Un jour de septembre

Publié le par David CASTEL


- Un des terroristes de la prise d'otages d'"Un jour de septembre'' 1972 à Munich - © Memento Films -
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Un des terroristes de la prise d'otages d'"Un jour de septembre'' 1972 à Munich - © Memento Films
Documentaire de Kevin Macdonald (Grande-Bretagne) - Durée : 1 h 32

J.O. de Munich, 5-6 septembre 1972. Huit Palestiniens tuent deux athlètes israéliens dans le village olympique et en détiennent en otages neuf autres. Ils exigent la libération de 236 prisonniers politiques. Israël refuse. Débutent alors des négociations qui n’aboutiront pas. 21 heures plus tard, la prise d’otages se terminera dans un bain de sang.

Jacky BORNET
Publié le 25/01 à 00:00
La critique
- Ankie Spitzer, épouse d'un des otages de Munich, dépose des fleurs sur sa tombe : ''Un jour de septembre'' - © Memento Films -
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Sorti en 2000 et lauréat du meilleur documentaire aux Oscars, Un jour de septembre vaut sans doute sa distribution tardive en France, à la sortie, le même jour, du film de Steven Spielberg, Munich, sur les événements qui suivirent la tragique prise d’otages des Jeux Olympiques de 1972. Il en constitue le parfait complément et inversement.

Ces J. O. de Munich virent pour la première fois la retransmission en direct des compétitions par toutes les chaînes de télévisions du monde. Mais le sport va laisser place à la terreur, les caméras quittant les stades pour se braquer sur l’immeuble où sont détenus les otages. Parfois un visage apparaît dans l’embrasure d’une fenêtre. On voit aussi le porte parole du commando en bas du bâtiment parlementer avec des membres des forces de l’ordre allemandes. Autant dire que le matériel filmique est abondant, mais il n’était jamais ressorti des cartons avant l’ initiative de réaliser Un jour de septembre.

Si son réalisateur Kevin McDonald a sélectionné les images les plus parlantes alors tournées par les télévisions du monde entier, il a complété son film avec des photographies de Raymond Depardon, alors photographe de presse sur place, et des interviews exceptionnels. Il est en effet parvenu à questionner l’épouse d’un des otages abattus, le ministre allemand de l’Intérieur de l’époque, jusqu’au seul des huit terroristes palestiniens encore vivant. Cela ne s’est pas fait sans mal et des questions ont du être éludées. Il n’en reste pas moins que le film de Kevin McDonald retrace avec une précision infaillible les vingt et une heures éprouvantes que dura cette prise d’otages qui devait donner un visage nouveau au terrorisme international et à ses motivations.

Le commando présupposait sans doute que ses revendication ne (''Un jour de septembre''seraient pas honorées par Israël. Comme l’explique le terroriste interviewé, l’objectif est ailleurs : révéler à la face du monde la réalité palestinienne qui ne parvient à se faire entendre. Si l’objectif est atteint, il coûtera la vie de tous les otages et de cinq membres du commando. Mais un autre aspect est développé dans Un jour de septembre. Celui du désarrois des forces de l’ordre allemandes, totalement désorientées par un événement inédit qui, de plus, est retransmis en direct à la télévision.

Le film de Kevin McDonald démontre avec éloquence combien la crise a été mal gérée par les autorités allemandes. D’abord en refusant l’aide israélienne proposée par Golda Meir, alors Premier ministre, puis en improvisant au coup par coup des stratagèmes qui s’avéreront des échecs successifs. Comme cette tentative de prise d’assaut par des tireurs d’élites qui devront rebrousser chemin au dernier moment, apprenant que les terroristes suivent leur évolution à la télévision... Des échecs qui conduiront au tragique fiasco final sur l’aéroport militaire de Munich. Le piège mis en place sera rapidement déjoué par les terroristes et l’embuscade policière s’avère mal préparée, pour se terminer dans une fusillade tragique où les neuf otages périront, ainsi que cinq terroristes.

M ais l’affaire ne s’arrête pas là, avec une nouvelle prise d’otages, aérienne cette fois, en octobre de la m ême année. Son authenticité est des plus suspectes et s’apparente à un leurre permettant aux autorités allemandes de se débarrasser des trois terroristes encore vivants détenus dans leurs geôles. Interviewé sur ce point, le ministre de l’Intérieur de l’époque apparaît bien embarrassé. Il ne lâche pas grand chose, sinon qu'il bafouille que c’était « la manière d’agir de Willy Brandt », le chancelier alors en fonction. Éloquent.

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