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Publié le par David CASTEL

Munich

- Mathieu Kassovitz et Eric Bana en mission après la prise d'otages de ''Munich'' - © Universal Pictures -
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Mathieu Kassovitz et Eric Bana en mission après la prise d'otages de ''Munich'' - © Universal Pictures
De Steven Spielberg (Etats-Unis), avec : Eric Bana, Daniel Craig, Ciaran Hinds, Geoffrey Rush, Geoffrey Rush - 2 h 40

J.O. de Munich 1972 : un groupe de Palestiniens tue deux athlètes israéliens et en prennent en otages neuf autres. Les sportifs et la majorité des terroristes seront abattus. Un jeune agent des services secrets israéliens, avec quatre autres hommes, doivent abattre onze Palestiniens dans le monde, désignés comme les commanditaires de l’attentat...

Jacky BORNET
Publié le 25/01 à 00:00
La critique
- Conseil de guerre au Mossad après la prise d'otages de ''Munich'' - © Universal Pictures -
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Passant d’un sujet de science-fiction (La Guerre des mondes), à un sujet d’actualité avec Munich , Steven Spielberg est revenu à la palette sombre de son inspiration, lisible dans Duel, Les Dents de la mer, La Liste de Schindler, ou Il faut sauver le Soldat Ryan. En revisitant l’événement qui constitue l’acte de la naissance du terrorisme moderne, dont on connaît aujourd’hui la résultante, il parle infiniment du contexte international actuel. Il confirme du même coup dans son style, sa distanciation par rapport à son lyrisme caractéristique. Distanciation lisible dans son film précédent qui renouait avec Duel ou Les Dents de la mer, parmi ses films les plus résolument sombres.

Munich est de ce point de vue abyssal, ne laissant pas même une place à la petite lueur d’espérance qui concluait, ironiquement, La Guerre des mondes, déj à très métaphorique de l’actualité du 11 septembre 2001. C’est en effet quand il explore le «  côté obscur » que Spielberg est au meilleur de sa forme. Jamais cinéaste n’a vu ses films aussi régulièrement, tout le long de sa carrière, qualifiés «d’aboutissement à l’âge adulte » (La Couleur pourpre, L’Empire du soleil, Shindler, Ryan...). Ce n’est rien comprendre à Spielberg qui a constamment alterné fantaisie (fantasy) et gravité. Comme nous le rappelions, ce n’est jamais sans départir d’un certaine guimauve, mais la dernière scène de sa Guerre des mondes semble signifier que désormais il la laisse au placard, ce que confirme Munich.

Tant, que l’on reconnaît à peine son style (sauf dans sa lumière jouant du clair-obscure)). Il semble avoir pris la leçon de son ami Kubrick, toujours très distancié dans le traitement de ses sujets, comme un entomologiste génial. Si le réalisateur met à plat la stratégie d’Israël suite aux événements de Munich, il ne se veut pas historien. Et le reproche que certains pourront lui faire sur les sous-entendus de culpabilisation des membres de l’équipe chargé d’assassiner onze Palestiniens, passent totalement à côté du sujet. Spielberg se distancie par rapport à l’Histoire en stipulant d’entrée de jeu que son film est «  Inspiré de faits réels ». Précaution d’usage, mais qui compte dans son traitement effectif du sujet.

Il colle d’une part à l’Histoire en se faisant le rapporteur exacte du Geoffrey Rush et Eric Bana dans les rues de Tel Aviv après les attentats de ''Munich''déroulement de la prise d’otages et de sa conclusion, quand on compare son traitement parcellaire du sujet à celui, développé et exposé dans le documentaire qui sort le même jour dans les salles, Un jour de septembre. Si son sujet n’est pas la prise d’otages, il ne peut l’ignorer et l’insère d’abord comme introduction à son récit, puis comme les images récurrentes du cauchemar d’Avner, chef du commando israélien, qui ponctuent le film en respectant la progression chronologique, et dans lequel il puise sa motivation. Aussi Spielberg ne met jamais en doute la conviction de ses protagonistes dans leur mission, que cela s’agisse d’Avner ou de ses compatriotes. Si les interrogations se font jour, c’est bien entendu parce que le metteur en scène profite de son intrigue issue de l’Histoire pour interroger de telles pratiques et réaliser du même coup son premier film résolument politique (si l’on excepte son demi échec La Couleur pourpre et son raté Amistad, tous deux sur l’esclavage).

Si Spielberg pose de la sorte de vraies questions (les cibles sont-elles les bonnes ?, leur mort est-elle justifiée ? celle-ci n’entraîne-t-elle pas la spirale du terrorisme revendicatif et d’Etat ?...), il réalise en même temps un remarquable thriller, tout en affinant l’approche psychologique de ses personnages. Une réussite particulièrement lisible au cours d’un dialogue entre Avner, amené à s’entretenir avec un Palestinien, au cours duquel ses convictions sionistes ne peuvent s’empêcher de s’exprimer. Alors que cette prise de position le met en danger, son interlocuteur la respecte sur le plan idéologique, mais ils redeviendront ennemis dans la scène suivante, au cours d’un duel fatal pour l’un d’eux.

La paranoïa d’Avner progresse au fil de sa mission. Remarquablement interprétée par Eric Bana, elle naît aussi de la mise en scène qui valorise la menace qui se resserre autour de lui, déduite de menus événements suggestifs, dès qu’elle se fait jour. Si Bana est excellent, tous les acteurs sont sur la même ligne, Geoffrey Rush en tête (qui ressemble étonnement au chef du Mossad qu’il interprète). Preuve du grand directeur d’acteur que Spielberg ne cesse d’être.

La sous intrigue des informateurs que trouve Avner en France est tout autant passionnante que les autres aspects du film. Elle met en place des personnages énigmatiques que l’étrange présence de Mathieu Amalric et Michael Lonsdale nourrissent avec tact, comme de mystérieux acteurs qui actionnent les rouages d’une machine incontrôlable, dans l’ombre des pouvoirs.

Munich se révèle abouti et sophistiqué dans ses lectures multiples, savamment dosées, même si l’on connaît les convictions sionistes de son auteur. De fait, Spielberg se révèle extrêmement prudent dans son approche, en interrogeant les méthodes auxquelles font appel les Etats (en l’occurrence israël, mais ce message s’adresse à tous), le profil de ses personnages, sans jamais oublier qu’il est investi d’un talent de cinéaste hors pair, dont la dernière œuvre constitue un des sommets de sa filmographie. Remarquable.


Vidéos
 ''Munich" au Journal de 20 H de France 2
 ''Munich'': ''Les jeux brisés'' sur Stade 2
 ''Un jour en septembre'' au 20 H de France 2

Publié dans Critiques film France

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