Munich, le film choc

Publié le par David CASTEL

Munich, le film choc (24/01/2006)
© D.R.
Le dernier Spielberg est avant tout du très bon cinéma

BRUXELLES Histoire et cinéma font-ils nécessairement bon ménage? Depuis la naissance du septième art, le domaine historique a offert à celui-ci une source d'inspiration pratiquement inépuisable. Il ne faut pourtant pas les confondre. Quel que soit le soin apporté par les plus grands metteurs en scène même dans le créneau de la reconstitution historique, le cinéma reste avant tout un art d'expression.

La seule perspective d'un film sur le drame des J.-O. de Munich était déjà sujet aux polémiques les plus vives.

Sachant que la production est américaine et que la réalisation a été confiée à Steven Spielberg, on imagine sans difficulté le degré des passions qui s'agitent autour du dernier film de l'auteur de La liste de Schindler et du Soldat Ryan.

Sur le plan historique d'ailleurs, on se rappelle des comparaisons établies entre ce dernier film et Le jour le plus long qui évoquait le même thème avec... quarante ans de décalage. On n'avait évidemment pas manqué de souligner le réalisme - à notre sens, un peu exagéré d'ailleurs - de la fameuse séquence du débarquement qui ouvre le film. De là à conclure que Spielberg est un revisiteur de l'histoire, il n'y a qu'un pas à franchir. Celui de l'amalgame...

Le drame de Munich est bien plus contemporain. Même les adolescents de l'époque s'en souviennent. Mais l'évolution du conflit au Moyen-Orient et son actualité toujours brûlante rendent le terrain encore plus sensible et... explosif.

Munich, qui sort sur nos écrans ce mercredi, a pris comme angle d'attaque - si on peut dire - non pas la narration du drame en lui-même, mais l'action de représailles organisée en secret par le Mossad, sous la responsabilité du gouvernement de Golda Meir. Cette mission qui a finalement abouti à l'exécution d'une quinzaine de membres ou sympathisants de Septembre Noir n'a jamais été reconnue officiellement par l'Etat d'Israël. Mais au fil du temps, les langues se sont déliées, notamment dans le chef de hauts responsables militaires retraités. La vérité sur l'opération en elle-même ne fait plus vraiment de doute.

Cela dit, le dernier Spielberg repose sur un scénario d'une grande habileté. Les terroristes n'y sont pas présentés comme d'infâmes crapules ni les agents israéliens comme des enfants de choeur! Les séquences les plus émouvantes de Munich font état des doutes éprouvés dans les deux camps. Le film s'achève sur un grand point d'interrogation qui renvoie en quelque sorte à... toute l'histoire de l'humanité.

Précis dans sa narration, méticuleux sur les moindres détails de la mise en scène, Munich est sans doute le film le plus accompli d'un Spielberg dont il ne faut jamais oublier qu'il est, avant tout, un magicien de l'image. N'est-il pas exceptionnel de trouver dans la filmographie d'un metteur en scène des ouvrages aussi différents que Les dents de la mer, 1941 et Indiana Jones d'un côté, La liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan et... Munich de l'autre?

Le côté réaliste de Munich ne doit pas faire oublier qu'il s'agit d'un film, et donc d'un spectacle. On l'oublie trop souvent quand on parle de cinéma qui doit rester avant tout du cinéma.

Septembre noir aux JO

La chronologie des événements tragiques

MUNICH 1972. A quelques mois des Jeux Olympiques de Munich, les autorités allemandes marquent de nombreux points contre les terroristes. Entre le 8 juin et le 9 juillet, la police arrête cinq membres importants de la Fraction Armée Rouge, dont Ulrike Meinhof, considérée comme l'idéologue de l'organisation terroriste. Dans le même temps, elle abat le Britannique Jan Mac Leod, suspecté d'aider les mêmes poseurs de bombes.

Le 26 août 1972, lors de la cérémonie d'ouverture des 20e JO, les principales menaces semblent écartées. L'Allemagne s'apprête à faire oublier les Jeux de 1936 avec faste. La fête ne durera que quelques jours.

Le 5 septembre, à 4 h 08 du matin, un commando bien armé de huit hommes pénètre dans le village olympique. L'un d'eux, engagé par l'organisation, possède les clés. Ils se rendent immédiatement au bloc 31, où est logée la délégation israélienne. Ils s'emparent de onze athlètes et en laissent échapper deux autres, Tuvia Sokolovsky et Gad Tsobari. Deux Israéliens qui tentaient de résister sont abattus sur place.

A 5 h du matin, le commando, baptisé Septembre Noir, lance un ultimatum à la police: si 234 «prisonniers détenus par le régime militaire d'Israël» ne sont pas libérés pour 9 h du matin, il supprimera les otages. L'ultimatum sera repoussé plusieurs fois.

Vers 22 h, deux hélicoptères emmènent les terroristes et leurs otages vers l'aéroport de Fürstenfeldbruck. Des tireurs d'élite les y attendent. Vers 22 h 35, ils ouvrent le feu abattent trois membres du commando. Ce n'est qu'à 1 h 30 du matin, le 6 septembre, que les forces de l'ordre viennent à bout du dernier terroriste qui résistait. Les neuf sportifs ont été tués, et trois membres du commando sont arrêtés.

Le 7 septembre, Golda Meir, Premier ministre israélien, établit une liste de Palestiniens à éliminer. Elle contenait 11 noms selon les uns, 14 selon les autres.

Le 8 septembre: l'armée israélienne lance des raids de représailles contre des bases palestiniennes au Liban et en Syrie. Bilan: 66 morts.

Wael Zwaiter est le premier nom de la liste à disparaître, le 16 octobre, dans un hall d'immeuble de Rome. Sept autres personnes sont éliminées jusqu'au 28 juin 1973, lorsque Mahomed Boudia est abattu à Paris. Le 21 juillet 1973, les services secrets israéliens abattent par erreur un Marocain en Norvège. Le 10 juillet 1996, Israël accepte de négocier des dommages et intérêts pour la famille de cette victime.

Le 22 juillet 1979, le cerveau de la prise d'otages de Munich, Ali Hassan Samaleh, meurt dans un attentat à Beyrouth. L'autre organisateur, Abou Daoud, a échappé à un attentat en Pologne en août 1981. Âgé de 74 ans, il a accordé une interview cette semaine au Journal du Dimanche, dans lequel il précise le coût de l'opération (5.000 dollars) et qu'il «ne regrette rien.»

© La Dernière Heure 2006


«Mon film n'est pas un plan de paix pour le Proche-Orient!» (24/01/2006)
Steven Spielberg répond aux critiques

BERLIN En tournant un film sur un sujet aussi sensible que la prise d'otages durant les Jeux Olympiques de Munich, en 1972, et les actions de représailles qui ont suivi, Steven Spielberg savait qu'il devrait répondre à de nombreuses critiques. Y compris de la part des Israéliens, comme leur consul à Los Angeles, Ehud Danoch: «C'est une équation morale incorrecte» a-t-il déclaré à propos d'un ouvrage qui renvoie Israéliens et Palestiniens dos à dos.

«Je ne suis pas prétentieux au point d'affirmer que je délivre un plan de paix pour le Proche-Orient avec mon film» a rétorqué le réalisateur de La liste de Schindler dans une rare interview accordée au magazine allemand Der Spiegel. «Mais est-ce une raison pour laisser le champ libre à ceux qui simplifient tout? Aux Juifs et aux Palestiniens extrémistes qui considèrent jusqu'à aujourd'hui toute forme de solution par la négociation comme une sorte de traîtrise? (Est-ce une raison) pour se taire, juste pour ne pas avoir d'ennuis? Je voulais juste me servir du puissant médium qu'est le cinéma pour amener le public à une confrontation très intime sur un thème qu'on ne connaît généralement tout au mieux que de manière abstraite.»

Il n'accepte donc pas la critique selon laquelle il donne «des réponses simples à des questions compliquées. Croyez-moi, je n'ai pas abordé le sujet de manière naïve. Je suis un juif américain et je connais les sensibilités dans le conflit israélo-palestinien.» Avant de conclure qu'il serait prêt à «mourir pour Israël».

Bien décidé à sortir du cadre purement cinématographique traditionnel, Steven Spielberg a aussi choisi de distribuer 250 caméras vidéo à des enfants palestiniens et israéliens, pour qu'ils filment leur quotidien avant de s'échanger leurs cassettes. «Ce genre de chose peut être efficace, en leur permettant de comprendre qu'il n'y a pas tant de différences entre Israéliens et Palestiniens, et de toute façon pas en tant qu'êtres humains», a-t-il précisé au magazine Time.

Doté d'un budget de 70 millions de dollars, Munich présente un casting de choix: Eric Bana, Geoffrey Rush, Mathieu Kassovitz, Mathieu Amalric, Marie-Josée Croze, Yvan Attal, Michael Lonsdale et le futur James Bond, Daniel Craig.

Publié dans Critiques film France

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