Les doutes du commando des vengeurs

Publié le par David CASTEL


 
 web.master@lematin.press.ma dernière mise à jour : 01 Février 2006, 19h30 GMT
01.02.2006 | 14h25 
 
«Munich» soulève la polémique en Israël aussi bien que chez les Palestiniens
 
Après La liste de Schindler sur le génocide des juifs, Steven Spielberg s'attaque au terrorisme international. Munich revient sur l'opération du groupe palestinien Septembre noir en 1972 en Allemagne et interroge la réponse israélienne à cet événement. Humaniste mais trop léger dans ses développements historiques et politiques, le film est plus convaincant sur son flanc romanesque qui renvoie au film d'espionnage.
 

Les attentats du 11 septembre ont donné une nouvelle orientation aux films produits aux Etats-Unis. Notamment quand ils abordent le sujet de la guerre : Guerre du Golfe dans Jarhead de Sam Mendès, sorti le 11 janvier.

Guerre contre le terrorisme dans Munich de Steven Spielberg, sur les écrans depuis la semaine dernière. Spielberg s'était réveillé du 11 septembre en signant La Guerre des Mondes, film inspiré du roman de H.G. Wells où des extra-terrestres surpuissants envahissaient la Terre pour éradiquer toute forme de vie humaine. Film sur le traumatisme et sur la peur, La Guerre des Mondes notifiait l'impuissance militaire et proclamait la nécessité d'ouvrir les yeux sur les malheurs du monde.

Munich poursuit sur cette voie en illustrant le dilemme des démocraties face à la lutte contre le terrorisme : négocier ou écraser ? La diplomatie ou la violence ? Spielberg défend ouvertement la première attitude. Le film revient sur le 6 septembre 1972, jour où le groupe Septembre noir, commando palestinien, a fait irruption dans le village olympique de Munich en Allemagne pour prendre en otage les membres de la délégation israélienne invitée. Deux personnes ont été tuées pendant l'assaut. Rejointe par l'armée allemande, l'opération s'est achevée dans un bain de sang : tous les otages sont morts, ainsi que cinq de leurs ravisseurs.

Munich démarre sur cet événement historique à grand renfort d'extraits d'images et de discours en provenance des télévisions et des foyers du monde entier. Spielberg reste assez discret quant au déroulé sanglant de l'attentat. On pense qu'il n'y reviendra pas. A tort : le 6 septembre 1972 tient lieu de fil conducteur au film qui, deux heures et demie durant, s'y raccroche sans cesse sous forme de flash-bach cauchemars venant hanter les mémoires des protagonistes.

Acmé, lors de cette scène consternante, vers la fin du film, où le héros, Avner, tente d'expulser les images qu'il garde de la prise d'otages en faisant l'amour à sa femme. Spielberg n'est pas un documentariste. Munich n'est pas un film historique. Tout comme dans La Liste de Schindler, où le réalisateur s'était servi du mélodrame pour dire le génocide des juifs, la question qui se pose devant Munich c'est : de quelle façon Spielberg fait-il, en partant de cet événement réel, du cinéma ?
Munich, qui choisit de montrer la réponse du Mossad à l'événement, suscite une polémique aujourd'hui, chaque camp reprochant au film tout ou partie de sa vision des choses.

A l'époque, le Premier Ministre israélien, Golda Meir, a ordonné la traque et l'exécution des responsables du coup de force. Le film suit l'escouade chargée des représailles.

Crescendo d'angoisses
Quatre agents du Mossad menés par le jeune Avner (Eric Bana) doivent éliminer onze Palestiniens qui se cachent quelque part sur la surface du globe.
Pour les localiser, Avner utilise les services d'informateurs français (Mathieu Amalric et Michael Lonsdale), personnages aussi romanesques et démoniaques que les agents secrets sont réalistes et humanisés.

L'angle du film, ce sont les progrès de la violence sur ces hommes missionnés pour tuer. Spielberg le pacifiste reste politiquement assez sommaire et préfère mettre en avant les dommages du terrorisme sur les individus qu'il utilise.

“Quelle cause défend t-on au juste ? Notre violence est-elle justifiée ? Ne risque t-elle pas, finalement, de déclencher encore plus de violence ? Ceux qui nous dirigent sur cette voie ne sont-ils pas simplement en train de nous instrumentaliser au nom d'intérêts qui nous dépassent ? ”, se demandent les agents du Mossad avec une angoisse qui va crescendo. Si Munich en dit long sur la barbarie internationale, le film mélange un peu tout le monde sous le grand manteau tragique de la violence : les différents groupes et factions, les mercenaires, les soldats etc… Spielberg tente un face-à-face entre Avner et un jeune soldat Palestinien.

Cette scène attendue et peu convaincante est précédée d'un morceau de bien meilleur tonneau : la rencontre surprise - probablement orchestrée par l'informateur français qui les voyait bien s'entretuer – et assez désopilante entre les membres du Mossad et un groupe de l'OLP dans une planque la nuit. L'arme au poing, les agents israéliens crient “ETA”, comme d'autres crieraient “ police ”. Et les Palestiniens de baisser les armes et d'entamer une discussion sur les revendications indépendantistes en Europe...

S'il prend un curieux plaisir mêlé de dégoût à filmer le sang qui coule, les bras qui s'arrachent, les couteaux qui se plantent, Spielberg s'amuse franchement à soigner la partie espionnage de Munich. Entre belles villes, belles voitures, beaux personnages, belles filles, traits d'humour, et incartades gastronomiques, les rouages des différentes opérations passent un peu sous secret. Mais Munich concentre une série non négligeable de missions impossibles, suite de clou du spectacle esthétiquement sur-dosés mais gonflés de suspense. Le frisson du thriller l'emportant sur la réflexion sous-jacente, l'impact du fantasme humaniste du réalisateur peut néanmoins laisser quelques doutes.

Film américain réalisé par Steven Spielberg. Avec : Eric Bana (Avner), Mathieu Kassovitz (Robert), Ciarán Hinds (Carl), Daniel Craig (Steve), Geoffrey Rush (Ephraim), Hanns Zischler (Hans). Durée : 2h35.

 
 
Ingrid Merckx | LE MATIN 
 

Publié dans Réactions Arabes

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