Banalité de la vengeance

Publié le par David CASTEL

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Munich
Steven Spielberg, 2005

Writing credits (WGA)
Tony Kushner (screenplay) and
Eric Roth (screenplay)

Cast overview:
Eric Bana .... Avner
Daniel Craig .... Steve
Ciarán Hinds .... Carl
Mathieu Kassovitz .... Robert
Hanns Zischler .... Hans
Ayelet Zorer .... Daphna (as Ayelet Zurer)
Geoffrey Rush .... Ephraim
Gila Almagor .... Avner's Mother
Michael Lonsdale .... Papa
Mathieu Amalric .... Louis
Moritz Bleibtreu .... Andreas
Valeria Bruni Tedeschi .... Sylvie
Meret Becker .... Yvonne
Marie-Josée Croze .... Jeanette
Yvan Attal .... Tony - Andreas' Friend

Runtime: 164 min
Country: USA
Language: Arabic / French / German / Hebrew / Italian / English
Color: Color
Sound Mix: DTS-ES / Dolby Digital EX / SDDS

Sito ufficiale del film Munich


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La justice trahie du soldat Avner

par Augusto Illuminati


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Deux femmes d’un certain age, célèbres, juives et agnostiques, se trouvent un jour devant une tasse de thé et discutent de la complémentarité entre Etat et religion en Israël. Une la trouve désastreuse, l’autre, cyniquement la défend en déclarant plus ou moins textuellement : « Vous comprendrez que, en tant que socialiste, je ne crois bien sûr pas en Dieu ; je crois dans le peuple juif ».

Banalité de la vengeanceLa première est tellement stupéfaite qu’elle ne trouve pas les mots pour répondre. Plus tard, en écrivant à un ami tout aussi célèbre, elle argumente ainsi : « la grandeur de ce peuple consistait autrefois dans le fait qu’il croyait en Dieu, et croyait en Lui d’une façon telle que la confiance et l’amour pour Lui étaient plus grands que sa crainte. Et maintenant ce peuple croirait seulement en lui-même ? Qu’est-ce que cela peut donner de bon ? – Et bien, de cette manière, je n’ « aime » pas les Juifs, et je ne « crois » pas en eux, je suis seulement une des leurs ». Et à cet ami, qui de même lui reprochait de ne pas aimer le peuple juif, elle admet que c’est vrai, qu’elle n’est animée d’aucun amour de ce genre. « Durant ma vie, déclare-t-elle, je n’ai jamais « aimé » aucun peuple ou collectivité, ni le peuple français, ni le peuple allemand, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni rien d’autre de ce genre. J’ « aime » seulement mes amis et le seul amour que je connaisse et auquel je croie est l’amour pour les personnes ».

Elle voulait dire que l’amour, celui irrésistible et fusionnel qu’elle avait nourrit pour ce sale nazi de martin Heidegger, pour le névrosé compagnon d’université Günther Stern-Anders, pour l’héroïque spartakiste Heinrich Blücher, n’a rien à voir avec des appartenances nationales, ethniques ou de classe, qui doivent se croiser autrement et d’une manière plus détachée au risque de faire mauvaise politique. Les personnages de la scène sont bien sûr Hannah Arendt et Gerschom Scholem, en pleine polémique au sujet des célèbres chroniques de Arendt sur le procès Eichmann en 1963, et l’autre vielle dame, celle qui croit dans le peuple juif et qui l’aime comme s’il était le Dieu auquel au contraire elle ne croit pas, est Golda Meir, qui dans Munich de Spielberg répète dix ans après, les mêmes arguments en conseil des ministres et convainc ensuite Avner (Eric Bana, Troy, 2004, Hulk, 2003), réticent officier du Mossad, d’organiser le commando pour venger les athlètes tués à Munich en 1972.

Seulement à la fin Avner comprendra que Arendt avait raison, qu’aimer aveuglement un peuple veut dire trahir la justice et que l’amour est réservé à la famille (vieux thème spielberghien). Avec l’inconditionné on ne fait pas de politique et l’amour fanatique rend seulement des instruments aveugles de choix politiques faits par d’autres à d’autres fins que ceux affichés. Ce n’est pas par hasard si à la fin, Avner demande à ses supérieurs s’ils ont les preuves que les cibles à éliminer étaient réellement responsables du massacre de Munich et pourquoi dans ce cas ils n’ont pas été capturés et jugés comme Eichmann. Raison d’Etat pour une juste vengeance, pour sauver le peuple juif menacé de destruction, ou règlement de compte avec la direction de l’Olp, compliqué jeu de pion avec l’opinion publique israélienne, les factions palestiniennes, la Cia, le Kgb ?

Le caractère politique du film de Spielberg n’est pas dans les argumentations humanitaires ou dans la présentation souvent agitée et maniérée, des raisons des Palestiniens, que dans la froide constatation que la violence produit incessamment la violence et que chaque cible atteinte est rapidement remplacée par un ennemi encore plus cruel et fanatique. En somme, comme la politique israélienne a transformé des dirigeants palestiniens laïcs en une majorité du Hamas. A la fin Avner, le héro de la vengeance, abandonne Israël et après la rupture définitive avec son supérieur sur la passerelle piétonne qui relie Manhattan à Wards Island, la caméra glisse à l’horizon jusqu’à encadrer les Twin Towers. Le cycle se conclut là, et de là repart la guerre infinie au Moyen-Orient. Cette fois, il n’y aura pas de soldat Ryan à sauver.

Cela ne surprend donc pas que Spielberg ait été accusé de trahison dans de nombreux milieux juifs, exactement comme le fut Hannah Atrendt pour sa prise de position dans l’affaire Eichmann et ses considérations sur la banalité du mal. Grandeur d’une culture, stupidité d’une politique.


Traduction française par Sophie Fanucchi



[3.3.06]

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