Spielberg d'humeur Mossad

Publié le par David CASTEL

A l'affiche


Sur la traque des Palestiniens de Septembre noir, «Munich» aligne les poncifs.

par Didier PERON
QUOTIDIEN : mercredi 25 janvier 2006

  • diminuer la taille de la police
  • augmenter la taille de la police
  • imprimer l'article
  • envoyer l'article
  • article les plus envoyeés
  • écrire à l'auteur de l'article

Il faut voir Munich comme le second film de Steven Spielberg sur l'après-11 Septembre. La Guerre des mondes était déjà, à partir du roman d'H.G. Wells, un commentaire sur le traumatisme des attentats perpétrés par les fanatiques d'Al-Qaeda. La possibilité d'une éradication totale des Etats-Unis était sérieusement envisagée dans ce blockbuster d'un pessimisme communicatif à peine nuancé par une fin heureuse, où l'on comprenait cependant que le salut ne viendrait pas des capacités militaires du pays.

Filandreux. Munich poursuit ce travail de représentation d'un monde sorti de ses gonds et vacillant sur son axe, et pour ceux qui ne comprendraient pas où le plus célèbre et fortuné des cinéastes américains veut en venir, le film se clôt sur un plan des Twin Towers encore debout. Le problème avec Munich, où Spielberg se fond dans le genre du thriller politique à la Costa-Gavras, c'est que la volonté du cinéaste de prouver que le «gros» cinéma américain n'est pas qu'un média manichéen, rempli de certitudes aboutit à une oeuvre incroyablement filandreuse. Parler des polémiques provoquées par le film ­ qui est parvenu à mettre en colère tout un tas de gens aux intérêts idéologiques opposés ­ est à peu près vain si on ne les mesure pas à la faiblesse de ce qui est montré dans cette adaptation libre d'un livre très contesté de George Jonas, Vengeance.

Rappelons brièvement les faits : le 6 septembre 1972, à Munich, un commando de Palestiniens d'extrême gauche, le groupe Septembre Noir, pénètre dans le village olympique puis dans le logement de l'équipe israélienne. Deux de ses membres sont tués dans l'assaut et neuf pris en otage. Le groupe terroriste entend par cette action d'éclat attirer l'attention internationale sur la question palestinienne. La prise d'otage ­ après de nombreux épisodes plutôt clairement exposés dans un documentaire un rien racoleur, Un jour en septembre, de Kevin Macdonald, qui sort aussi aujourd'hui en salle ­ s'achève dans un bain de sang. Les otages sont tous tués, ainsi que cinq de leurs ravisseurs tandis que trois autres sont arrêtés.

Golda Meir, à l'époque Premier Ministre d'Israël, ordonne alors au Mossad de traquer et exécuter les responsables du coup de force munichois. Les services secrets n'ayant pas vocation à répandre au grand jour le détail de leurs activités, chacun peut comprendre qu'à partir de là, une certaine prudence est requise dans le domaine des conjectures. Or, avec le scénariste Tony Kushner, dramaturge gay passablement exalté (voir son Angels in America déjà très torturé et d'un kitsch hallucinant), la divagation tient lieu de boussole dans le labyrinthe des incertitudes historiques et du doute politique. Bien que, soi-disant, Clinton ait été consulté au titre de sa connaissance des problèmes du Proche-Orient. Ce qui n'est pas très rassurant.

Démoniaque. Le film suit une escouade hétéroclite d'agents du Mossad mené par Avner (Eric Bana, ex-Hulk) chargée d'éliminer 11 Palestiniens ayant trempé à divers degrés dans l'opération allemande. A chaque nouveau nom rayé sur leur liste, les questions se font plus pressantes sur la justesse de leur mission. Le sang de la vengeance ne retombera-t-il pas à flot redoublé sur leurs têtes ou celles de leur descendance ? Le film spécule sur une implication démoniaque d'informateurs français tirant toutes les ficelles en mangeant d'excellents fromages de chèvre, invente une nuit de piaule commune entre officiers du Mossad et fedayins palestiniens dans une planque grecque mais ne dit pas un mot sur Ahmed Bouchikhi, le serveur marocain abattu par erreur en Norvège en juillet 1973, un des seuls faits clairement avérés de toute cette affaire.

Le final, un montage parallèle entre Avner, en bout de course, baisant sa femme, et des flashs du massacre des otages à l'explosif sur le tarmac d'un aéroport, coule définitivement dans le comique involontaire ce pensum du remords pacifiste globalement anachronique.


  • diminuer la taille de la police
  • augmenter la taille de la police
  • imprimer l'article
  • envoyer l'article
  • article les plus envoyeés
  • écrire à l'auteur de l'article


Liens publicitaires

Publié dans Critiques film France

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article