La vengeance de « Munich »

Publié le par David CASTEL


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Le film de Spielberg et un documentaire, « Un jour en septembre », évoquent le drame des Jeux Olympiques de 1972.

5 septembre 1972, aux Jeux Olympiques de Munich, un commando de huit terroristes Palestiniens prend en otage une dizaine d'athlètes Israéliens. Ils réclament alors en échange la libération de 200 prisonniers politiques. Le 6 au soir, l'opération s'achève sur le tarmac d'un aéroport militaire par une tuerie et la mort de onze Israéliens, cinq Palestiniens, et deux policiers allemands.

Cet événement est évoqué dans deux films qui se complètent : un documentaire et une fiction. « Un jour en septembre », de Kevin MacDonald (Oscar du meilleur documentaire en 2000), et « Munich », de Steven Spielberg. Les deux utilisent en partie les mêmes images d'archives, notamment celles d'ABC, et de son envoyé spécial Jim McKay qui confirme dans la nuit : « Nos pires craintes se sont réalisées ».

Dans la confusion

Le documentaire de Kevin MacDonald raconte ce « jour en septembre », grâce à des images réelles (dont des photos de Raymond Depardon) et des témoignages récents, dont celui de l'épouse de l'escrimeur israélien André Spitzer, et du seul terroriste encore vivant, Jamal al Gashey, qui « vit toujours caché quelque part en Afrique ».

Le cinéaste évoque d'abord comment l'Allemagne voulait montrer son « nouveau visage démocratique », avec ces Jeux du modernisme, vingt-cinq ans après la fin du nazisme, et faire oublier la guerre et les J.O. de 1936 à Berlin. Le souci des autorités est alors que ce drame perturbe le moins possible les Jeux, qui ne seront d'ailleurs suspendus que peu de temps, sous la pression internationale.

Kevin MacDonald relate les tentatives de négociation et d'intervention, comment les policiers et militaires allemands ont été inefficaces, désorganisés, et comment l'opération a si mal tourné dans la confusion la plus totale. Le tout devant les caméras de toutes les télés du monde, présentes à Munich. Trois semaines plus tard, après le curieux détournement d'un avion de la Lufthansa, l'Allemagne relâche rapidement les trois Palestiniens rescapés du commando de « Septembre Noir ». Deux d'entre eux furent plus tard tués par le Mossad, les services secrets israéliens.

Doutes, angoisses

C'est ainsi « la suite » qu'a choisi de raconter Steven Spielberg dans « Munich », inspiré du livre du journaliste canadien George Jonas, « Vengeance ». La traque en Europe, à Chypre, Beyrouth... des commanditaires de cette prise d'otages, une « mission importante », et évidemment secrète, confiée par Golda Meir, premier ministre israélien.

Une liste de onze noms est soumise à un commando de cinq hommes, dirigé par Avner, jeune agent du Mossad joué par Eric Bana (« Hulk »), et dont deux membres sont interprétés par Daniel Craig (le nouveau « James Bond ») et Mathieu Kassovitz, dans le rôle de l'artificier. Les exécuteurs rayent des noms sur leur liste, l'un après l'autre, grâce aux renseignements fournis par de mystérieux informateurs français, joués par Michael Lonsdale et Mathieu Amalric.

Spielberg a imaginé une scène surréaliste, où les Israéliens partagent une même planque avec des membres de l'OLP. Il est bien trop démonstratif lorsqu'il revient en flash-back sur les événements de Munich, qu'il a reconstitué en partie. Son propos tient dans les doutes, angoisses, et déchirements d'Avner, qui s'interroge sur le bien fondé de ces meurtres, qui attisent le feu de la violence et du terrorisme. Spielberg assure que « Munich » est « une prière pour la paix » : « Les plus grands ennemis ne sont ni les Palestiniens ni les Israéliens. Le plus grand ennemi dans la région, c'est l'intransigeance », a confié le cinéaste à « Time ».

Patrick TARDIT

Publié dans Critiques film France

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