La Couleur de la vengeance

Publié le par David CASTEL

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La Couleur de la vengeance
Avis de VIERASOUTO sur Munich du 31 janvier 2006

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L'évaluation de l'auteur:  


Avantages: l'image, la mémoire, les acteurs français au top
Inconvénients: les baisses de tension, d'attention .  .  .


Avis complet
C'est le genre de film où si l'on émet des réserves, compte tenu du sujet et de la notoriété de Spielberg, on a intérêt à trouver d'autres arguments que «j'ai pas tellement aimé» ou «c'était trop long...». D'où vient alors qu'on sort prendre un café au milieu de la séance? On a loué Spielberg parce qu'il a essayé de ne pas prendre parti, ce qui qui lui a d'ailleurs valu d'être critiqué par les deux camps… mais n'aurait-il pas mieux valu qu'il prit parti pour insuffler davantage d'énergie à ses personnages? Le film souffre d'une certaine apathie, il ne cesse de démarrer et de ralentir, mais on a une idée dans ses morceaux de bravoure de ce qu'il aurait pu être, et, à ces moments-là, c'est du cinéma haut de gamme.

L'Histoire de « Munich » avec un grand H

5 septembre 1972, Munich, village olympique, 4h30 du matin :
Des sportifs américains en goguette aident une bande de huit hommes portant des sacs de sport à escalader le grillage du village olympique pour rentrer se coucher. Des employés allemands s'en amusent. Sur la pelouse, les huit hommes se changent, enfilent des cagoules, sortent des mitraillettes de leurs sacs : avec l'aide d'un complice interne, le commando «Septembre noir» s'en va frapper à l'appartement numéro 1 du pavillon israëlien. Josef Gottfreund, arbitre, éveillé, ayant aperçu les hommes masqués dans le couloir, tente de refermer la porte en s'appuyant dessus de tout son poids mais la porte cède, un seul sportif pourra s'échapper...

Moshe Weinberg, entraîneur, qui rentrait tard de la ville, se trouve alors sur le chemin du commando : forcé par les terroristes de les mener aux autres athlètes de la délégation israëlienne, il n'hésite pas : il les conduit chez les plus jeunes et les plus costauds. Weinberg est abattu, une bagarre éclate, Yossef Romano, haltérophile, ayant tenté de s'opposer au commando avec un couteau de cuisine, est blessé d'une balle dans le ventre. Les neuf autres athlètes sont baillonnés, ligotés et attachés entre eux.

9h du matin, premier ultimatum : les terroristes palestiniens demandent la libération de 234 prisonniers retenus en Israël et aussi des terroristes allemands Andreas Baader et Ulriche Meinhoff. Golda Meir, alors premier ministre d'Israël, refuse et demande aux allemands d'agir. 12h00, second ultimatum encore reporté.

C'est la première fois que le terrorisme international utilise les médias pour se faire connaître. Un seul impératif pour le commando «Septembre noir» : faire durer la prise d'otage le plus longtemps possible. A l'époque, les problèmes des territoires palestiniens étaient occultés par l'omniprésence dans les médias de la guerre du Vietnam.
La police allemande, totalement inexpérimentée, a recruté un commando d'opérette dans les différents commissariats de police de Munich, des policiers de quartier vêtus de survêtements de différentes couleurs et portant des mitraillettes… Première conséquence de la naissance de l'information sensationnelle dans les médias: l'impact de la télévision sur ce qu'elle filme : la télévision filmant les policiers en train de préparer un assaut et le commando palestinien regardant aussi la télé…, l'opération est annulée.

18h00 : les otages sont emmenés par le commando «Septembre noir» dans deux hélicoptères à l'aéroport de Munich en vue de prendre un avion pour l'Egypte. A l'aéroport, le dispositif en place est partiellement annulé : les policiers allemands déguisés en membres de l'équipage refusent leur mission à la dernière minute et quittent l'avion prêt à décoller. Restent seulement 5 tireurs de la police allemande sans expérience en poste sur les toits. Après des échanges de tirs la plupart du temps dans le noir, le commando «Septembre noir» fait sauter le premier hélicoptère des otages à la grenade et un terroriste du commando abattra les autres otages dans le second appareil. L'opération a viré au carnage, aucun otage n'en réchappera. 1 heure du matin, la télévision allemande annonce la libération des otages… Une heure plus tard, le monde entier apprend que tous les otages sont morts ainsi que 5 membres du commando Palestinien (les 3 autres sont arrêtés).

Le Film et l'Histoire

Les évènements de Munich sont montrés par Spielberg tout au long du film par fractions et par étapes chronologiques, alternant avec le reste de l'histoire. Le procédé est efficace, rappelant, si besoin était, justifiant le pourquoi de ce qui va suivre.
Golda Meir ordonne le recrutement d'un commando de cinq hommes chargé de liquider une liste de onze commanditaires ou participants palestiniens de l'attentat de Munich ; elle explique sa décision «après ça, on n'assassinera plus jamais un juif impunément dans le monde». Comme le dit Mathieu Amalric interrogé sur le film : la mission du commando israëlien était sans équivoque : "tuer de la façon la plus spectaculaire possible pour que ce soit reconnu".

Les Personnages :

Avner, le chef du commando «Colère de Dieu» est choisi par Ephraïm (Geoffrey Rush), le chef du Mossad, parce que « c'est un homme ordinaire ». Fils d'un héros israëlien, Avner (Eric Bana), lui-même agent du Mossad, possède les qualités d'être peu connu du milieu palestinien et d'avoir déjà vécu à l'étranger. Quand Marcello Mastroianni, alors inconnu, avait demandé à Fellini pourquoi il l'avait choisi pour «La Dolce vita», ce dernier avait répondu «parce que tu as un physique ordinaire»…

A Avner, on adjoint quatre co-équipiers : Comme le dit Mathieu Kassovitz dans une interview : «ces cinq hommes n'ont rien en commun si ce n'est de défendre leur terre : Israël… ils sont prêts à mourir...»

Steve (Daniel Craig), le sud-africain, un homme d'action jeune et beau qui veut rester maître de son destin, le seul qui ne soit pas juif, il dira dans le film «c'est étrange de se dire qu'on est un assassin» et Avner lui répondra «pense à autre chose alors».

Hans (Hanns Zischler), un antiquaire faussaire plus âgé que les autres, un juif allemand qui a quitté l'Allemagne pour Israël dans les années 30, parlant les deux langues.

Robert (Mathieu Kassovitz), un soldat de la guerre des six jours, agent du Mossad, fabricant de jouets et spécialiste du déminage, il fabriquera les bombes. Un pur trop sensible «nous sommes censés être justes, si je perds ça, je perds mon âme.

Carl (Ciaran Hinds), un homme d'âge moyen, les cheveux gominés, sombre et méticuleux «je suis né réticent, je ne peux rien faire sans râler», un homme qui ne veut refuse tout dommage extérieur à la mission.

C'est Carl qui définira le mieux le personnage d'Avner « j'ai connu des gens comme toi à l'armée, tu peux faire les pires choses mais tu dois les faire en courant ».

L'Histoire selon Spielberg

Pendant qu'on passe les photos, une par une, des 11 sportifs israëliens tués, en parallèle dans un autre lieu, une main, pose les photos de 11 individus sur une table comme on abat des cartes : l'opération "Colère de Dieu" vient de commencer. Spielberg utilisera ce procédé plusieurs fois tout au long du film de deux actions simultanées et antagonistes. Ca nous vaut une des plus belles scènes du film où Avner, passe du doute à la parano, éventre les objets de sa chambre d'hôtel, téléphone, télévision, et lacère son matelas, ces endroits mêmes où il a posé des bombes chez les autres, pendant que Robert, un autre membre du commando, prépare une bombe...

Avner (Eric Bana) et ses hommes débarquent d'abord à Rome : des copains de fac lui font rencontrer Tony (Yvon Attal) un personnage gras et vulgaire qui n'a d'autre motivation que l'argent : il lui vend le premier nom de la liste des onze. Pour le négoce des noms suivants, Tony mettra ensuite Avner en relation à Paris avec deux informateurs français : Louis (Mathieu Amalric) et son père, dit Papa, (Michael Lonsdale), ancien communiste revenu de tout, dont on ne sait pas très bien quel jeu ils jouent. Avner n'a aucune confiance en Louis mais il n'a pas le choix, «idéologiquement, nous n'avons aucune moralité» (Mathieu Almaric à propos de son personnage). Pourtant, Louis finira par s'attacher en quelque sorte à Avner allant jusqu'à lui conseiller de stopper vers la fin. Les rapports entre les deux hommes sont ambigus, portés par l'interprétation magistrale d'Almaric (Louis), son regard pervers et triste sur Avner ouvre toutes les portes de pulsions inavouées et inavouables de la part de l'informateur français, l'aidera-t-il ou le trahira-t-il ou les deux à la fois, on n'en sait rien…

Une phrase de Spielberg résume comment il voit son film «face au terrorisme, on est obligé de répondre mais comment être sûr qu'on ne devient pas ce qu'on pourchasse ? ». Spielberg mise tout sur le côté humain des choses «l'essentiel était que les hommes ne perdent pas leur humanité». «Munich» est tout sauf un James Bond : le film baigne (trop?) dans les états d'âme du commando, la vie de famille des deux bords, les rapports entre les hommes, le découragement, l'hésitation, la colère. Avner n'est pas un héros : c'est une sorte d'homme idéal selon Spielberg qui aime sa famille et sa maison mais qui choisit son devoir tout en ayant horreur de la violence.

Le film devient rapidement une mission impossible : concilier la condamnation du cycle infernal de la vengeance avec la justification des représailles aux attentats terroristes. Le prisme humain au superlatif affiché par le réalisateur affaiblit l'action, le film alterne entre des passages somptueux et des chutes de tension, d'attention pour le spectateur. On en arrive à une disproportion entre les scènes de commando filmées magistralement et les moments d'atermoiement qui prennent souvent le dessus. Comme si Spielberg voulait s'excuser de la violence son sujet en forçant les passages sur le doute du personnage principal . Les critiques de cinéma on émis à juste raison des réserves sur la longue scène où Avner revoit tous les attentats pendant l'acte sexuel, c'est peu dire que c'est "téléphoné" et on s'attendait à autre chose venant d'un tel réalisateur... Pire, à l'image de la jouissance finale, Spielberg fait correspondre l'image du tir d'une mitraillette… Il vaut mieux oublier cette scène…

Quand Spielberg dit qu'il vaut que «le spectateur voit le choses de l'intérieur», c'est terriblement ambitieux et utopique car rien n'est plus difficile que de cerner le référentiel de l'autre et on tombe facilement dans une émotion livrée « clé en main » qui de toute façon ne sera pas universelle. A ce point, on peut dire que Spielberg aurait pu être plus factuel dans sa démonstration, et que chaque spectateur aurait alors ressenti sa propre émotion d'après la synthèse de ce qu'il aurait perçu globalement sur l'écran plutôt que celle proposée, presque imposée par le réalisateur avec de louables intentions de faire passer le message d'une «prière pour la paix». Ceci dit, s'agissant du public américain, il était peut-être nécessaire de mettre autant de points sur le i…

Les acteurs (quelques uns)
Le casting est international : des acteurs célèbres chez eux mais peu connus aux USA.

L'australien Eric Bana (Avner) : un peu Olivier Martinez version Antonio Banderas, un acteur australien qui fut appelé par Spielberg alors qu'il terminait le tournage de «Troie». Promu nouvelle star du cinéma US de demain, je sais que je vais considérablement choquer les admiratrices du séduisant Eric Bana mais je le trouve assez inexpressif…

L'anglais Daniel Craig (Steve) : un rôle en retrait, je n'ai pas d'opinion, un personnage qu'on aurait aimé voir développer davantage… Un acteur que l'on retrouvera dans le prochain James Bond.

Les français... Mathieu Kassovitz (Robert) : le meilleur des cinq acteurs du commando, une sensibilité et une justesse d'interprétation exceptionnelles, en sortant, c'est de lui qu'on se souvient...

Mathieu Amalric (Louis) : la preuve par quatre que quand il est bien dirigé, il est au top, délivré de ses insupportables minauderies avec Depleschin… Un acteur qui gagnerait à changer d'emploi dans les films français…

Michael Lonsdale (Papa), tout droit sorti de la Nouvelle Vague, campe un fascinant personnage d'agent trouble, avec cette voix traînante et mélodique qu'on lui connaît et cet inimitable regard inquiétant d'hypnotiseur à la fois impitoyable et bonhomme.

Yvon Attal (Tony), un bon second rôle bien interprété sans être inoubliable.

L'Israëlienne Ayelet Zorer qui joue Daphna, la femme de Avner, connue dans son pays pour « Nina's tragédies ».

La canadienne Marie-José Croze, qui joue une sorte de Mata-Hari hollandaise, une actrice révélée en France par le succès de «Les Invasions barbares ».

Le réalisateur : je ne vais pas citer tous les films du stakhanoviste Steven Spielberg, le réalisateur le plus populaire et le plus prolixe du monde, mais il va sans dire qu'on est avec «Munich» davantage du côté de «La Couleur pourpre» ou "La Liste de Schindler" que de celui d' «ET » ou d'"Indiana Jones". «Munich» est sorti la même année (décembre 2005 aux USA) que «La Guerre des mondes» tout comme «Jurassic park» était sorti en 1993 la même année que «La Liste de Schindler». Pour poursuivre sur cette dualité, avec la coexistence de films de divertissement et de films plus sérieux, les projets de films de Spielberg pour 2006 sont «Indiana Jones 4» et un film sur Abraham Lincoln.

En conclusion
Un film trop éducatif sans doute, une image superbe, les plus belles scènes étant filmées la nuit sous la pluie, ce qui ne doit pas être aisé… Spielberg avait demandé à son directeur de la photo d'utiliser exagérément le zoom dont on se servait beaucoup dans les années 70, ce qui donne un rendu de l'atmosphère de l'époque d'une manière très subtile. Un film avec des fulgurances qui donnent une idée du chef d'œuvre manqué... Un film à voir de toute façon pour le sujet, l'Histoire, l'interprétation bien qu'elle soit elle aussi inégale.

 

Publié dans Critiques film France

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