écoulés depuis le monumental La Guerre des mondes que voici Munich. La vélocité des tournages de Steven Spielberg est unique. Personne, même à Hollywood, n’aura atteint une telle capacité à enchaîner des productions si conséquentes. A aller trop vite, Spielberg pourrait céder au bâclage, mais non. Passer de la science-fiction pour la renouveler, à un événement aussi complexe que la prise en otage des athlètes israéliens à Munich en 1972 par le groupe terroriste palestinien Septembre noir, c’est pour Spielberg l’occasion d’innover dans la continuité. Chaque nouveau film de Spielberg reflète une proposition de mise en scène, voire une esthétique. Depuis sa collaboration avec Janusz Kaminsky (sur Saving Private Ryan), les films de Spielberg ont changé. Ils sont plus riches, complexes, noirs, la lumière y traduit des états, des sensations ; les détails des décors ou objets foisonnent jusqu’au fétichisme. C’est ce qui séduit et intrigue dès les premières minutes de Munich où, à travers une série d’images hétérogènes (différents points de vue et images d’archives), Spielberg reconstitue la prise d’otage. La lumière du film y colle à celle de l’époque, précisément à sa « réalité photographique », soit le souvenir d’images soumises aux techniques du passé retraduites par celles du présent. Cet étrange décalage temporel du statut de l’image donne à Munich une teinte singulière éloignée du simple artifice. Elle estompe les frontières entre une vision d’auteur et une certaine forme de « réalisme » (*). La famille, éternel trait d’union La place du père (Bana) comme être conscient du monde, reflet d’une responsabilité dont il a la charge, esquisse le portrait d’un Spielberg tentant une actualisation de son cinéma au travers d’une Amérique qu’il interroge en creux. Sans contestation ni morale, il ajoute à son œuvre une dimension plus ample, fondée sur l’expérience du monde et non sur un discours global voué à la vérité. Prendre ce parti avec le sujet brûlant de Munich, et ainsi risquer d’humaniser le terrorisme, est moins une justification qu’une simple et honnête remise en perspective, à hauteur d’homme, des actes et des idéologies qui les engendrent. Munich [Illustrations © Universal Pictures] (*) Sur cette question, voir également notre chronique de Good Night and Good Luck (George Clooney, 2004). Un débat que Spielberg avait lui-même contribué à ouvrir dès La Liste de Schindler (1993). |
| Jérôme Dittmar |

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