Cessons d'attendre que le téléphone sonne

Publié le par David CASTEL

pour ceux qui n'ont pas encore pu voir le film "L'Accord" (sur les
négociateurs israéliens et palestiniens des Accords de Genève), nous vous
signalons qu'il est programmé cette semaine au cinéma l'Entrepôt, 7 rue
Francis de Pressensé, Paris 14ème (Métro Pernety). David Chemla, président
de La Paix Maintenant, participera au débat lundi 3 avril à l'issue de la
projection prévue à 20h.

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[traditionnellement, depuis la guerre des Six jours, Israël "attend que
les Arabes lui téléphonent".  Mais 1967 est loin, et Il est temps, nous
dit Benziman, de prendre enfin l'initiative de paix qui s'impose]


http://www.haaretz.com/hasen/spages/699884.html

Ha'aretz, 29 mars 2006

Cessons d'attendre que le téléphone sonne
par  Uzi Benziman

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Peu de temps après la fin de la guerre de 1967, Moshe Dayan, alors
ministre de la Défense, accordait une interview à la BBC. Sa réponse à une
question qui lui demandait ce qu'attendait Israël de ses voisins résonne
encore dans tout le Moyen-Orient : "Nous attendons un coup de téléphone
des Arabes". Aujourd'hui, le moment est venu de modifier le message et de
commencer à prendre les mesures pratiques nécessaires pour se séparer des
territoires conquis à l'occasion de cette guerre.

Ces paroles de Dayan reflétaient non seulement l'arrogance d'un leader
ivre de sa victoire, mais aussi le soulagement d'une nation qui a eu le
sentiment d'échapper à son annihilation. Avec l'extrême clairvoyance
qu'offre le jugement a posteriori, les historiens prétendent que
l'atmosphère d'angoisse qui a saisi Israël pendant la période d'attente
des mois de mai et juin 1967 était exagérée, sinon délibérément alimentée
par le gouvernement, mais les gens qui étaient là se souviennent de la
terreur de ces journées, et de la menace palpable qui planait au-dessus
d'eux. La réponse de Dayan fit donc l'objet d'un consensus général :
Israël avait l'impression d'avoir échappé à un holocauste, et avec un
sentiment à la fois d'orgueil et de colère, il annonçait au monde qu'il
était satisfait des résultats de cette confrontation militaire qui lui
avait été imposée par ses ennemis, et qu'il n'avait aucune intention de
changer ces résultats. ??Moins de 10 ans plus tard, Dayan dut ravaler ses
mots. Lorsque l'occasion de faire la paix avec l'Egypte se présenta, Dayan
se conforma à la règle suivant laquelle Israël ne repousse pas une main
qui se tend pour faire la paix, et ne tint plus compte d'une autre de ses
déclarations : "Sharm el-Sheikh sans paix est préférable à une paix sans
Sharm el-Sheikh". La même approche guida Itzhak Rabin pour les accords
d'Oslo et pour le traité de paix avec la Jordanie.
?Mais les gouvernements israéliens successifs n'ont pas su libérer le pays
de l'emprise de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, jusqu'à
l'évacuation de Gaza par Ariel Sharon. Les élections d'hier ont été une
sorte de référendum à retardement sur le plan de consolidation. Sans
connaître les résultats (cet article est écrit avant le décompte des
voix), on peut dire que la vox populi a été entendue : le peuple préfère
la paix aux territoires, et si la paix n'est pas possible, alors, une
trêve fondée sur la dissuasion qui permettra à Israël de consacrer ses
ressources au bien-être de ses citoyens.
?La volonté du peuple s'est vue à travers sa réponse au désengagement et
aux différents sondages qui l'ont accompagné. Le camp "orange",
anti-désengagement, a perdu la bataille. (...)

La conclusion est claire : après plus d'une génération, le sort en est
jeté. L'opinion a compris qu'Israël devait se réveiller et cesser de rêver
: il n'est pas possible de conserver la Judée et la Samarie. Et les
dirigeants politiques en viennent progressivement à s'accommoder de cette
prise de conscience, en hésitant toutefois à traduire cette idée par des
actions concrètes, et encore moins à  fixer un calendrier. ??Le moment est
venu de cesser de traîner les pieds : le rôle essentiel du nouveau
gouvernement sera de prendre les mesures nécessaires qui conduiront à se
séparer des territoires. Et, en premier lieu, il faut cesser d'attendre un
coup de téléphone du Hamas. Au lieu d'adopter une posture arrogante et
d'observer de loin ce qui se passe du côté palestinien en attendant que
les conditions que nous avons fixées soient remplies, le nouveau
gouvernement en Israël devra prendre l'initiative et changer la relation
qui prévaut entre Israël et les Palestiniens. ??La guerre des Six jours
fut une réponse juste et appropriée à une véritable menace existentielle.
Mais le désir de colonisation a été une mutation qui a provoqué un
désastre. Les temps ont changé depuis 39 ans. Les téléphones aussi.

Publié dans Réactions en Israël

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