5 septembre 1972 : radioscopie d'un massacre

Publié le par David CASTEL

Dominique Borde
[25 janvier 2006]

UN HÉLICOPTÈRE carbonisé recouvert de neige carbonique avec de gros numéros plantés sur les cadavres des sportifs assassinés. C'est l'une des images-chocs du documentaire Un jour en septembre qui retrace chronologiquement la prise d'otages des onze athlètes israéliens par huit terroristes palestiniens dans le village olympique de Munich, le 5 septembre 1972, les tractations et finalement la fusillade et les explosions sur la base aérienne qui ne laissèrent que trois terroristes survivants.


A l'aide d'images d'archives venues du monde entier et avec des témoignages inédits comme celle du seul terroriste encore en vie, on suit toutes les phases de l'événement, sa violence, les horreurs de l'épilogue et surtout la désorganisation et les maladresses accumulées des autorités allemandes dépassées par ce premier acte terroriste. Radioscopie d'un massacre et analyse d'un désastre, ce documentaire produit par Arthur Cohn et réalisé par Kevin MacDonald en 2000 sort maintenant en France, opportunément la même semaine que Munich de Spielberg, dont il pourrait être le prologue.


Arthur Cohn raconte la conception du film en insistant sur son indispensable authenticité. «L'une des conditions pour réaliser un documentaire de ce genre était d'y faire intervenir les protagonistes. Nous avons donc mis huit mois pour retrouver et convaincre des gens comme le chef de la police de Munich, le directeur du Comité olympique ; Ankie Spitzer, la veuve du champion d'escrime tué dans l'attentat, ou le chef des services secrets israéliens. Mais pour rester objectif, il fallait une présence palestinienne. Après un nombre incalculable de rendez-vous manqués, nous avons réussi à faire venir et à interviewer à Amman Jamal al-Gashey, le seul terroriste palestinien survivant (les deux autres ayant été tués par le Mossad), caché en Afrique et recherché depuis vingt-cinq ans par Israël. Il s'explique et déclare froidement : «Je ne regrette absolument rien... Grâce à nous la cause palestinienne a été mise en lumière !» Ce sont des témoignages comme celui-ci qui font la qualité de notre film. Nous avons d'ailleurs pris soin de consacrer le même temps d'intervention aux Israéliens et aux Palestiniens.»


Des autorités incapables de faire face


En revanche, le documentaire dresse un véritable réquisitoire contre les autorités allemandes incapables de maîtriser l'événement et de faire face à cette première action terroriste sur leur sol. Avec l'impossibilité de faire intervenir l'armée, les Allemands refusèrent l'aide d'Israël et firent appel à cinq tireurs inexpérimentés ; ils découvrirent le nombre de terroristes uniquement sur l'aéroport, les routes qui y menaient n'étaient pas dégagées pour l'arrivée des secours, ordres et contre-ordres se succédèrent et détail atroce : le 6 septembre à 0 h 30, le gouvernement fit annoncer que tous les otages étaient vivants et libérés pour révéler une demi-heure plus tard qu'ils avaient tous été tués.


«Le film démontre que les autorités se sont mal comportées, note Arthur Cohn. Mais il faut préciser que le désordre et la précipitation furent provoqués par le Comité olympique qui faisait pression pour voir partir au plus vite les terroristes et leurs otages et pouvoir continuer les Jeux. Il est vrai aussi qu'en octobre 1972, à la suite d'une prise d'otages aérienne assez suspecte, les autorités allemandes se sont empressées de libérer les trois terroristes survivants qui furent expatriés en Libye. Pourtant, à notre surprise, notre film a été très bien accueilli en Allemagne. A tel point que neuf mois après sa sortie, le gouvernement a donné des millions pour indemniser les parents des victimes de Munich.»


Sorti également en Angleterre, aux États-Unis, au Japon, en Italie et en Australie, Un jour en septembre a connu un grand succès et a été couronné de plusieurs récompenses dont l'oscar du meilleur documentaire. Rançon de sa rigueur et de cette authenticité revendiquée par les auteurs. Maintenant, la France va pouvoir juger sur pièces ce massacre vieux de trente-trois ans remis sur le devant de l'actualité avec le film de Spielberg. Mais sur cette suite plus discutable, Arthur Cohn refuse de porter un jugement. Il y a entre ces deux visions le fossé infranchissable qui sépare un événement commenté d'une histoire reconstituée.

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