Le phénomène «Grounding» débarque à Genève

Publié le par David CASTEL


Le film-événement sur la débâcle de Swissair sort mercredi sur les écrans romands.

Pascal Gavillet
Publié le 28 février 2006

Ce n'est pas le moindre des paradoxes. La chute de Swissair a eu d'importantes retombées sur l'économie du pays.


«Grounding - Les derniers jours de Swissair». L'acteur Hanspeter Müller-Drossaart incarne Mario Corti - DR

Et le succès du long-métrage consacré à l'affaire, Grounding - Les derniers jours de Swissair, de Michael Steiner et Tobias Fueter, risque de considérablement renflouer les caisses du cinéma suisse. Risque? Le verbe reste timide, tant on a encore de la peine à croire à cette éventualité. Mais les faits parlent d'eux-mêmes. Sorti le 19 janvier en Suisse allemande, Grounding avait déjà enregistré plus de 250 000 entrées à la date du 21 février. Tout porte à penser qu'il a dépassé depuis le cap des 300 000 spectateurs.

Résultat logique pour un blockbuster américain, un peu moins habituel pour une production suisse. D'autant plus qu'il s'agit là, en termes de budget, d'une «petite» production. Autour des 4 millions de francs suisses, avec un dépassement de 2 millions. A titre comparatif, celui des Bronzés 3 était de 35 millions d'euros et le Munich de Spielberg avoisinait les 75 millions de dollars.

Sélectionné à Cannes?

Le rapport ou l'écart entre les deux - financement et recettes - détermine le succès commercial d'un film, sans compter la vente des droits dérivés (télévisuels et vidéo) et son éventuelle acquisition dans des territoires étrangers. Pour l'instant, ce rapport est favorable à Grounding. Nous ne sommes pourtant qu'au début du phénomène.

Le film ne sort que le 1er mars en Suisse romande et n'a pas encore conquis d'autres pays. Mais sur la base des chiffres récents enregistrés outre-Sarine, l'optimisme est de rigueur. D'autant plus que le précédent film du même Steiner, Mein Name ist Eugen, Prix du cinéma suisse 2006, a depuis longtemps dépassé la barre des 500 000 entrées en Suisse allemande (sortie prévue en avril dans nos contrées).

Optimisme et confiance, donc. Au vu du film, et au su des résultats qu'il a déjà engrangés, il devrait sans trop de problèmes réitérer cet exploit à Genève et en Romandie. Et il y a bon espoir qu'il continue son parcours ailleurs. On murmure que le film pourrait se retrouver à Cannes, dans l'une ou l'autre prestigieuse section du festival. Tous ces signes contribuent à donner un nouveau souffle au cinéma suisse mais surtout à modifier son visage.

Car le cas de Grounding crée un précédent. Au niveau de son impact et de sa réalisation, bien sûr, mais surtout à celui des mentalités présidant au destin du septième art helvétique. Nicolas Bideau, responsable de la Section cinéma à l'Office fédéral de la culture depuis octobre 2005, n'a jamais caché son envie de soutenir un cinéma populaire et de qualité. Il a même fait de l'expression sa carte de visite médiatique, provoquant quelques réactions antagonistes de la part des dirigeants soleurois en janvier dernier. Qu'on soit d'accord ou non avec ses vues, Bideau tient avec Grounding, un exemple étayant parfaitement la politique qu'il compte mettre en place.

Hasard ou coïncidence? Ni l'un ni l'autre. Si les choses tombent à pic, elles résultent aussi d'une conjoncture favorable - l'écroulement de Swissair a fatalement passionné l'ensemble du pays - et d'une évidente addition de talents, le film étant une réussite formelle et technique indiscutable. Aux autres désormais de s'engouffrer, non pas dans la brèche, mais dans l'ouverture que propose ce film-événement. Car il y aura assurément un avant et un après Grounding.


Rialto Servette, Scala,
Pathé Balexert, Rex. Sortie mercredi.


Un film suisse avec une efficacité à l’américaine

L'histoire, tout le monde est censé la connaître. Plus ou moins. Au-delà des arrangements avec la réalité consentis par Michael Steiner, réalisateur, Tobias Fueter, scénariste et monteur, et Peter-Christian Fueter, producteur et grand maître d'œuvre de Grounding , le film conserve la chronologie d'un récit qui a la teneur d'une authentique fiction.

On pourra toujours tergiverser sur tel ou tel détail et sur la véracité de ce qui est représenté: la valeur du spectacle demeure intacte. Un spectacle palpitant, à couper le souffle, rivant le spectateur à son siège. Un tel résultat n'est pas seulement affaire de scénario. Il repose aussi sur le style, l'écriture. Celui de Grounding n'a quasiment pas d'équivalent à ce jour dans le cinéma suisse.

Un montage haletant, usant sans en abuser du «split screen», rappelant le rythme trépidant d'une série comme 24 heures chrono (même si Marcel Ospel, ce n'est pas tout à fait Jack Bauer...). Une efficacité à l'américaine, avec effets de zoom dans l'axe, très proche de ce que peut faire Oliver Stone, notamment dans JFK. Une direction d'acteurs irréprochable, avec des comédiens pratiquement plus crédibles que leurs modèles. Ou encore une parfaite gestion de la musique, qui ne cesse d'amplifier la tension et le suspens.

Autant de qualités qui pourraient être éparses et créer un effet «blockbuster» factice en s'additionnant. Peut-être. Sauf que Grounding est aussi un véritable film d'auteur. Par un traitement survolté et électrique, suivant minute après minute, en temps réel, l'écroulement d'une grande compagnie aérienne, Steiner finit par donner à celle-ci un statut de personnage à part entière. Dans Grounding , il parvient à capter l'âme de Swissair. D'où l'émotion qui nous transporte et nous submerge.

Un très grand film. Et une date dans l'histoire du cinéma suisse.
(pg)


Quatorze copies pour une sortie

Au départ, Grounding - les derniers jours de Swissair devait sortir le 22 février en Suisse romande. Finalement, la date de sortie officielle a été agendée au 1er mars. Le film sera à l'affiche dès mercredi dans bon nombre de villes, dont Genève, Lausanne, Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds, Sion ou Vevey. Au total, quatorze copies de Grounding vont circuler: quatre avec sous-titres (à Genève, Lausanne, Neuchâtel et Fribourg) et dix en version doublée en français. Ce fait n'est évidemment pas anecdotique.

Doublage fait par la TSR

Il est assez rare qu'un film suisse non francophone soit doublé pour son exploitation en Suisse romande. Rare et même exceptionnel. Et en tout cas révélateur de la confiance que la production place en son produit. En l'occurrence, c'est la TSR qui a pris en charge et même coproduit cette version française.

Des comédiens de renom ont accepté d'y prêter leurs voix: Michel Voïta, Nicolas Rinuy, Laurent Deshusses, Jean-René Clair, Alexandra Tiedemann, Maurice Aufair, Philippe Cohen, ou encore David Rihs. Quant à Gilles Tschudi, qui y tient le rôle emblématique de Marcel Ospel, il a tenu à se doubler lui-même en français.

Hier soir, une avant-première exceptionnelle du film était prévue à Genève, à Pathé-Balexert, en présence du conseiller fédéral Pascal Couchepin et de nombreuses personnalités. Ça aussi, c'est rare.
(pg)

Publié dans Autres docs sur sujet

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article