Spielberg, "Munich" et le conflit israélo-palestinien
![]() | Avec "Munich", le réalisateur américain revient sur la tragique prise d'otages d'athlètes israéliens par un commando de "Septembre noir" aux JO de 1972 et surtout à sa traque par le Mossad. Il y dénonce les réponses violentes apportées aux terroristes par les démocraties. Créé le 25 janvier 2006 | |||||||||||||||||
Concours : gagnez des places pour "Munich" en cliquant ici Avec "Munich", Steven Spielberg, déjà réalisateur de plusieurs films sur de grands événements historiques, s'attaque à une nouvelle page de l'Histoire, beaucoup plus contemporaine cette fois : la traque des responsables de la prise d'otages d'athlètes israéliens -11 morts- par des terroristes palestiniens lors des Jeux Olympiques de Munich de 1972. Contrairement à ce que laisse penser le titre, le film n'est pas en effet centré sur le drame en lui-même -reconstitué rapidement lors du premier quart d'heure puis avec des flash-back-, mais sur ses suites, encore obscures aujourd'hui. Livre contesté Sur un sujet aussi sensible, l'avertissement classique "inspiré de faits réels" prend d'autant plus d'importance. Par définition, une opération menée par des services secrets -en l'occurrence le Mossad israélien- est... secrète. Officiellement, Israël n'a ainsi jamais reconnu l'opération "Colère de Dieu". Spielberg s'est donc basé sur le livre "Vengeance" de George Jonas pour bâtir son scénario. A l'époque de sa publication en 1984, la véracité du document avait été remise en cause à la fois par les services israéliens et par les Palestiniens. Plus de vingt ans après, les choix du cinéaste, historiques mais surtout philosophiques, l'exposent forcément aux critiques. Honneur Au premier plan, "Munich" est un thriller efficace, dont le suspense fonctionnerait même si l'histoire était inventée de toutes pièces. Il est également doublé d'une plongée dans les eaux troubles du monde de l'espionnage. Mais, au second plan, c'est aussi et surtout une réflexion sur le conflit israélo-palestinien, et plus globalement sur la réponse à apporter au terrorisme. La politique de représailles et des assassinats ciblés, encore pratiquée aujourd'hui par Israël, est-elle efficace ? La violence n'engendre-t-elle pas la violence ? Les démocraties doivent-elles transiger avec leurs valeurs ? Steven Spielberg livre ainsi les doutes qui s'emparent de l'équipe chargée d'éliminer les responsables présumés du massacre. Dans un premier temps, Avner, le leader (interprété par Eric Bana -Mathieu Kassovitz et Daniel Craig, le futur "James Bond", jouent deux de ses quatre équipiers), qui n'a jamais tué, perçoit comme un honneur d'être choisi pour mener à bien la mission. Doutes Mais, petit à petit, à mesure que ses cibles sont atteintes, il se demande si ce qu'il fait est juste sur le plan moral, si l'élimination sans procès et sans réelles preuves est justifiée, s'il n'est pas un assassin. Surtout, il s'interroge sur l'intérêt politique à long terme, puisque les hommes qu'ils tuent sont remplacés par d'autres, encore plus radicaux. Devenu paranoïaque, hanté et déchiré par ses actes, il sera finalement horrifié d'être devenu un héros pour les jeunes recrues de l'armée israélienne. En face, très loin des clichés hollywoodiens manichéens du méchant terroriste, les Palestiniens, humanisés, apparaissent en famille avec leurs enfants, enseignent les "Milles et une nuits" ou vont faire leurs courses à l'épicerie comme tout le monde. "Equation morale incorrecte" Une telle lecture des événements a sans surprise entraîné de vives réactions contre le réalisateur. On lui reproche notamment de placer sur un pied d'égalité les agents du Mossad et les preneurs d'otages. "C'est une équation morale incorrecte" fustige le consul général d'Israël à Los Angeles -"Munich" est sorti fin décembre aux Etats-Unis. "Spielberg légitimise le meurtre de Juifs comme le seul moyen pour les terroristes d'établir un Etat palestinien" lancent également plusieurs organisations juives. Mais Spielberg est aussi critiqué par Abou Daoud, l'un des responsables de l'attaque toujours en vie. Se plaignant de ne pas avoir été consulté, il souligne des erreurs factuelles. Spielberg a, il est vrai, passé sous silence la bavure commise en Norvège par l'équipe du Mossad, qui s'était trompée de personne et pris un innocent pour l'un des terroristes. Parallèle historique Critiqué sur les deux côtés, Steven Spielberg a donc sans doute réussi son pari. "Ce film est une prière pour la paix" explique-t-il. La paix entre Israéliens et Palestiniens, bien sûr, mais surtout la paix universelle. Pour accentuer son propos, il livre un parallèle avec la situation actuelle et la guerre contre le terrorisme menée par George W. Bush. Dans la dernière scène de "Munich", Avner et son supérieur du Mossad conversent sur la manière de lutter contre le terrorisme. "Quand on élimine un terroriste, six autres prennent sa place" dit Avner. Derrière lui, majestueuses, se dressent les tours jumelles du World Trade Center. La séquence se déroule à New York, au milieu des années 70...
(photo : l'affiche de "Munich") | ||||||||||||||||||

Oscar du meilleur documentaire en 2001, "Un jour en septembre", de Kevin McDonald, ressort opportunément en même temps que "Munich".