Crime et châtiment

Publié le par David CASTEL

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9 février 2006 - Par Viviane Miles © Metula News Agency

Le Mossad a par ailleurs réagi à Munich, affirmant que tout ce qui, dans le film, prétend retracer la traque des assassins est aux antipodes de la réalité

C’était il y a plus de trente-trois ans. La cause palestinienne avait brusquement envahi la scène politique internationale avec le massacre de onze athlètes israéliens aux jeux olympiques de Munich, le 5 septembre 1972. Inspiré par cet épisode macabre, Steven Spielberg a réalisé un film de plus de deux heures et demi, qui sort ces jours sur nos écrans, retraçant l’attaque sanglante que tout le monde connaît et ses suites nettement plus méconnues, ceci d’après une adaptation d’un livre de George Jonas, Vengeance. A l’instar de ce titre, Spielberg en a choisi un tout aussi sobre et précis : Munich.

 

Munich : un mot, une ville, un drame. Si la tuerie perpétrée par les Palestiniens avait ému le monde entier, Israël avait été doublement bouleversé, d’abord par l’assassinat sauvage de ses sportifs, mais aussi par le fait que cela se soit produit en Allemagne, précisément à Munich, berceau du nazisme, là où s’étaient élaborées, une quarantaine d’années plus tôt, les prémices de la solution finale ; dans le pays, aussi, où avaient eu lieu les J.O. de 1936, de sinistre mémoire.

 

Avant même sa diffusion en France, ce film avait déjà provoqué de vives polémiques, notamment au sein de certaines communautés juives. D'aucuns ont vu dans le scénario une humanisation, voire une justification de l’acte barbare des terroristes palestiniens. Il est vrai que ces derniers sont présentés par Spielberg comme d’aimables et inoffensifs personnages, l’un passionné de littérature ; un autre, bon père de famille ; un autre, encore, simple touriste admirant la vue lors d’une belle nuit étoilée. Le danger d’une telle représentation est la difficulté de faire ensuite le lien avec leur passé d’assassins, qu’il vaut mieux ne pas perdre de vue, et qui sert d’ailleurs de fil conducteur à tout le film.

 

De la prise d’otages par les terroristes palestiniens, reviennent, en leitmotiv, tout au long du film, des séquences d’actualité de l’époque et des bribes de scènes reconstituées. Ce que le public connaît moins, c’est la riposte d’Israël : c’est elle, justement, que Spielberg a voulu montrer. C’est aussi ce que beaucoup lui ont reproché. Car à défaut de documents et de détenir des témoignages directs, le cinéaste verse dans la fiction, ne pouvant que fabuler sur ce qui s’est réellement passé. Le film narre donc l’opération de représailles d’un commando israélien composé de cinq agents du Mossad, les services secrets israéliens. Ce commando, effectivement créé à la demande du premier ministre de l’époque, Madame Golda Meïr, va agir dans le plus grand secret, sous le commandement d’Avner (une création de Spielberg), à l’insu même des chefs du Mossad.

 

Le Mossad a par ailleurs réagi à Munich, affirmant que tout ce qui, dans le film, prétend retracer la traque des assassins est aux antipodes de la réalité et que, dans la plupart des cas, les opérations qu'elle impliqua furent autrement plus spectaculaires et sophistiquées que leur représentation cinématographique pourtant dramatisée.

 

Mené tel un thriller, le film entraîne cependant le spectateur à travers l’Europe – avec d’excellentes reconstitutions de Paris, Rome, Athènes, etc. des années ‘70 – à la poursuite des membres du commando terroriste palestinien, que les Israéliens retrouvent par l’intermédiaire d’une source française et éliminent l’un après l’autre. Attention ! Il ne s’agit pas d’un film d’action mettant en scène des héros imaginaires sans peur et sans reproche. Leur première mission témoigne plutôt d’hésitations et de maladresses, puis d’une précipitation fébrile où perce le manque d’expérience. Il s’agit pourtant d’un commando d’élite. Plus qu’à l’action, Spielberg fait place à l’aspect humain. Le commando israélien, par exemple, suspend in extremis une mission, lorsque l’un des agents s’aperçoit qu’une fillette innocente risque de faire les frais de la bombe qu’il destine à son père.

 

Au fur et à mesure de leur traque, la caméra du cinéaste s’attache à suivre les états d’âme des agents israéliens, leurs peurs, leurs doutes. Doutes quant à la finalité de leur mission. Peur, surtout, de perdre leur humanité. L’un des personnages ne se reconnaît plus dans sa mission, qui va à l’encontre du respect de la vie transmis par ses parents à travers le judaïsme. D’autant que les effets de leur action sont loin d’être probants. Les terroristes palestiniens tués par les Israéliens sont immédiatement remplacés par d’autres, plus déterminés encore. Lors d’une scène qui se déroule à Beyrouth, un jeune Palestinien prend à témoin le chef du commando israélien, au cours d’une plaidoirie enflammée et idéaliste dans laquelle il réclame une terre à laquelle il a droit. Il dit qu’il n’est pas pressé : il sait que s’il n’y arrive pas, ses enfants ou ses petits-enfants continueront la lutte.

 

Après quelques pertes au sein de son équipe, Avner, à bout de souffle, ne dort plus, ne mange plus. Lorsqu’il rentre en Israël, il est accueilli comme un  héros par de jeunes soldats. Mais il est temps pour lui de rendre son tablier et de passer à autre chose. Y parviendra-t-il ? Dans sa tête se superposent avec violence les images du massacre de Munich, même lorsqu’il fait l’amour à sa femme.

 

Spielberg est un metteur en scène hors pair, son film, qui tient en haleine le spectateur du début à la fin, est d’une qualité indéniable, le jeu des acteurs très bien maîtrisé. L’histoire soulève des interrogations légitimes sur la vanité du combat pour une terre et sur l’opportunité de représailles. Avant tout, ce film dénonce le principe d’une vengeance qui n’apporte pas de solution, mais engendre une nouvelle vengeance, dans un cycle sans fin. La violence entraîne toujours la violence ; personne n’est prêt à y renoncer, chacun étant convaincu de son bon droit. Et finalement, trente ans plus tard, les choses n’ont pas changé d'un pouce.

 

Si Spielberg conçoit sa démarche comme une « prière pour la paix », son film a, à mes yeux, le tort d’avoir mis sur un même plan un acte de terreur gratuit et odieux et sa punition. D’avoir dépeint des assassins palestiniens sous un jour sympathique dans leur vie quotidienne, sans montrer la construction monstrueuse de leur geste – s'attaquer à d'innocents sportifs ! –. Et d’avoir abandonné dans un anonymat émotionnel les athlètes israéliens, dont on ne sait rien d’autre que leurs noms, qui s’égrènent à la fin du film, tel un hommage tardif, un détail dans leur propre histoire.

 

A suivre le message de Steven Spielberg, il faudrait laisser faire les terroristes sans réagir. Or, comme Golda Meïr, je pense qu’un Etat démocratique fort doit protéger ses ressortissants et châtier ceux qui leur portent atteinte, sinon c’est un encouragement pour les suivants. Il faut à un Etat, lorsqu'on agresse ses sujets, commencer par les défendre, sans quoi, la réflexion politique indispensable à la recherche de solutions durables n'a pas même de sens. A voir ce film, on saisit au moins en fin de cause que la lutte contre le terrorisme n'a pas la même urgence, suivant qu'on l'imagine à Hollywood ou, par exemple, sous les Qassam à Sdérot. 

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Publié dans Réactions en Israël

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