"Munich", rien de nouveau sous le soleil.

Publié le par David CASTEL

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 Jean-Daniel Chevalier

Le comédien Mathieu Kassovitz était l’invité du journal de France 3 mardi 24 janvier. Il fut interrogé sur le dernier film de Spielberg « Munich », film dans lequel il joue le rôle d’un agent du Mossad.

Au-delà des éloges que le comédien exprima à l’endroit du "grand" Spielberg, il fut aussi interrogé sur le sens du film.

La journaliste était plutôt bien documentée sur ce dernier et sur les débats qu’il suscite.

Elle demanda à Mathieu Kassovitz ce qu’il pensait du fait de montrer la violence des terroristes palestiniens et celle des agents du Mossad sur un même plan d’égalité.

Il expliqua alors que Spielberg voulait insister sur l’humanité de tous les personnages du film, et faire ressortir l’ineptie du cycle infernal de la violence. Cet élément du film pose effectivement un problème moral.

L’assassinat commis pendant les JO est-il moralement comparable à la vengeance de l’Etat d’Israël ? Admettons que la question puisse être posée, et que la réponse soit positive pour Spielberg.

Mais il y a plus grave !

La journaliste fit très pertinemment remarquer que les agents du Mossad sont montrés dans le film ayant du remord, ce qui ne correspond pas à la réalité.

Ici, la réponse du comédien fut plutôt surprenante. Il expliqua que l’auteur de « Munich » avait eu une démarche artistique : « Quand on fait des films policiers, la réalité est beaucoup, beaucoup moins intéressante que ce qu’on peut en retirer en tant qu’artiste ».

L’argument peut sembler léger, au regard de la dimension morale et politique qui est en jeu. Le comédien expliqua encore que Spielberg voulait donner à son film une dimension symbolique, universelle, de ce qu’est l’homme aujourd’hui dans son aventure humaine…

Si Spielberg avait voulu, à travers ces tragédies (attentats et vengeances), susciter une réflexion sur l’être humain, pourquoi ne s’est-il pas tenu à relater de la façon la plus réaliste possible l’histoire, et laisser ensuite chacun à sa réflexion personnelle et aux inévitables débats ?

Pourquoi a-t-il ajouté cette fiction, cet élément propice à être interprété et récupéré par les ennemis d’Israël : les remords des agents du Mossad ?

Si cette fiction avait pour but de faire ressortir de façon « artistique » (!) l’humanité des agents israéliens, on peut se demander pourquoi il ne l’a pas fait aussi à l’endroit des terroristes palestiniens.

Il aurait pu les montrer pris de remords.

Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Est-ce parce qu’ils n’en ont pas besoin, que leur violence est compréhensible, à l’inverse de celle des agents du Mossad ?

Pour être "humains", les agents du Mossad ont besoin d’être pris de remords, pas les terroristes palestiniens *.

La conséquence est simple : la violence des agents du Mossad est inhumaine et barbare, cause de remords. Celles des terroristes palestiniens est humaine et compréhensible.

Il ne s’agit évidemment pas de faire l’apologie de la vengeance, ou de la rendre plus ou moins légitime.

De plus, le problème est que battre sa coulpe (Spielberg, qui projette ici son propre remord des actions du Mossad, est juif, et ce n’est pas neutre…) devant ses ennemis ne fera, le plus souvent, que les conforter dans leur animosité et leur haine, et dans leur auto-justification.

Le remord d’un protagoniste, qui peut éventuellement conduire à sa repentance, a bien peu de chance d’amener son ennemi dans une même démarche. Le remord suivi d’une éventuelle repentance, est une démarche éminemment intime et personnelle.

Il est fort peu probable que cet aspect du film n’apporte un quelconque progrès sur ce plan-là. Par contre, il est certain que ceux qui cultivent la haine d’Israël y trouveront une bonne raison d’aggraver leur aveuglement.

Finalement, on peut hélas s’attendre à ce que bon nombre de spectateurs verront la violence anti-israélienne des terroristes palestiniens comme plus ou moins légitime, en tout cas compréhensible… et humaine, et ses auteurs en victimes.

Tandis que l’action du Mossad, désavouée par le remord de ses agents, sera perçue évidemment comme inhumaine, barbare et illégitime.

Rien de nouveau sous le soleil.

Jean-Daniel Chevalier © Primo Europe

* Abou Daoud, le cerveau du carnage de Munich n' effectivement aucun remord. "Moi, j'étais un combattant palestinien, de Beyrouth au Golan, et de Ramallah à Munich, et, oui, effectivement, je ne regrette rien", affirme-t-il. Pour lui, l'opération a été un succès: "avec Munich et la caisse de résonnance des Jeux, 500 millions de foyers se sont retrouvés à l'heure palestinienne".

Pourtant, il accuse les Allemands d'avoir tué eux-mêmes les athlètes Israéliens :

Les Israéliens eux-mêmes sont convaincus que les tireurs d'élite allemands ont tué la majorité de leurs athlètes. Ils ont mis en lumière «Abou Daoud le criminel», comme ils disaient, pour mieux masquer la réalité de Munich. En faisant l'autopsie des corps, on aurait pu savoir qui a tué les Israéliens, mais les Allemands ont toujours caché cette vérité. Au lieu de mettre au jour cette vérité, les Israéliens ont préféré ensuite exploiter le drame pour arracher des concessions aux Allemands et renforcer le sentiment de culpabilité à leur égard. Je propose aujourd'hui qu'on expertise les cadavres pour savoir qui a tué ces athlètes israéliens. La communauté internationale a le droit de savoir la vérité. De notre côté, il faut reconnaître que ces dérapages nous arrangeaient à l'époque. Le but de Munich, c'était d'éveiller le monde à la cause palestinienne dont on ne parlait pas en 1972.

Auteur : Jean-Daniel Chevalier
Date d'enregistrement : 25-01-2006

Publié dans Critiques film France

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