"Munich": radiographie d'une vengeance

Publié le par David CASTEL


PARIS (AP) - C'est l'histoire d'une longue traque, d'une vengeance programmée, de représailles ciblées: dans son dernier film "Munich" (ce mercredi sur les écrans français), Steven Spielberg raconte comment un groupe d'agents des services secrets israéliens a assassiné un par un les commanditaires présumés du massacre de 11 athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972.

Dans son film le plus grave depuis "La Liste de Schindler", le réalisateur juif américain s'est bien gardé de diaboliser les terroristes palestiniens ou de glorifier les agents du Mossad. Ce relatif équilibre entre les parties rivales du conflit du Proche-Orient lui a valu quelques critiques côté israélien, essentiellement parce qu'il pose la question éthique de l'utilisation, par l'Etat hébreu, de la loi du talion: oeil pour oeil, dent pour dent.

Le drame de Munich fut l'un des épisodes les plus marquants du terrorisme palestinien des années 70. Le 5 septembre 1972, alors que les Jeux olympiques battent leur plein, huit Palestiniens du groupe "Septembre Noir" pénètrent peu avant 5h du matin dans le village olympique, avec des armes et grenades cachées dans leurs sacs de sport.

Ils prennent en otages 11 athlètes et accompagnateurs de l'équipe israélienne, dont deux sont abattus d'entrée. Ils réclament la libération de 234 détenus palestiniens et la possibilité de pouvoir s'enfuir en avion, mais veulent surtout attirer l'attention du monde entier sur la cause palestinienne.

Après 21 heures de négociations, la police allemande leur tend un piège à l'aéroport de Fürstenfeldbrück, près de Munich, où les terroristes sont amenés avec leurs otages dans deux hélicoptères. Dans les fusillades, tous les otages sont tués et cinq des huit terroristes sont abattus. Les trois survivants seront libérés des prisons allemandes quelques semaines plus tard après un détournement d'avion.

En Israël, c'est la consternation. En représailles, l'aviation bombarde des camps d'entraînement et des bases de l'OLP en Syrie et au Liban, mais une autre opération, secrète, est décidée par le gouvernement de Golda Meïr: baptisée "Colère de Dieu", elle va consister à éliminer, partout dans le monde -et principalement en Europe-, les responsables et commanditaires présumés du massacre.

Pour cela, les hauts responsables israéliens vont chercher un jeune agent du Mossad, Avner (Eric Bana), à la fiabilité et à la fidélité sans faille. C'est une mission secrète: il doit pour cela rompre officiellement avec tout poste officiel au sein des services secrets, renoncer à son salaire, à son assurance, à sa retraite, quitter pendant de nombreux mois sa famille et sa jeune femme qui attend un enfant, devenir un homme de l'ombre.

Il constitue une équipe avec quatre autres agents anonymes: un tueur sud-africain (Daniel Craig, le prochain James Bond); un fabricant belge de jouets converti en artificier (Mathieu Kassovitz); un antiquaire allemand expert en contrefaçons (Hanns Zischler); et un spécialiste du "nettoyage" chargé de l'intendance et des détails des opérations (Ciaran Hinds).

A eux cinq, ils vont traquer et éliminer leurs cibles dans toute l'Europe, recueillant notamment des renseignements d'un mystérieux groupe d'activistes français, très bien informé et motivé par l'argent, dirigé par un énigmatique Louis (Mathieu Amalric) et son inquiétant père (Michael Lonsdale) qui semble tirer bien des ficelles...

Film à suspense, "Munich" est avant tout un film qui fait réfléchir sur le bien-fondé de la politique israélienne de représailles systématiques aux attentats palestiniens, et plus globalement sur l'idée de vengeance. "Vengeance" est le titre du livre de George Jonas, paru en 1984, sur lequel est basé le scénario.

Eric Bana, rendu célèbre par le rôle de "Hulk", interprète à la perfection ce jeune agent qui a foi en sa mission mais qui, peu à peu, en viendra à se poser des questions sur les motivations de ses supérieurs et frisera la paranoïa. De même, le personnage interprété par Mathieu Kassovitz s'interroge, vers la fin du film, sur l'éthique de ces assassinats ciblés: "Nous sommes juifs. Un juif n'imite pas son ennemi".

Fallait-il le faire ou pas, les représailles mettent-elles fin au terrorisme? Poser la question, c'est déjà y répondre, même si Spielberg le fait de manière délicate. Dans une interview au magazine "Time", il dit avoir voulu faire de son film "une prière pour la paix".

Deux scènes résument bien son propos, que découvriront les spectateurs: l'une où le commando se retrouve nez à nez avec un groupe de l'OLP dans une planque d'Athènes; et la toute dernière image, sur fond de tours jumelles du World Trade Center, en 1973... AP

JmC/sb

Publié dans Critiques film France

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