Münich : vision du sexe et terrorisme chez Steven Spielberg

Publié le par David CASTEL

par Frédéric Vignale
 

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logo ARTICLE 1904 J’ai fait ma bonne action universelle de l’année, je me suis rendu à une séance cinématographique projetant le dernier Spielberg : "Munich".

"Munich" raconte le parcours d’un groupe d’hommes remplis d’incertitudes, de culpabilités et de scrupules (dont un très bon Mathieu Kassovitz , formidable en fabricant de jouets reconverti malgré lui en spécialiste en explosifs ) qui fut chargé, en 1972, d’éliminer un à un, les commanditaires des meurtres perpétrés par des terroristes arabes lors des Jeux Olympiques de Munich, cette même année.

Le tristement célèbre commando de la nuit du 5 septembre 1972, appartenant au groupe baptisé "Septembre noir", est ainsi le sujet principal de ce "Munich", qui oblige les Israéliens, pour ne pas perdre la face aux yeux du reste du monde, à répondre de manière forte et sanglante à ce bain de sang olympique.

Dans la série "Spielberg continue à se réapproprier l’Histoire de l’humanité et tout ce qui concerne les drames de celle qui met en scène les Juifs", après "La liste de Schindler", ce brave Steven s’intéresse de très près à un petit commando d’hommes chargés d’exécuter des prétendus ennemis d’Israël. Des hommes sont pris en otage pour nettoyer le monde de ces assassins moustachus.

Pendant tout le film, Spielberg se flagelle et se donne du mal pour faire croire à son concept de départ auquel on a tout de même un peu de mal à adhérer malgré la surenchère de moyens : "l’impartialité critique" sur cette période et les actions meurtrières en charge d’une vengeance programmée. Volonté des plus louables, certes, sauf que certains éléments de ce film sont assez étranges à analyser et portent véritablement à polémique.

Plutôt que de critiquer le scénario, les dialogues ou le jeu des acteurs, j’ai choisi d’évoquer tout ce qui est sexuel, de près ou de loin, dans ce très long métrage, ainsi que la manière édifiante dont les auteurs ont rendu cela à l’image.

Il ne s’agit pas là d’un point de vue volontairement provocateur ou tendancieux mais, bel et bien à mon humble avis, ce qu’il y a de plus pertinent à commenter dans cette affaire-là.

Eric Bana, un comédien australien qui ressemble à une sorte de Jim Morrisson un peu moins rock and roll, joue un tout jeune père de famille qui est "choisi" par le Mossad pour aller faire le sale boulot. Avner préférait assister à la naissance de sa petite fille et passer du temps avec sa mère et son père malade. Oui mais voilà, il est l’élu, l’individu ordinaire qui va venger sa nation, devenir un héros anonyme (car les grands sacrifices pour son pays doivent rester muets, même si tout le monde sait sans le dire). Avner est beau, il est brun, musclé, héros malgré lui, qui ne trompe même pas sa femme pendant sa mission en Europe et ce malgré une grande tentation. Un héros qui doute, un héros qui reste digne malgré l’éloignement d’avec sa femme qui elle, trouve refuge aux Etats-Unis, dans un pays où il y a encore les tours jumelles, comme un symbole fort.

Avner fait beaucoup l’amour à sa femme, comme cela est sous-entendu. C’est un jeune homme sexuellement actif qui offre sa belle énergie à son pays. D’ailleurs on le dit dans le film, Avner est toujours dans l’action, ce type d’homme ne supporte aucun temps mort. L’énergie sexuelle se transformera par idéologie en force meurtrière.

Chose rare au cinéma, au début du film, on voit Avner faire l’amour à sa femme en levrette, alors que celle-ci est enceinte d’au moins sept mois. Un plan de demi ensemble montre cette scène explicitement avec, semble t-il, une actrice réellement enceinte lors du tournage. Vers la fin de l’intrigue, on verra ce même couple faire l’amour en missionnaire, avec, en parallèle, des images de la tuerie du Commando "Septembre noir", et étrangement, Avner atteint l’orgasme avec sa femme en même temps que l’explosion d’un hélicoptère, tuant juifs et arabes sur le tarmac.

Le reste des symboles sexuels du film est traité de manière très moralisatrice. La très jolie et pulpeuse prostituée brune, qui est en charge d’éliminer des membres de l’équipe d’Avner ou le chef lui-même, se fait descendre sur sa péniche et se trouve humiliée jusque dans sa mort ; elle restera nue, selon la volonté de ses assassins, criblée de balles, dans une position expiatoire, sa poitrine magnifique et aguicheuse montrée en pleine focale, sexe compris, le tout dans un fauteuil en osier.

De la même manière, le collègue d’Avner qui a succombé, dans tous les sens du terme, aux charmes de la belle pute d’Amsterdam, est retrouvé complètement nu dans son lit, comme pour accentuer son péché de chair qui l’a mené à une fin tragique.

Avner lui, n’ayant pas trompé sa femme avec la tentatrice, aura la vie sauve.

Le sexe est partout dans Munich, disséminé avec subtilité ; Avner se retrouve même confronté à son double, son « homologue » de l’autre camp, un bel ennemi arabe, avec lequel il cohabitera quelques heures par la force des choses, et qu’il verra finalement mourir sous les balles, avec douleur, dans une scène savamment dosée au fort pouvoir érotique qui ne ferait pas désordre dans un film gay. Avner rencontre son miroir inversé, un lien étrange se forme entre les ennemis, une gémellité chargée d’universalité. Les deux beaux guerriers s’aperçoivent en un éclair qu’ils n’étaient pas si différents et qu’ils auraient pu être des proches, ce juif et cet arabe... des frères, des amis, des amants peut-être même, si l’histoire avait été différente.

Happy end sexuel, Avner retrouve sa femme, les tours du World Trade Center sont en érection, la belle est comblée par son mari-amant triomphant, elle ne pose pas de questions sur ses exactions politiques, elle va encore pouvoir donner du plaisir et des enfants à son charmant mari...

Münich, de Steven Spielberg, adaptation du livre Vengeance, de George Jonas, en salles.

le 14/02/2006

Forum

  • > Münich : vision du sexe et terrorisme chez Steven Spielberg
    14 février 2006, par Jean-François Tavernier

    Bonjour à vous,

    En ce qui me concerne, je reviens également d’une séance de Munich et je dois dire que l’analyse de M. De Vignale est à la hauteur des mes attentes pour Le Mague, originalité et regard neuf. J’ajouterai que l’omniprésence du sexe dans ce film tend également à nous offrir cette traditionnelle et agaçante vision aseptisée et contrôlée du corps en général.

    En effet, je regrette que les corps des héros que le spectateur suit et auquel il doit s’identifier soient sacro-saints, pensons simplement à la première scène dans le lit entre Avner et son épouse, la rondeur des formes, harmonie des corps et de l’esprit qui s’imbriquent tel cette position inhabituelle pour un film mais tant de pudeur lorsque les protagonistes replacent la couverture sur leur intimité. Notons encore l’image du corps du premier israélien à mourir après sa pulpeuse rencontre à Londres avec l’hollandaise, celui-ci était soigneusement alité, magnifique jeu d’ombres pour éviter de dévoiler le poids du corps.

    A contrario, il faut bien noter que le corps et le sexe des opposants à nos héros sont malléables à souhait, le réalisateur en fait ce qu’il veut. Il suffit pour s’en convaincre de penser un membre qui pendouille à un ventilateur après une explosion, mais aussi le corps de la jeune hollandaise qui à l’inverse de l’épouse de Avner se dévoile dans son entièreté, dans la violence aussi.

    Quant à la dernière scène qui fait décidemment débat, je suis partisan du pro-orgasme d’Avner, l’expiation par la jouissance, la violence du feu à laquelle on ne peut que tenter de répondre par une autre forme de violence, celle de l’amour.

  • > Münich : vision du sexe et terrorisme chez Steven Spielberg
    14 février 2006, par Emma
    Dans chaque film il y a connotation et alors ? et quant à faire l’amour à sa femme enceinte, et bien et alors et tant mieux. J’ai vu ce film excellent et je ne me suis par remise en question sur ces points mais plutôt sur le fond .Le personnage principal nous montre des traits de caractère comme il me semble chaque homme devrait avoir : courage, integrité, droiture et conscience. Quant à ceux qui trouverait que le film ne soit pas assez partial, je leur répondrai que chacun a sa part de résponsabilité et qu’il serait temps de ne plus se déchainé comme des bêtes. Le sujet mérite discours mais pour être simple il me semble que cette haine peut s’arrêter ; il y a fort longtemps la cohabitation regnant ne posait aucun soucis. Ceci est donc possible. Voilà donc j’en suis sure la morale de ce film.
  • > Münich : vision du sexe et terrorisme chez Steven Spielberg
    13 février 2006

    "Il ne s’agit pas là d’un point de vue volontairement provocateur ou tendancieux mais"

    On pourrait donc le croire ?

  • > Münich : vision du sexe et terrorisme chez Steven Spielberg
    13 février 2006, par elise
    Enfin une analyse qui sort de ce qu’on lit partout dans la presse. pour ça merci.
  • > Münich : vision du sexe et terrorisme chez Steven Spielberg
    13 février 2006, par Abel
    Il me semble que votre vision est quelque peu érronée. Je ne pense pas que la scène de fin soit un orgasme, mais la preuve de son impuissance. Cet homme ne vit plus dans l’action...
    • > Münich : vision du sexe et terrorisme chez Steven Spielberg
      13 février 2006, par eddi

      Monsieur Vignale a raison. Il est dans le vagin de son épouse pendant toute la scène, ce qui ne semble pas relever d’une grande impuissance.

      Avouez que pendant tout le montage parralèle de la prise d’otage, il fait bel et bien l’amour non ?

      • > Münich : vision du sexe et terrorisme chez Steven Spielberg
        14 février 2006, par Abel
        Il y a vraiment une impossibilité à éjaculer Eddi. D’ailleurs le mot de sa femme après sonne comme un : c’est pas grave. Et cela jusitifie aussi la présence de la première scène de sexe entre les deux. On peut donc voir ce film comme un film sur le sexe, sur la pression du travail dans les relations entre partenaires etc... Je m’égare, mais différentes lectures sont possibles. Même celle de Vignale est possible, mais j’insiste sur la scène de fin... Il n’y a pas d’orgasme pour lui.



 

Publié dans Critiques film France

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