Les vengeances tardives n'ont pas la saveur qu'on leur imagine, parce qu'elles ont moisi...
C'est une citation qui s'applique très bien quant à moi à la morale du film. Je suis aussi 100% d'accord avec Mr. Martineau lorsqu'il dit qu'il s'agit d'un film politique. Je n'ai pas encore vu celui-ci, mais la description, et toutes les critiques sont unanimes. Steven Spielberg fait maintenant des films sérieux, métaphoriques et oserais-je ajouter engagés... Le seul problème, si je puis dire qu'il y a problème, c'est que plusieurs avant lui, et pas n'importe qui, ont osé dire ce que Spielberg répète dans son film. J'avance donc que Spielberg a opportunément dénoncé, de jolie façon probablement, ce que d'autres auront fait courageusement bien avant lui. Reprendre le discours de la masse n'est certe pas très méritoire. Ce qui m'étonne un peu plus (pas tout à fait dans le fond mais bon...), c'est qu'une grande puissance comme les Etats-Unis s'affiche aussi comme LE modèle démocratique mondial. Les pays dominants comme eux refusent trop souvent de jouer le jeu démocratique à l'extérieur de leurs frontières, incitant les peuples étrangers à devenir réactionnaires. Notre monde est encore dangereux, toujours prêt à revivre de violents retours en arrière comme les dernières années nous l'ont malheureusement prouvé. Ces idéologies extrémistes se seraient éteintes d'elles-même, si nos démocraties étaient si justes et égalitaires... Dans un contexte plus général, je dirais que les élus respectent les droits des citoyens et acceptent le résultat des élections lorsqu'elles ont lieu, mais c'est bien souvent le seul pouvoir décisionnel accordé par les dominants au peuple. Et ce peuple, lorsqu'il est traité avec respect, justice, et sans manipulation, n'aspire qu'à la paix. Mais c'est loin d'être ce qui se passe. | ||||
| Frédéric Tardif | {3 votes} | 10 janvier 2006 | ||
Il y a longtemps que j'attendais une prise de position de Spielberg, sur la situation en Israel, l'administration de George Bush, sur le terrorisme. Il m'aparraissait évident que ce dernier vivait ces dernières années un boulversement en ce qui avait attrait à ses convictions personnelles et cela se voyait bien dans ses derniers films. Son oeuvre avait toujours été très claire en ce qui avait rapport aux gentils héros, aux méchants vilains et surtout, à toute la masse poplulaire qui semblait comme hypnotisée, prise entre les deux extrèmes. Puis, après Schindler's list, cela s'est mis à changer. Spielberg est entré en période de nuances. En commençant par Oscar Schindler (était-il vraiment bon, ou un peu méchant?) Puis le capitaine John Miller de Saving Private Ryan, un héros ou un soldat grogneur ne songeant qu'à rentrer à maison au plus vite? Et Frank Abagnale, l'ultime escroc de Catch Me If You Can...Et de film en film, ses protagonistes devenaient de plus en plus complexes, de plus en plus humains...Jusqu'au personnage de Avner Kauffman du film Munich, oeuvre quasi-miroir de Schindler's list, où l'assassin méthodique et froid est cette fois-ci quand même gentil et attendrissant, et où ses cibles sont également des humains attachants et interessants, et où tout notre monde semble tout à coup se retourner sur lui-même et où tous nos repairs de ce qui semble être bon et mauvais s'évanouissent, emportant avec eux nos prégugés et faisant place à la... réalité: Nous avons tous un peu de Hitler en nous, et un peu de Mère Thérésa également...Et c'est ce que Spielberg montre dans ce dernier film. La métaphore qu'il en fait est-elle trop floue? Peut-être. J'ai hate au jour où il ira plus loin et nous servira son ultime chef-d'oeuvre, le jour où il donnera en fin la vision d'HOMME LUCIDE qu'il a sur le monde et ce jour, cette "masse populaire hypnotisée" saura peut-être dans quel sens aller... | ||||
| Jean-François Gagnon | {22 votes} | 8 janvier 2006 | ||
M. Martineau, vous commencez votre chronique en ce début d'année, sur un sujet qui est vieux comme le monde, la loi du TALION, qui pour obtenir justice, consiste à rendre coup pour coup. Votre propos vient du fait que vous êtes allé voir le film, Munich, de Spielberg. Vous savez, beaucoup de gens, qui, comme moi, n'ont pas encore vu le film. Alors, pourquoi avez-vous mentionné le punch de la fin. Ça nous gâche le plaisir de le découvrir. Est-ce une petite vengeance de votre part? '' Martineau au poteau ''. La vengeance est d'origine tribale, liée à la guerre et à la barbarie. C'est peut-être ce qui explique qu'on la retrouve d'avantage dans certains pays arabes, qui par leurs traditions, l'appliquent ou l'appliquaient pour se faire justice. Quand un israélien tape sur un palestinien et vice versa, c'est le poing levé tout en criant vengeance et bing bang, la violence recommence, par ici le mur des lamentations et que ça saigne en gros plans sur l'écran couleur de nos téléviseurs. Voilà du boudin. (La java des bombes atomiques de Boris Vian) Toujours d'actualité ce cher Vian. Vous dites, M. Martineau, par la signature de son film, Spielberg suggère que d'utiliser la vengeance comme arme, on y perd son âme. Encore faut-il en avoir une? Il parle d'ennemis. Quels ennemis? Alors descendre au niveau de ses ennemis me parait-être une aberration. Ce qu'il faut comprendre ici, c'est que le pire ennemi que l'homme peut-avoir, n'est rien d'autre que lui-même.(Fuck Golda Meir, fuck George W. Bush) Pour l'homme de bonne volonté, la démocratie demeure une voie intéressante pour l'évolution de son espèce... (jusqu'à preuve du contraire) À propos, la Vengeance est un plat qui se mange froid. Bon appétit! | ||||
| Serge Gagnon Parker | {41 votes} | 7 janvier 2006 | ||
Depuis toujours,l'homme engrange conquête et destruction...et cela n'est pas près de changer étant donné la nature "animale" de ce dernier.Voilà un film qui donne tout son sens au proverbe suivant:"La vengeance est un plat qui se mange froid".Je n'entrerai pas dans l'analyse du conflit parce que j'estime que certains lecteurs de VOIR l'ont déjà fait mieux que je ne saurais le faire.Ma touche personnelle consistera donc à parler simplement de ce que m'inspire ce besoin de venger l'offense qui nous habite tous.N'y a-t-il rien de plus illusoire que ce sentiment étant donné que la revanche n'efface pas la faute mais contribue au con-traire à l'entretenir d'où le cercle vicieux?Je n'ai pas encore vu le film et je ne sais pas si j'irai mais si je me fie à ce que Martineau laisse entendre,un des protagonistes se question-ne à la fin sur la pertinence de sa participation à cet acte.Cela me suffit pour croire que le ressentiment est un chemin plutôt ardu et pas particulièrement "jojo". Dans toutes ces histoires de conflits,de guerres,de représailles,chacun cherche à prouver sa supériorité sur l'autre ainsi que son bon droit et tous les moyens sont bons à utiliser.Il n'est pas nécessaire de tuer son adversaire pour le punir,on peut aussi le châtier en s'attaquant à ses croyances et en les tournant en dérision.La liste des procédés que l'homme utilise pour discréditer son "ennemi" est impressionnante et il peut faire preuve d'une étonnante créati-vité à ce sujet.Or,dès que l'on touche à ce que représente pour l'homme sa nation,son ter-ritoire,ses croyances religieuses ou philosophiques, l'intolérance n'est pas loin. Et l'intolérance à mon avis ,est la mère de toutes les violences quelles qu'elles soient... | ||||
| Sylvie Bourgon | {9 votes} | 7 janvier 2006 | ||
Si on peut comprendre de la part de quelqu'un comme Spielberg de ne pas être capable de voir objectivement les revendications des palestiniens et de les montrer comme appartenant tous à des mouvements d'extrémistes, cela ne nous dispense pas pour autant de nuancer les visions de celui qui à travers toute son oeuvre cinématographique s'est consacré à montrer la haine dont son peuple est l'objet. Ses invectives, il les avait jusque-là garder pour les nazis et leurs sympathisants. Malgré l'approche plutôt populiste qu'il avait employée pour le faire, nous ne pouvions qu'approuver ses intentions. Mais avec ce film, même si les meutres dont se sont rendus coupables ceux qui ont assassiné ces athlètes demeurent odieux, cela n'efface aucunement ceux dont l'État d'Israël s'est aussi rendu coupable, soit durant les guerres de représaille qu'il a mené, soit par le fait de s'être rendu indirectement responsable des assassinats dans des camps de réfugiés palestiniens. Ces meutres furent pourtant commis sous la responsabilité de celui qui passe maintenant pour un héros et une colombe, soit cet Ariel Sharon dont toute la presse occidentale se soucie de la santé pendant que des palestiniens croupissent dans des conditions de vie qui les emporteront dans la mort bien avant l'âge atteint par ce personnage dont tout le monde ou presque se soucie maintenant. C'est cette politique de représaille et d'oeil pour oeil qui a conduit Israël et la Palestine là où ils sont maintenant, c'est-à-dire au bord du gouffre. Laissons donc à leur Ancien Testament ceux qui désirent s'y cantonner malgré sa déraison et souhaitons à ces peuples des leaders qui feront autre chose que perpétuer des guerres inutiles. | ||||
| Marc Audet | {8 votes} | 7 janvier 2006 | ||
Le cinéma est une invention de patenteux issus de la première grande industrialisation de l'Occident,il y a cent ans.Il étaient des techniciens,plus ou moins ratés,des silencieux faibles en thème mais illuminés d'idées,toutes plus folles les unes que les autres,en ruptu- re totale avec la culture officielle de leur époque.Le cinéma,à son origine,est un art du silence où l'image allume l'intelligence du spectateur en le projetant par le mouvement, (24 images secondes)dans un univers hors de son contrôle.Le cinéma ne doit rien aux autres arts,et en particulier à la littérature totalitaire,dont il est l'antithèse parfaite. Et si une image vaut mille mots,aujourd'hui,ce n'est pas parce qu'elle est plus intelligente, mais parce que la littérature refuse toujours de la prendre en compte,d'admettre que le mot n'est plus le nec plus ultra du sublime, du sens en art et dans la vie réelle. Spielberg est un cinéaste du silence,et ce silence n'est jamais aussi beau qu'au coeur- même du vacarme de ses mises en scène. Dans "Saving Private Ryan",une courte scène l'illustre avec génie.Une patrouille de sol- dats s'avance dans un bois,fusils pointés,aux aguets,au milieu d'un épais silence.Tout à coup,des gouttes de pluies,de plus en plus fréquentes à mesure que l'on s'avance,se se mettent à tomber sur les feuilles,à tel point qu'à la fin cela ressemble à une mitraille venue de partout et de nulle part à la fois. Tout de suite j'ai compris que Spielberg nous annonçait ainsi le sort qui attendait ces soldats,à la fin du film. D'autres silences mis en image par Spielberg dans ses films,il y en a des tas. Dans "Always",descendu par les critiques myopes comme des taupes,un cerf traverse l'écran,pendant trois secondes,au milieu de cette scène surréaliste ou l'aviateur au paradis se fait tondre les cheveux par Audrey Hepburn,morte,hélas ,depuis. Cet ange furtif qui passe,je me suis laissé prendre à croire,un instant,que c'est Dieu. Sublime,le silence ,chez Spielberg | ||||
| Jean-Claude Bourbonnais | {8 votes} | 7 janvier 2006 | ||
En 1972, j'avais 18 ans, et je me souviens très bien de la couverture médiatique de l'événement. Les affreux Arabes avaient tué 11 otages israéliens. Le drame dans son toute horreur était révélé au monde dans un bruit assourdissant qui ne voyait tout que d'un seul oeil. Celui des Israéliens. Le monde entier était témoin de ce qui allait déterminer nos vies pour des décénies. Je ne veux pas insinuer que ce conflit entre Israel et la Palestine date de cette époque. Nous savons tous qu'il date de la création même d'Israel. Mais je crois que cet événement a servi à crystaliser ce qui est devenu maintenant une guerre planétaire. Je ne veux pas prendre partie. Ce qui compte c'est que le monde a changé depuis cet événement. Il a changé beaucoup a cause de cet événement. Et il m'est difficile d'y penser sans sentir un grand malaise. Celui que l'on sent quand les choses nous ont dépassés. Spielberg n'est pas objectif dans sa façon d'aborder ce sujet. Il veut traiter de toute cette pression d'avoir à venger un peuple qui s'est fait attaquer dans son identité. Comme le furent les USA au lendemain du 11 septembre. En ce sens, ce film me fait penser à Octobre de Falardeau. Il focalise sur le 'human interest' alors que le véritable sujet est émiemment politique. Il met l'accent sur les drames humains. Celui de ces individus chargés d'exécuter la sale besogne plutôt que sur les impacts de ces gestes prémédités destinés à assouvir le besoin de vengeance d'un peuple dépassé par les ignominies commises pas son propre gouvernement. Spielberg évacue toute perspective historique pour faire place à un drame humain déterminé par des choix politiques qui se sont révélés être de terribles erreurs. Nous en vivons malheureusement encore aujourd'hui les désolantes conséquences. Mais celà ne semble pas le préoccuper outre cette référence grossière au 911 et les tours jumelles. Peut-être un bon film mais pour l'analyse politique il faudra cependant repasser. | ||||
| Yves Bolduc | {18 votes} | 6 janvier 2006 | ||
Munich a, dramatiquement, mis sur le devant de la scène la tragédie palestinienne, ensevelie sous l'indifférence. Plus de cinquante ans que l'essentiel persiste : la moitié des Palestiniens sont exilés, deux millions vivent sur un territoire quadrillé de routes militarisées. Et le récent désengagement de Gaza semble motivé par une volonté de redécoupage, par Israël, de la déjà minuscule Cisjordanie. Il y en aura encore qui s'étonneront de l'ampleur du Hamas. Les moyens des dominants (armée high-tech, technologie d'espionnage, etc.) ont des conséquences sanglantes beaucoup plus marquantes que ceux des dominés, sans être garants de la finalité. La filmographie de Spielberg joue sur deux registres : la sensation (ex : Duel, Les Dents de la mer, Indiana Jones, E.T.) et la perception (ex : Couleur pourpre, La Liste de Schindler, Amistad). Qu'il profite de sa renommée et de son indépendance financière pour ne pas se limiter à l'insignifiant (i.e. valeur existentielle nulle) en tentant le signifiant, c'est tout à son honneur. Mais l'acte créateur n'est pas dénué du stigmate idéologique. Et ce n'est pas un problème en soi. Il est de la responsabilité du spectateur, en l'occurrence, de le décoder. Juger le comment sans explorer sur le pourquoi, c'est handicaper la réflexion. Aborder le doute des moyens semé chez le puissant représente une nouveauté intéressante dans le traitement de cette problématique par Spielberg. Il démontre que les exécutants peuvent aussi avoir un questionnement moral. Cette nuance rompt avec le manichéisme trop souvent présent dans les productions cinématographiques hollywoodiennes. | ||||
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