Controverse et critiques sévères en Israël

Publié le par David CASTEL

 
 

Le public israélien découvrira Munich en salle aujourd'hui. Mais la polémique autour du nouveau film de Steven Spielberg fait déjà rage en Israël depuis de longs mois.
Patrick Saint-Paul
[25 janvier 2006]

POUR CE FILM, le cinéaste avait pris soin de s'adjoindre les services d'Eyal Arad, le principal conseiller en communication d'Ariel Sharon, et ceux de Dennis Ross, ancien envoyé spécial des États-Unis pour le Proche-Orient. Mais il était difficile d'éviter la controverse sur un sujet aussi sensible. Le message du film, qui selon son auteur se veut une «prière pour la paix», dérange parce qu'il renvoie dos à dos terroristes palestiniens et agents secrets israéliens.


Le consul général de l'État hébreu à Los Angeles, Ehud Danoch, qui a assisté à une avant-première, avait lancé la première charge cet automne. «C'est une équation morale incorrecte. En Israël nous le savons», avait-il accusé, qualifiant le film de «prétentieux, superficiel, problématique». «Il y a une certaine prétention à essayer de traiter un conflit douloureux, qui dure depuis plusieurs décennies, dans un film de deux heures et demie», avait-il dit.


Fier de ne pas diaboliser


Une scène, absente de Vengeance, le livre de George Jonas adapté par Spielberg, irrite particulièrement. Un Palestinien justifie la sanglante prise d'otage des athlètes israéliens auprès d'Avner, le chef du commando du Mossad : «Nous n'avons pas de terre. Voilà pourquoi nous agissons.» Le but de Spielberg est «d'humaniser les terroristes», dénonce Jonathan Tobin dans le Jerusalem Post. Spielberg se déclare fier de n'avoir pas diabolisé ces gens-là. «Ce sont des individus, déclare-t-il, ils ont des familles.» «Et alors ? Vous pouvez dire la même chose des terroristes du 11 septembre et des nazis», écrit-il.


Même les responsables du Mossad, d'ordinaire très discrets, n'ont pu retenir leurs volées de critiques. Les services israéliens disent n'avoir jamais entendu parler de l'espion ayant inspiré le film, un certain Yuval Aviv, qui se présente comme un agent du Mossad. «C'est une tragédie qu'une personne de la stature de Spielberg ait fondé son film sur un livre, qui est un faux», estime David Kimche, un responsable du Mossad dans les années 70.


Les critiques israéliens jugent que le film réduit de façon erronée le conflit avec les Palestiniens à un problème de règlement de comptes, pour empêcher de nouvelles attaques, ce qui ne ferait que perpétuer la violence. «A l'époque, comme aujourd'hui, cela n'a rien à voir avec la vengeance, affirme Kimche. Il s'agit de prévenir de nouvelles attaques contre des personnes innocentes. Le massacre de Munich a marqué un tournant dans notre attitude vis-à-vis du terrorisme.»


Israël n'a jamais officiellement reconnu sa responsabilité dans les assassinats ciblés des membres du commando de l'OLP responsables du carnage de Munich. Mais les Israéliens sont rares à récuser cette méthode. Et, plus de trente ans plus tard, les forces armées israéliennes continuent d'éliminer les dirigeants des groupes armés palestiniens et les commanditaires d'attentats suicides en Israël. Israël juge que la méthode a prouvé son efficacité. La communauté internationale dénonce quant à elle des «exécutions extrajudiciaires», qui ont pour conséquence d'entraîner de nouvelles attaques palestiniennes, visant à venger les morts... Une spirale de la violence interminable.

Publié dans Réactions en Israël

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