Trop rose ou trop noir [ 10/02/06 ]

Publié le par David CASTEL

CINEMA - 

LA CHRONIQUE D'ANNIE COPPERMANN


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« Nanny McPhee », de Kirk Jones, réinvente une sorte de Mary Poppins un peu sorcière, incarnée par Emma Thompson, également auteur du scénario.
Les jours rallongent, les enfants sont en vacances et les amoureux s'apprêtent à fêter la Saint-Valentin : on a, cette semaine, des envies de rose. Mais pas... en overdose. C'est, pourtant, ce qu'ose Marc Esposito dans « Toute la beauté du monde », une histoire d'amour exaspérante de banalité et suavité en forme de catalogue publicitaire pour les paysages (et hôtels) de rêve de Bali, certes somptueusement photographiés, mais insuffisants pour faire un vrai film.

Un peu moins sucrée, mais tout aussi touristique, « La Piste », où Eric Valli troque les neiges de son (beau) premier film, « Himalaya, l'enfance d'un chef », pour la brousse, les rochers, les forêts de Namibie, et conte le voyage initiatique d'une adolescente à la recherche de son père tombé avec son avion dans le désert et retenu par des hommes en armes. Plus dangereuse que Bali, l'Afrique aussi est belle, et l'histoire, qui finit également bien, est un peu plus intéressante.

Rose toujours, mais relevé d'un peu de fantastique et d'une bonne dose d'humour, et cette fois tout à fait réussi, « Nanny McPhee », de l'Irlandais Kirk Jones, réinvente une sorte de Mary Poppins un peu sorcière, incarnée par Emma Thompson (également auteur du scénario), qui ne chante, ni ne danse, mais fait des miracles avec une joyeuse bande de petits monstres : à recommander à toute la famille - tandis que « Plume », joli dessin animé allemand, ne s'adresse qu'aux tout-petits.

Du rose au gris, le pas est franchi avec « Un couple parfait », film français de Nobuhiro Suwa. Le (remarquable) réalisateur japonais y radiographie le cruel délitement d'un couple interprété par un duo d'exception, Bruno Todeschini et Valeria Bruni-Tedeschi. Sans mélo, sans bavardage, mais d'une rare justesse. Tant pis pour la Saint-Valentin ! Quant à « 13 Tzameti », également français, malgré son titre, et l'origine géorgienne de son réalisateur, Gela Babluani, difficile de trouver... plus sinistre : on y voit (en noir et blanc) un groupe de parieurs miser des fortunes sur les victimes programmées d'un jeu de roulette russe humaine. Bardé de lauriers, à Venise et à Sundance, mais insoutenable.

Enfin, « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés », le documentaire de la semaine traite... de la souffrance au travail. Décidément, tout n'est pas rose encore...

Sauf les reprises, somptueuses. D'abord, une grande rétrospective Louis Malle. Ensuite, le mythique « Niagara », de Henri Hathaway, et ses deux vedettes incontournables, les chutes et... Marilyn. Enfin, l'un des sommets du Septième Art, « La Nuit du chasseur », le (seul) film de Charles Laughton, images et son restaurés, avec Robert Mitchum, ses deux poings tatoués, et Lilian Gish. Finalement, nous allons bien vers le printemps !


Toujours à l'affiche
Pour les enfants, d'abord : « Le Monde de Narnia », « heroïc fantasy disneyenne » plutôt réussie, et deux dessins animés, un français, joli, « Kirikou et les bêtes sauvages », et un japonais, drôle et inventif, « Pompoko », suédois, et original, « Franz et le Chef d'orchestre » est à réserver aux plus petits ; comme bien sûr « Bambi 2 », de tout repos - la maman est morte depuis longtemps. Mais surtout, pour tous, « Le Chien jaune de Mongolie », tendre et souriante docu-fiction sur une délicieuse famille de nomades. Pour les parents, toujours « The Constant Gardener », qui allie romantisme et dénonciation des magouilles en Afrique, « Lord of War », qui brosse un portrait saisissant d'un cynique trafiquant d'armes, « Good Bye and Good Luck », qui ressuscite un journaliste courageux du temps du maccarthysme, « La Trahison », qui parle sobrement de la guerre d'Algérie, et même « Munich », de Spielberg, malgré son côté « thriller ». Et, pour les romantiques, « Le Secret de Brokeback Mountain », bien sûr, avant ses oscars annoncés.


Sur le petit écran
Vendredi : « Gilda », de Charles Vidor, avec Rita Hayworth et ses légendaires gants noirs (23 h 10, Arte). Samedi : « Manhattan », le meilleur film de Woody Allen, musique de Gershwin... (22 h 30, TCM,). Dimanche : « La Cité de Dieu », de Fernando Meirelles, inoubliable descente dans l'enfer des favelas (23 h 55, TPS Home Cinema).

Publié dans Box Office

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