Munich, et après ?

Publié le par David CASTEL

culture

Histoire . Retour sur la prise en otages de onze athlètes israéliens par un commando palestinien aux jeux Olympiques de 1972.

Munich,

de Steven Spielberg.

États-Unis, 2 h 44.

Un jour en septembre,

de Kevin Macdonald.

Grande-Bretagne, 1 h 32.

En 1972, les jeux Olympiques de Munich réunissent 7 123 athlètes de 121 nations. Pour la première fois, cette manifestation sportive est suivie en direct par les télévisions du monde entier. Ainsi, neuf cents millions de spectateurs vont pouvoir assister à ce qu’on n’attendait pas : la prise en otages de onze athlètes israéliens par un commando de l’organisation palestinienne Septembre noir qui, après avoir abattu deux d’entre eux, pose comme condition à la libération des restants l’élargissement de deux cents prisonniers politiques. Golda Meir refuse. Vingt et une heures plus tard, à la suite d’un énorme cafouillage, les autres sont exécutés. Ces événements sont le fondement de l’impressionnant documentaire de Kevin Macdonald, qui a obtenu en 2000 l’oscar du meilleur film étranger à Hollywood, et qui sort aujourd’hui en France en comptant bien profiter de la déferlante Spielberg pour s’amarrer dans son sillage. On peut en critiquer l’aspect sensationnel, comme en discuter le point de vue, mais il n’y a pas meilleure préparation au film de Spielberg que celui de Macdonald, qui est parvenu à retrouver, outre des policiers allemands et un ancien chef du Mossad, un des survivants du commando.

Ces survivants, c’est justement eux qu’il s’agit d’éliminer dans Munich, dont le slogan de lancement est « En 1972, le monde apprenait l’assassinat de onze athlètes israéliens aux jeux Olympiques de Munich. Ce film raconte la suite. » Revendiquant d’être « inspiré de faits réels », ce qui laisse par ailleurs ouverte la part interprétative, voire fictionnelle, qui est le privilège de tout auteur, il s’attache à poursuivre la traque impitoyable de tueurs par des tueurs, ces derniers agissant avec des moyens illimités sur décision au sommet d’un État israélien fermement décidé à pratiquer l’antique loi du talion. Ce qui ouvre derechef une polémique dont il est aisé de définir les termes. D’un côté, ceux qui vont reprocher à Israël d’employer des méthodes qui, ne laissant aucune place à la justice et ouvrant la porte à toutes les « bavures » et autres « dommages collatéraux », sont indignes d’un État qui se veut démocratique. De l’autre, ceux qui souligneront qu’entre la liquidation de sportifs et celle de terroristes, il existe deux poids et deux mesures.

Le sujet est un tel pont-aux-ânes pour classe de terminale qu’il serait oiseux d’y revenir en trois lignes. Il a été de surcroît débattu à longueur de points de vue dans la presse américaine (le film est déjà sorti aux États-Unis), les contributions les plus virulentes étant celles qui accusent Spielberg, réalisateur juif auteur de la mémorable Liste de Schindler, de n’avoir pas épousé à cent pour cent le choix de la fermeté. La thèse du film, en effet, est que la violence ne peut qu’engendrer la violence, ce qui peut se lire à la fois - contradictoirement - comme une explication, une justification de l’élimination des rescapés du commando palestinien, mais aussi comme l’énoncé de l’aveuglement d’une politique israélienne du tout-répressif, incapable de mesurer qu’« oeil pour oeil, dent pour dent » fonctionne dans les deux sens. Palestiniens et Israéliens dos à dos ? « C’est une équation morale incorrecte », s’est déjà exclamé le consul général israélien à Los Angeles. Dans un entretien à Der Spiegel, Spielberg répond : « Je ne suis pas prétentieux au point d’affirmer que je délivre un plan de paix pour le Proche-Orient... Mais est-ce une raison pour laisser le champ libre à ceux qui simplifient tout ? Aux juifs et aux Palestiniens extrémistes qui considèrent jusqu’à aujourd’hui toute forme de solution par la négociation comme une forme de traîtrise ? »

On s’est attardé plus longuement que de coutume sur le propos porté par l’oeuvre. C’est que Munich est un film qui se regarde penser, dans son incapacité à faire porter sa dialectique interne sur des choix profonds de mise en scène. Il illustre le discours, il ne le fond pas dans un style. En bref, c’est un film d’éliminations successives, à la Dix Petits Indiens, plaqué sur un canevas politique bénéficiant de la caution du réel et ornementé par une mise au jour du travail de services censés demeurer secrets. Son auteur a prouvé depuis longtemps qu’il a du savoir-faire comme du faire savoir. C’est assez pour susciter d’utiles et nombreux débats, ce qui est devenu rarissime dans une superproduction américaine. Ce n’est pas suffisant pour susciter notre enthousiasme.

Jean Roy

Article paru dans l'édition du 25 janvier 2006.

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Publié dans Critiques film France

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