Munich 1972, la fin de l’innocence

Publié le par David CASTEL

sports

Avec la sortie du film de Steven Spielberg et du documentaire de Kevin McDonald, retour sur une prise d’otages qui a profondément modifié la physionomie des JO par la suite.

Ça devait être les Jeux de la réconciliation, ceux qui effaçaient Berlin 1936. Ce furent les Jeux qui ramenèrent l’olympisme à la réalité du monde, enfouissant une « trêve » de papier. L’Allemagne avait pourtant tout fait pour placer les Jeux de Munich sous le signe de l’entente retrouvée entre les peuples. Une cérémonie de réconciliation entre Israéliens et Allemands, Jesse Owens invité par le chancelier Willy Brandt. Et puis l’irruption du commando palestinien qui met à bas le bel édifice. Le film de Steven Spielberg, ainsi que le documentaire de Kevin MacDonald, sortis cette semaine sur les écrans, rappellent aux athlètes d’alors des souvenirs terribles. Ce fut « une suffocation », se rappelle aujourd’hui le pistard Daniel Morelon, qui s’apprêtait à repartir les compétitions terminées, médaille d’or en poche. Pour le judoka Jean-Claude Brondani, médaille de bronze, la fête d’une discipline admise alors pour la première fois aux JO est irrémédiablement gâchée. « Nous étions tellement dans un cocon au village olympique que j’ai appris la prise d’otages dans les journaux. Alors qu’elle se déroulait à cinquante mètres du pavillon où nous étions logés », se souvient-il.

Continuer les Jeux ou pas ? Le débat fait rage dans la délégation française, « personnellement, j’ai pensé qu’il fallait continuer, non pour satisfaire un ego ou l’esprit de compétition, mais parce que c’était la fin des Jeux tout court si l’on arrêtait ce symbole d’union entre les peuples », ajoute Jean-Claude Brondani.

Neuf cent millions de téléspectateurs potentiels alors, comment ne pas songer que tout, sous cette loupe, devenait déflagration ? Pour Henri Charpentier, historien de l’olympisme (1), « les Jeux sont alors victimes de leur succès, en devenant une formidable caisse de résonance. Déjà à Mexico en 1968, les athlètes noirs américains l’avaient compris en interpellant le monde entier, au moment de la première retransmission par satellite et l’arrivée de la couleur à la télévision ». Continuer ou pas ? Le CIO, débordé, est aussi sous la pression de la télévision, déjà : les Jeux ne peuvent se permettre plus d’un jour de retard. Intervenir vite fut aussi le leitmotiv d’un pouvoir allemand qui emboîta le pas à la position israélienne. La suite, la fusillade sur l’aéroport de Munich, eut des conséquences à long terme.

Côté sportif, les Jeux suivants, à Montréal, consacrent un village olympique barricadé, qui a toujours cours. Pour Athènes, révèle Henri Charpentier, « sept pays coopérèrent étroitement à l’effort de sécurité ». Côté diplomatie, la tragédie marque, trente-six ans après les Jeux de Berlin, une instrumentalisation politique durable des JO, avec les boycotts successifs de Moscou et Los Angeles, dont le CIO ne sortira véritablement qu’à Barcelone en 1992. À Munich, si l’URSS, la RDA et les pays arabes ne participent pas à la cérémonie du souvenir au lendemain de la fusillade, le bloc de l’Est manifeste ensuite sa désapprobation à l’égard des Palestiniens du FPLP. Les délégations égyptienne et syrienne plient bagage dans la foulée. « Notre seul pouvoir est celui d’un grand idéal », dira le président du CIO Avery Brundage.

(1) Périls sur les Jeux,

Henri Charpentier, Alain Billouin, Éditions du Cherche-Midi.

Lionel Venturini

Article paru dans l'édition du 28 janvier 2006.

Version impression Imprimer cet article
Envoyer cet article Envoyer cet article
Publicité

Publié dans Critiques film France

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article