Spielberg et la loi du talion

Publié le par David CASTEL

polémique


Alain Lorfèvre et Gérald Papy

Mis en ligne le 24/01/2006
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Son dernier film décrit la traque par un commando israélien des commanditaires palestiniens de la prise d'otages des JO de Munich.
Une «prière pour la paix» qui dérange.
Car le réalisateur dénonce l'engrenage de la violence.

Karen Ballard

Mercredi, sort sur les écrans belges «Munich», le vingt-cinquième long métrage(1) de Steven Spielberg. Un film qui suscite déjà une polémique en Israël où il sort ce mardi. Ce n'est pas le sujet de l'oeuvre qui crée l'émoi - la prise d'otage sanglante de Munich, dans la nuit du 5 au 6 septembre 1972, qui entraîna la mort de onze athlètes israéliens, et surtout la traque menée par les services israéliens contre ses commanditaires palestiniens - mais le traitement que Spielberg lui a réservé.

Un peu moins de six mois après «La guerre des mondes», le réalisateur américain arrive en tout cas avec une nouvelle oeuvre ambitieuse, inspirée du livre «Vengeance» (lire ci-dessus). Eric Bana y interprète Avner Kaufman, leader du commando du Mossad où l'on reconnaît aussi Mathieu Kassovitz, Daniel Craig (le nouveau James Bond) ou Ciarn Hinds. «Munich» a été filmé dans le plus grand secret entre la Hongrie, Malte et Paris.

Le résultat est une oeuvre impressionnante, portée par des acteurs jouant tout en sobriété et destinée à un large public, d'adultes, car quelques scènes de violences sont extrêmement réalistes. Au-delà de la reconstitution de la prise d'otages et des actions de vengeance du commando israélien, «Munich» est une réflexion sur l'engrenage de la violence et sur la responsabilité individuelle de ses auteurs. Une question d'une puissante actualité, plus de 30 ans après le drame des Jeux olympiques, puisque le gouvernement israélien n'a pas mis fin à ses exécutions extrajudiciaires contre les Palestiniens et puisque l'administration Bush, dans sa «guerre contre le terrorisme» depuis les attentats du 11 septembre 2001, n'hésite pas à recourir - de plus en plus de preuves l'attestent - à des moyens extra-légaux. Ce parti pris de Steven Spielgerg est donc de nature à déranger.

La liberté de l'auteur

Mais avant de développer cet aspect, évoquons les critiques «techniques» formulées à l'égard du scénario. «Munich» n'est pas un documentaire sur l'«Opération vengeance» et recèle des scènes effectivement «invraisemblables» : la rencontre fortuite dans une planque entre les membres du commando israélien et un groupe de terroristes palestiniens ou le recours à de mystérieux agents «privés» français pour localiser les commanditaires de la prise d'otages; le Mossad est mieux outillé que quiconque pour le faire. Mais il relève de la liberté du réalisateur d'avoir composé une oeuvre artistique, un «thriller psychologique» comme l'affirment ses promoteurs.

Revenons au propos principal du film. Steven Spielberg revendique d'avoir voulu faire une «prière pour la paix». Au début du film, le Premier ministre israélien Golda Meïr défend sa décision de pourchasser les auteurs de la «boucherie» de Munich: «Nous représentons la civilisation. Quelle loi nous protège de ces pratiques ?». Deux heures trente et quelques cadavres plus tard, Avner, après avoir entendu un terroriste palestinien lui dire que «subir des milliers d'années de haine ne rend pas bon», s'interroge légitimement sur l'engrenage de la violence et sur l'efficacité de la loi du talion. Si on peut douter qu'un vrai agent du Mossad ait effectivement ce genre d'états d'âme, sont-ils si rares les Israéliens et les Palestiniens à les partager?

(*) Si l'on inclut «Duel», téléfilm aux Etats-Unis mais sorti en salles en Europe.

© La Libre Belgique 2006

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Publié dans Critiques film France

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