Saint Lonsdale, comédien et peintre
Il joue dans « Munich », de Spielberg
Acteur chez Truffaut, Resnais, Rivette, Buñuel, le mystérieux et fascinant Michael Lonsdale aime sainte Thérèse de Lisieux, Shakespeare et les monstres. Rencontre
Légèrement voûté, enveloppé de grandes couches de silence, vaguement rêveur, Michael Lonsdale ressemble à un savant - un botaniste, disons - préoccupé par les blessures du siècle. «Permettez», dit-il avant de rassembler les miettes de son croissant en une petite pyramide qu'il fait glisser dans sa tasse de café au lait. Il regarde les miettes sombrer. «La vie, n'est-ce pas?», dit-il mystérieusement. Dans « Munich », le nouveau film de Steven Spielberg, Michael Lonsdale joue «Papa», un étrange personnage omniscient qui monnaie ses informations pour mettre le Mossad sur la piste des terroristes palestiniens. Entouré de gardes du corps, il est parfait : onctueux, calme, attentif, il pointe son nez charnu vers le héros de l'histoire et l'invite à déjeuner en Normandie. «Je ne sais pas qui est Papa, ni même s'il existe. Il mange du boudin, c'est bien.» Spielberg, qui est «très simple», a tourné vite. «C'était très agréable, souligne Lonsdale, enchanteur, même.»Lonsdale est un homme en pente douce : aucune aspérité, aucune impatience. Depuis 1956, il a tourné les films les plus improbables : « Je vous salue mafia ! », « le Judoka agent secret », « Les grands sentiments font les bons gueuletons », bref, tout et rien. 140 films, quand même. Des dates ? «Voyons... 1984. Tournage avec Coluche dans «le Bon Roi Dagobert»... Un cauchemar... Parlons d'autre chose.» Au théâtre, il a joué Beckett et Duras, et a perfectionné sa diction, ce ton étrange qui tient de la patenôtre et de la suggestion hypnotique. Qui l'a influencé ? «Cézanne», dit-il, une «influence énorme». Mais cet «énorme» est brutal. Il le tempère : «C'est venu sans que je m'en rende compte.» Désormais, dans cet appartement de la place Vauban où a demeuré Saint-Exupéry, Michael Lonsdale se livre à ses passions tamisées : «La foi, la peinture, le théâtre.» L'ennui, c'est qu'il n'y a plus de place chez lui : les scénarios, les livres, les toiles, les ouvrages pieux encombrent tout. «Il faut chercher le ciel.» En attendant, il touille les miettes au fond de la tasse avec sa cuillère.
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Son père, le capitaine Edward Lonsdale, lui a légué des souvenirs fades : «J'aurais voulu qu'il me parle de poursuites dans le désert, de charges héroïques. Il me racontait des parties de polo et jouait aux échecs.» Plus tard, Edward Lonsdale a vendu des engrais. Des deux grands-pères, Michael Lonsdale se souvient bien : l'un, Archer Lonsdale, était instituteur ; l'autre, Béraud, faisait du vin au Maroc. Ils venaient parfois le voir à Jersey, où maman Lonsdale tenait l'Hôtel de Normandie, avant d'aller s'établir à Settat, au Maroc : «Je me souviens du marché aux chameaux et des romans d'Agatha Christie.» Un peu anglais, un peu français, Michael Lonsdale aime les entre-deux : «Je ne suis bien que dans la Manche.» Comment lui est venu le goût d'être comédien ? «J'ai toujours été fasciné par les acteurs. Mais j'étais ignorant. Quand je suis arrivé à Paris, j'ai vu qu'à la Comédie-Française il y avait des baignoires. Je me suis demandé comment on pouvait se laver au théâtre... Et je suis reparti.» Un jour, il trouve quand même le courage d'entrer au cours de Tania Balachova : «Toi, tu trouveras ton chemin à 30 ans», lui dit-elle. Elle a raison : c'est l'âge auquel Lonsdale se met à tourner avec Truffaut, Rivette, Resnais, Buñuel. On le cantonne dans des rôles de commissaire véreux, de notable affable, de confesseur déplaisant, de député aux mains sales, de crapule cravatée. Il fait le grand écart entre le personnage de méchant dans « Moonraker » («Je voulais la peau de James Bond. C'était amusant»), et les rôles étiques des pièces de Peter Handke. Il a deux idoles : sainte Thérèse de Lisieux et Shakespeare.
Et les acteurs ? Qui admire-t-il ? «Charles Laughton et Michel Simon», dit-il sans hésiter. Il se lève, referme son manteau de silence et part pour aller manger des nems au faubourg Saint-Antoine. Un dernier mot, avant de disparaître : «J'aime les monstres.»
«Munich», par Steven Spielberg, en salles le 25 janvier.
Né à Paris en 1931, Michael Lonsdale a notamment joué, au cinéma, dans « La mariée était en noir » de Truffaut (1967), « India Song » de Duras (1975), « le Nom de la rose » de Jean-Jacques Annaud (1986) et « le Mystère de la chambre jaune » de Podalydès (2003).
Par François Forestier
Nouvel Observateur - 19/01/2006
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