La haine attire la haine

Publié le par David CASTEL


Par Julien Thomas

Réalisé par Steven Spielberg
avec Eric Bana, Daniel Craig, Ciaran Hinds, Mathieu Kassovitz, Hanns Zischler
Sortie en salles le 25 janvier 2006

Distribution
Mise en scène réaliste
Film intelligent
Des scènes discutables
Affiche : © DR

Œuvre d'un humaniste convaincu maîtrisant parfaitement son moyen d'expression, «Munich» coupe le souffle et nourrit une réflexion. Mais malgré cela et une distribution exceptionnelle, le film est inégal.

Avec une musique prenante (de John Williams, une fidèle de Spielberg) et une ouverture tonique, le début rappelle que Steven Spielberg demeure le roi du divertissement. Mais rapidement, l'œuvre prend la tournure que l'on attend : celle d'un film engagé, tout en gardant ses distances. Qui peut prétendre traiter d'un sujet sensible sans prendre position ? Les grands cinéastes. La maîtrise technique de Steven Spielberg et son traitement mesuré d'un thème explosif ne peuvent en aucun cas être remis en question. La tension montant avant les attentats est froide, les explosions sont d'une force époustouflante... bref, le réalisme est saisissant.
Le récit subtilement équilibré suit une équipe anti-terroriste israélienne devant traquer onze représentants de Septembre Noir, un commando palestinien qui avait pris en otage et abattu des membres de la délégation israëlienne lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972. Spielberg a choisi de se concentrer sur le leader de cette équipe indépendante du Mossad, Avner, un personnage fragile incarné avec une sensibilité incroyable par Eric Bana. L'acteur australien symbolise une distribution d'une qualité difficilement égalable, comptant Mathieu Kassovitz (Robert) et Geoffrey Rush (Ephraim) parmi ses meilleurs éléments.

Une ouvre majeure, bien qu'imparfaite

Steven Spielberg utilise une destinée personnelle déchirante pour illustrer un propos humaniste plus universel : le recours à la violence pour le bien d'une cause. Il se base sur un fait historique pour évoquer l'actualité. Certaines scènes sont d'une force saisissante : le dialogue surréaliste sur l'avenir de la situation israëlo-palestinienne entre Avner et un terroriste palestinien ignorant la mission du premier («Tu ne sais pas ce que c'est de ne pas avoir de pays»), et la prise de conscience de Robert face à Avner («Un juif n'agit pas mal parce que son ennemi agit mal»).
Malheureusement d'autres scènes sont soit porteur d'une invraisemblance criante (un mensonge prétendant que des terroristes de différents camps se rassemblent) soit d'un symbolisme grotesque (la scène finale s'arrêtant sur les deux tours du World Trade Center...). Mais un final, on peut se féliciter que «Munich» ne sombre ni dans le mélodrame ni dans le moralisme. Une ouvre majeure, bien qu'imparfaite.

Publié dans Critiques film France

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