«Mon film, prière pour la paix»

Publié le par David CASTEL

Le Quotidien

 

Munich de Steven Spielberg

Sur son film, Munich, sorti dans les cinémas français à trois semaines des élections palestiniennes et beaucoup plus tôt aux USA, Steven Spielberg, dans la seule interview accordée à la presse, à Time Magazine, parle de sa terreur face à la violence.
En revanche, pendant deux heures trente cinq minutes de projection, la violence était spectaculaire ! Des jeunes hommes bruns, très bruns, de la faction «Septembre Noir» prenaient en otages, d’autres, beaux et musclés comme sélectionnés d’une revue de bodybuilding, dormant paisiblement dans leur dortoir. Se déclenche alors une véritable tragédie.
Le battage médiatique fait autour de ce film était tel que nombreuses municipalités et autorités ont craint des réactions populaires. Les spectateurs le virent puis passèrent leur chemin.
Ce réalisateur juif, le plus célèbre d’Hollywood se lance, ouvertement depuis 1983, avec E.T. (Extra Terrestrial) dans une recherche effrénée de «home», chez lui. A Jérusalem, il fonde la Shoah foundation dans la foulée du tournage de La Liste de Schindler (1993) dédiée à une collecte d’archives et de récits de survivants de l’époque pétainiste. Il s’est aussi attaché à rassembler et archiver les films sur la vie quotidienne des juifs à travers le temps. Il a, en outre financé le musée de Yad Vashem sur les martyrs de la Shoah. C’est dire l’attachement de cet artiste dont nombre d’entre-nous ont encore à l’esprit, «téléphone maison» balbutié par E.T.
En effet, est-on tenté de dire, Speilberg recherche sa maison, son home sweet home. Cette année-là, c’est le film le plus émouvant sur la nuit de cristal qui voit le jour dans La Liste de Schindler. Une sacrée catharsis à laquelle s’adonne Speilberg en douze ans. Munich préparée par «la guerre des mondes» est une signature de l’origine du mal. Un mal ressenti dans son enfance, déjà, de petit juif aux USA. Une véritable catharsis, tous ces films : purgation au sens médical et purification au sens religieux.
Tout le long de Munich, c’est une véritable chasse à l’homme qui est menée par les services secrets israéliens pour se venger des «terroristes palestiniens» mais aussi et surtout pour éradiquer toute velléité de revendication de leur droit à la terre, leur terre, la Palestine.
La longueur du film noyait le propos : il dit n’avoir pas donné l’avantage à l’un ou l’autre camp. Pourtant, le spectateur n’a fait que suivre le montage de la stratégie d’éradication des cerveaux de la mission «Septembre Noir». Les représailles sont sanglantes alors qu’Israël refuse, jusqu’à ce jour d’en assumer la responsabilité. Mais Speilberg réplique que le mouvement de «Septembre noir» avait utilisé le pouvoir médiatique des Jeux olympiques pour faire connaître sa cause au mépris de toutes les valeurs, de toutes les lois. Il a recours à une démarche simpliste en faisant une analogie avec le 11 septembre aux USA, où on apprit que tous les actes de terreur doivent être sanctionnés par une réponse similaire. Pourtant il prétend que la violence le terrifie et qu’il veut la combattre. De plus, la nécessité de répondre à ce qui s’est passé à Munich traverse tout le film.
Speilberg ne s’en cache pas ; Golda Meir, elle-même, le côté maternel exacerbé, caresse tendrement Avner, le chef d’équipe des agents du Mossad, commettant les meurtres des leaders palestiniens «semble» regretter l’ordre d’exécution des Palestiniens, non ceux qui ont commis les meurtres des sportifs, mais leurs chefs. Rechercher chez Golda Meir l’humain quand elle arme le bras de l’enfant pour aller exécuter l’autre. Mais, outre la caresse, il y a cette clôture du film à New York, devant l’île de Manhattan que dominent encore les deux tours du Word Trade Center. Cette sorte d’effet spécial consiste en une mise en perspective du monde actuel et de la violence qui le travaille. Trop facile cette lecture rectiligne du conflit israëlo-palestinien en 2005. Au deux tiers du film, Eric Bana, le soldat qui poursuit une mission sans fin d’éliminer aux quatre coins du monde les ennemis d’Israël, retrouve sa femme mais au cours de leurs longues étreintes, il est taraudé par le souvenir de la prise d’otages. Ce montage rudimentaire donne à voir des images de corps accolés à celles du drame de Munich. Le passage trahit Speilberg qui, happé par sa technique de prédilection, « the entertainment «, film d’action, confond le spectacle à un problème géopolitique complexe. La prise de conscience du personnage est très mal venue. Approche vraiment simpliste : condamnation du cycle infernal de vengeance et de représailles et ne pas manquer de rappeler le caractère inexcusable du terrorisme.
Speilberg a échoué dans sa démarche de raconter l’inracontable quand il a touché à l’un des problèmes les plus épineux, à l’heure actuelle, le Moyen-Orient au centre de toutes les convoitises.


25-02-2006
F. Amalou


Publié dans Réactions Arabes

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