«Syriana», la réponse du «traître» George Clooney
Présenté à la Berlinale, le nouveau film de l’acteur sort sur nos écrans. Rencontre.
Emmanuel Cuénod
Publié le 22 février 2006
Il y a quelques jours, George Clooney présentait à Berlin Syriana, film sur la politique américaine au Moyen-Orient, tourné en partie à Genève.
![]() George Clooney. © DR |
Parallèlement, le comédien vient de signer sa seconde réalisation, Good Night and Good Luck!, plaidoyer en faveur d'une télévision plus courageuse. Ces deux œuvres, qui traduisent l'engagement politique de l'ancienne star d'Urgences, se retrouvent aujourd'hui citées aux Oscars. Rencontre avec un acteur peu enclin aux compromis.
Vous êtes cité plusieurs fois aux Oscars. En est-il un que vous rêveriez de gagner?
Honnêtement, oui: l'Oscar du meilleur film pour Good Night and Good Luck! C'est un projet qui m'est tellement personnel. J'y parle du monde dans lequel j'ai grandi, de mon père, qui a été durant quarante ans chef de l'information à la télévision.
La droite américaine a-t-elle réagi à «Syriana», qui trace un portrait sans concession des arcanes du pouvoir?
Il y a encore quelque temps, j'étais perçu par certains comme un traître. Aujourd'hui, ils se taisent. Ce qui montre combien l'Amérique a changé depuis Katrina. Jusqu'alors, la presse n'osait pas jouer son rôle de contre-pouvoir. Après ce désastre, les journalistes en ont eu assez. Ils ont recommencé à poser de véritables questions. La droite a compris le message. Elle change d'attitude.
Vous dites que vous étiez considéré comme un traître. Quelles en furent les conséquences?
C'était pénible. Il y avait des appels au boycott, des rumeurs disant que ma carrière était finie. Je me souviens d'ailleurs avoir appelé mon père pour lui demander si j'allais au-devant de gros ennuis. Il a voulu savoir si ma maison était payée. J'ai répondu que oui. Alors il m'a dit: «Tout va bien, arrête de pleurnicher.» C'est ce qui m'a conduit à me lancer dans des films comme Syriana ou Good Night and Good Luck!
Ce n'est pas la première fois que l'Amérique s'attaque à ses stars.
Il faut croire que notre histoire est cyclique. Tous les trente ans, nous paniquons parce qu'une chose ou une autre nous effraie. Or, dans ces moments-là, l'un des premiers soucis du gouvernement est d'exercer un contrôle sur les figures connues du grand public, les célébrités.
Comment analysez-vous ces mouvements de panique typiquement américains?
Je crois qu'elle naît de notre conception très ouverte de la liberté. Lorsque la situation se durcit, nous sommes tentés de croire qu'une telle liberté nous rend vulnérable. Tout est alors entre les mains de celui qui détient le pouvoir. Après le 11 Septembre, nous aurions eu besoin d'un Roosevelt pour nous rappeler que nous n'avons rien à craindre, sinon la peur elle-même.
Et vous aviez Bush...
Parce que nous pensions que tout allait bien! La guerre froide était terminée et tout ce qu'il fallait à l'Amérique, c'était un administrateur. Au fond, que cet administrateur s'appelle Bush ou Gore ne semblait pas déterminant...
Bush avait aussi les médias de son côté...
C'est un véritable problème: aux Etats-unis, les téléspectateurs ne regardent plus que des programmes allant dans le sens de leurs opinions sociopolitiques. La télévision a perdu sa capacité à éduquer, elle ne permet plus à celui qui la regarde de se forger sa propre opinion à partir d'éléments objectifs, factuels.
Vous défendez une certaine idée de la télévision alors que beaucoup d'acteurs venus du petit écran ne rêvent que de lui tourner le dos...
Ce qui m'intéresse, dans la télévision, c'est avant tout de comprendre son évolution, qui est en fait une régression. Je sais aussi que le cinéma ne résout rien. Quatre-vingt pour cent des rôles que l'on propose à des acteurs sont d'une effarante nullité, que ce soit à Hollywood ou à la télévision. Je vis pour les 20% qui restent.
Pathé Balexert, Hollywood.
Un film compliqué, sans respiration
Tous ces salmigondis pour dénoncer le fonctionnement et la corruption qui rongent l'industrie pétrolière! Etait-ce bien nécessaire? Ceux qui s'imagineront assister à un film d'action haut en rebondissements en seront pour leurs frais: entre autres enjeux, Syriana affiche des ambitions politiques et économiques.
Le récit se déroule en parallèle et en particulier dans un émirat du Golfe, à Washington et à Genève. Il met en présence un grand nombre de personnages différents - en vrac et au choix, un vétéran de la CIA, un agent à la retraite, un expert en ressources énergétiques, un prince réformiste, un jeune ouvrier pakistanais, un directeur de cabinet d'avocats - dans autant d'intrigues qui se ramifient et interfèrent les unes avec les autres.
Plus compliquée que complexe, la narration de Syriana ne laisse guère de place aux respirations, aux parenthèses. Pire, chaque séquence finit par s'apparenter à une digression. Et le montage n'aide guère à discerner s'il s'agit là d'approximations de tournage ou d'oublis. Seule certitude, la séquence genevoise du film, dont on avait tant parlé à l'époque, se trouve ici réduite à quelques minutes.
