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Publié le par David CASTEL


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La prise d’otages n’a jamais été l’apanage, ni d’une cause, ni d’une idéologie, ni d’une religion, ni d’une identité particulières. Pourtant, dans toute la période des années 70 et 80, la prise d’otages à caractère politique a été largement popularisée par un mouvement de libération nationale bien précis : le mouvement palestinien.
Les nationalistes palestiniens, toutes tendances confondues, ont d’abord eu recours au « terrorisme publicitaire ». L’enjeu était, non pas d’obtenir des concessions particulières d’un adversaire israélien dont les guérilleros palestiniens n’attendaient pas grand chose, mais plutôt de « populariser » leur cause nationale et celle de leur peuple.
Dans ces conditions, le « terrorisme publicitaire » palestinien connaît son heure de gloire à la fin des années soixante et au début des années septante lorsque le FPLP, une organisation nationaliste marxisante pratiquant la lutte armée, se met à procéder aux détournements d’avions de compagnies civiles américaines et israéliennes, le plus souvent vers les tarmacs d’aéroports de pays « amis », comme l’Algérie.
En 1970, la Jordanie, un État gouverné par la monarchie hachémite, est en proie à une guerre civile entre factions loyalistes et organisations armées palestiniennes, le tout dans un pays dont la majorité de la population est palestinienne. Le FPLP s’engage dans une stratégie de la tension destinée à faire tomber la monarchie et à instaurer un État de Palestine à l’est du Jourdain, prélude à la « reconquète » de la Palestine située à l’ouest du fleuve : Israël. Cette stratégie de la tension consiste, à côté d’actions armées contre les armées israélienne et jordanienne, à prendre en otages plusieurs centaines de ressortissants occidentaux. Dans un premier temps, en juin 1970, le FPLP s’empare des deux plus grands hotels d’Amman, l’Intercontinental et le Philadelphia, et retient en otages plusieurs centaines de civils, dont de nombreux... journalistes, histoire de donner un retentissement maximal aux revendictions de cette organisation. Dans un deuxième temps, en septembre 1970, le FPLP s’empare de plusieurs avions civils israéliens, suisses, américains et britanniques. Trois de ces avions sont détournés vers Zarka, dans le nord de la Jordanie, et plus de 450 civils ont la surprise d’être accueillis sur un aéroport « de la révolution ». Les avions sont détruits et une partie des passagers reste otage de la guérilla palestinienne, ce qui va enflammer les opinions occidentales et donner le feu vert à un écrasement des milices palestiniennes par l’armée loyaliste.
De cet écrasement extrêmement sanglant, va naître un groupuscule aux contours très flous, Eiloul al-Aswad, « Septembre Noir », lié, non pas au FPLP, mais au Fath de Yasser Arafat. Ce groupuscule extrêmement bien informé va s’engager dans une politique de liquidation physique des responsables directs et indirects de la répression jordanienne de 1970. Mais c’est par la prise en otages de neuf athlètes israéliens (et la mort de deux autres) aux jeux olympiques de Munich que Septembre Noir devient tristement célèbre, l’action se déroulant cette fois sur le sol européen, en Allemagne qui plus est, et contre des civils israéliens. La revendication du commando est la libération de 234 prisonniers palestiniens détenus par Israël. Le gouvernement israélien refuse et la prise d’otages se termine en un affrontement entre la police ouest-allemande et Palestiniens, ne laissant aucun survivant israélien. Selon certains observateurs, très souvent contestés, ce bain de sang sera « vengé » par une délibération secrète du gouvernement israélien décidant l’exécution extrajudiciaire d’autant de responsables palestiniens que d’athlètes israéliens tombés à Munich. Cette théorie, parfois confirmée, parfois infirmée, fournit son scénario au dernier long métrage du réalisateur américain Steven Spielberg.
Pourtant, si la question de la vengeance interrogée par le cinéaste est intéressante en soi, là n’est pas l’enjeu qui nous intéresse, mais plutôt l’attitude des autorités négociant (ou plutôt, refusant de négocier) la libération de leurs ressortissants. Or, et ce sera une constante presque immuable dans leur politique, les autorités israéliennes refuseront toujours de négocier avec les kidnappeurs palestiniens et préféreront bien souvent prendre le risque d’attenter à la vie de leurs concitoyens en gardant le silence ou en passant à l’action contre les preneurs d’otages. Cette ligne inflexible israélienne aura pour conséquence de voir disparaître ces prises d’otages mais aussi de les voir être peu à peu remplacées par une stratégie beaucoup plus sanglante : l’attentat à la bombe contre des cibles le plus souvent civiles, tant en Israël qu’en Europe.

Dernière modification le : 2 mars 2006

Publié dans septembrenoir

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