CRITIQUE : MUNICH

Publié le par David CASTEL


 
Munich
 
Etats-Unis, 2005
   
Durée : 160 min
Format du film : 35 mm
Format image : 2.35
Couleur
Sortie salles françaises : 25/01/2006
   
resumé
Dans la nuit du 5 septembre, un commando de l'organisation palestinienne « Septembre Noir » s'introduit dans le Village Olympique, force l'entrée du pavillon israélien, abat deux de ses occupants et prend en otages les neuf autres. 21 heures plus tard, tous seront morts, et 900 millions de téléspectateurs auront découvert en direct le nouveau visage du terrorisme.
Après avoir refusé tout compromis avec les preneurs d'otages, le gouvernement de Golda Meir monte une opération de représailles sans précédent, baptisée « Colère de Dieu ». Avner, un jeune agent du Mossad, prend la tête d'une équipe de quatre hommes, chargée de traquer à travers le monde onze représentants de « Septembre Noir » désignés comme responsables de l'attentat de Munich.
Pour mener à bien cette mission ultrasecrète, les cinq hommes devront renoncer du jour au lendemain à leur identité, se couper de leur pays et de leur famille, vivre en permanence dans l'ombre, s’exposer à tout moment à la vengeance de leurs cibles. Genève, Francfort, Rome, Paris, Chypre, Londres, Beyrouth… une longue traque s’engage, émaillée d’exécutions spectaculaires, mais aussi de bavures, de doutes, d’angoisses et de déchirements.
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Affiche du fim Munich
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7/10
9/10
  7/10
  Par La Rédaction.
 
 


Avec la tonitruante Guerre des Mondes, le papa d’E.T prouvait il y a quelques mois qu’il n’avait rien perdu de son savoir faire technique... quitte à y laisser des plumes scénaristiques. Les inconditionnels de Spielberg l’intime, l’engagé, l’historien, trouveront avec Munich le plus beau lot de consolation dont ils pouvaient rêver.

Ancré juste après les attentats des JO de 1972, Munich extrapole, d’après un roman de George Jonas, une théorie de vengeance répondant à l’évènement qui avait secoué le monde entier. Cette vengeance, c’est celle du Mossad contre les commanditaires palestiniens de l’enlèvement et du massacre. L’occasion pour le maître incontesté d'Hollywood de revenir sur ses thèmes de prédilection (l’identité juive, la famille, la Shoah, la transmission...) via une structure scénaristique très appréciée et souvent utilisée par le réalisateur qui, après Amistad, Il faut sauver le soldat Ryan ou La Liste de Schindler, fait une fois de plus s’entrecroiser avec brio petite et Grande Histoire.

La petite histoire, c’est celle du leader quasi-improvisé du groupe de « vengeurs » et de ses acolytes. Loin du cliché de l’activiste forcené, de la brute barbare ou de la victime consentante, Eric Bana interprète avant tout un homme vrai et droit dont la foi, la raison et les convictions seront ébranlées par une mission dont la légitimité est aussi facilement vérifiable que dézinguable. L’acteur trouve d’ailleurs ici le parfait vecteur de son talent, jusque-là sous exploité dans des films bodybuildés (Hulk, Troie). À la fois fragile et fort, confiant et douteux, amoureux et distant, son personnage de survivant est un des plus beaux et torturés que Spielberg ait jamais filmé. Une complexité dont les stigmates ressortent dans une scène d’amour physique aussi paradoxale que possible. Là où la femme d’Avner n’est qu’abandon et générosité, lui est magnifiquement déchiré entre l’amour qu’il éprouve pour son épouse et les fantômes qui le hantent et éveillent sa culpabilité et sa paranoïa. Habité par la fragilité de Robert (Mathieu Kassovitz), la détermination de Steve (Daniel Craig), le professionnalisme de Carl (Ciarán Hinds) et la sagesse de Hans (Hanns Zischler), Avner est ainsi le bouleversant catalyseur des émotions d’un groupe d’hommes tiraillés entre leur supposé devoir citoyen et leur morale personnelle.

Les catégoriques reprocheront sans doute à Spielberg d’avoir fait de son héros un être trop fragile et de ne pas avoir oser le parti pris. Mais avec un tel sujet, la polémique était de toute façon inévitable. S’afficher en faveur d’un bord ou d’un autre lui aurait valu tout autant de critiques. Mais être metteur en scène revient à faire des choix et Spielberg a fait celui de la nuance et de l’impartialité. Que l’on approuve ou non, l’absence de parti pris en est déjà un. Subtile, sa réflexion politique laisse ici place au libre-arbitre. D’une scène à l’autre, le point de vue change, à l’image d’une séquence entre Avner, l’Israélien, et son homologue palestinien pacifiquement rencontré dans une planque. Quel que soit l’angle adopté par Spielberg, sa conclusion reste la même : aussi extrêmes soient leurs actes et leurs revendications, les deux peuples ne sont que les victimes innocentes et les pantins d’un système politique et économique qui leur est étranger. La situation décrite fait d’ailleurs directement écho à l’actualité là où les précédents films historiques de Spielberg évoquaient des problèmes passés. C’est d’ailleurs en cette lecture très contemporaine que réside l’atout principal du film.

Mais Spielberg reste aussi un faiseur de divertissement qui ne trahit pas sa réputation en la matière. Munich reste un thriller qui manie très habilement le suspense. Chaque exécution est ainsi minutieusement orchestrée et mise en scène avec une grande efficacité, et ce malgré un académisme un peu regrettable. Mais les arguments du film ne sont de toute façon ni l’action, ni l’exercice de style. Munich est surtout et avant tout une habile exploration dans l’inconscient d’hommes prisonniers de leur éthique et de leur patriotisme.

Par Marilyne Letertre.



Munich est une œuvre délicate . A la fois « based on a true story », adaptation d’un roman (Vengeance du journaliste canadien George Jonas, 1984), film d’espionnage, tentative d’analyse géopolitique et nouveau film de Steven Spielberg. Plusieurs casquettes portées successivement, parfois simultanément, toujours maladroitement, par cette « fiction historique », comme la définissent ses auteurs. Un projet a priori passionnant, enthousiasmant, qui se révèle - non pas au final mais bien tout du long – exaspérant. Le plus intéressant, mais aussi le plus délicat, reste alors de parler du film à plusieurs voix.

En temps cumulé, l’essentiel des 2h40 repose sur la traque à proprement dite de 11 membres du Black September tenus pour responsables de l’attentat de Munich. Une structure narrative simple et linéaire, où le spectateur suit la préparation et l’exécution d’une mission, puis d’une autre, puis… Le côté rébarbatif est tout à fait intentionnel, en adéquation avec le sujet, mais peu convaincant en termes de cinématographie. A plus d’une reprise, l’équipe de tueurs amateurs réunie par Eric Bana ne fait pas preuve seulement d’amateurisme, mais de réelle crétinerie. Une mission les voit ainsi se perdre dans un balai de voitures aussi chorégraphique qu’inutile, puisqu’ils finissent par attendre la cible tranquillement chez lui. Premier accroc. Le stratagème suivant entend piéger un homme avec un téléphone transformé en bombe, sauf que c’est sa fille qui décroche… et surtout, que le coup de fil est passé d’une cabine tandis que la bombe est activée logiquement la seconde d’après d’une voiture. Allez comprendre. Toujours est-il que l’attentat terroriste devient alors un plan de sauvetage humaniste. Pourtant, rien de choquant pour la plupart de mes confrères journalistes, puisque nous sommes chez Spielberg. Cet acte se veut bien sûr symbolique de la distinction profonde que font les cinq agents du Mossad entre le crime d’Etat et le simple meurtre, mais la naïveté criante de la représentation alourdit et dessert le propos. En écho direct à cette scène, le réalisateur se révèle par contre sans concession lors d’une exécution graphique et gratuite. L’espace d’un instant, il réussit à sortir le spectateur de sa torpeur et à lui asséner, ainsi qu’aux idéologues d’une loi du Talion mesurée, un joli uppercut.

Crime, meurtre, exécution, vengeance… le monde dépeint dans Munich respire la haine à chaque coin de rue, et malencontreusement à chaque plan du film. En effet, à préparer, répéter et multiplier des exécutions de sang froid, le très long-métrage développe un côté donc rébarbatif, mais aussi ludique. La tentative de Spielberg d’humaniser ses antihéros s’accompagne d’une étrange empathie, où le spectateur peut se laisser prendre au jeu des missions, sans pour autant se sentir ni complice, ni coupable. N’ayant pas vraiment de place ou de position par rapport au film, il se retrouve à ne pouvoir se rattacher qu’à l’enjeu de chaque mission, à savoir la mort d’un homme. Chose courante dans une fiction ou un jeu vidéo, mais désagréable, voire malsaine, dans cette réalité si proche de nous qu’elle s’appelle parfois actualité. Se pose ainsi la question de savoir si cet enchaînement meurtrier, et ennuyeux, est une démonstration valable et convaincante contre le terrorisme ? Parce qu’il est bien question de cela, Spielberg met en scène une démonstration de la célèbre expression « œil pour œil, dent pour dent », qui a finit par rendre le monde entier aveugle. Donc pas de révélation, juste une redite parfois emprunte de finesse (ah, ce plan final), mais bien souvent laborieuse. Il préfère ainsi donner la parole à chacun des deux partis (israéliens et palestiniens donc), à travers par exemple une rencontre (fictive ?) entre deux factions terroristes. Sauf que leur échange ne vole pas très haut, à savoir entre le consensuel et le superficiel. A ne vouloir fâcher personne, le film mécontente d’abord tous les hauts dirigeants (du chef du Mossad au consul général d’Israël), mais surtout il finit par mettre tous les simples exécutants dans le même panier, en victimes d’une machine infernale. Encore une fois, un joli geste humaniste, mais aussi facile et démagogique que d’accuser et renvoyer dos à dos tous les puissants (de Palestine à Israël en passant par a France et la CIA). Surtout lorsque autour d’une radio, Palestiniens et Israéliens se disputent le choix de la station avant de se mettre d’accord sur un tube… américain !

Munich est donc une œuvre intéressante, mais à son détriment. Qu’elle soit de Steven Spielberg (un intouchable, celui-là !) ne la rend pas moins critiquable. Tout cinéphile qui se respecte se doit donc d’aller voir le film, de supporter le ton solennel pendant 2h40, puis de partager son point de vue. Écran Large est aussi là pour ça.

Par Vincent Julé.
Critique rédigée le 05/01/2006

Publié dans Critiques film France

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