Les Jeux olympiques de Munich vus par Spielberg : suites et dessous d'une tragédie

Publié le par David CASTEL

Eric Bana est Avner, le chef du groupe d'agents secrets.
(Photo DR)
Jean-Luc Wachthausen
[25 janvier 2006]

UN FILM de fiction, Munich, «inspiré de faits réels» et réalisé dans le plus grand secret par un cinéaste emblématique, Steven Spielberg, et un documentaire historique, Un jour en septembre, réalisé par Kevin MacDonald nous renvoient brutalement à la tragique prise d'otages qui ensanglanta les Jeux olympiques de Munich, il y a trente-trois ans.


Dans la nuit du 4 au 5 septembre 1972, huit terroristes palestiniens du commando Septembre noir pénètrent dans le village olympique et séquestrent onze athlètes israéliens parmi lesquels deux sont abattus pendant l'opération. En échange de la vie de leurs otages, ils exigent la libération de 243 prisonniers palestiniens... Les tractations commencent dans la plus grande confusion entre le chef du commando, les autorités allemandes et le gouvernement israélien qui refuse toute libération.

Après le fiasco, les représailles de Golda Meïr


Ponctuée par de multiples ultimatums, la journée s'achève dans l'angoisse lorsque le commando réclame un bus et deux hélicoptères pour aller à l'aéroport où les attend un Boeing de la Lufthansa. Sur le tarmac, cinq policiers allemands vont tirer sur les terroristes et déclencher un carnage. Bilan : onze otages israéliens abattus, cinq Palestiniens et un policier allemand tués et un pilote blessé.


Un fiasco qui débouche sur une tragédie avec laquelle Steven Spielberg ouvre son film avant de s'intéresser aux représailles lancées par Golda Meïr. Avec l'opération «Colère de Dieu», le premier ministre israélien entend venger les morts de Munich en envoyant en Europe des agents du Mossad chargés de traquer et de supprimer les «cerveaux» de l'opération, soit onze personnes.



Mais s'il adopte le genre spectaculaire du thriller, le cinéaste américain s'interroge sur le bien-fondé de la vengeance politique et se retrouve vivement critiqué aux États-Unis et en Israël où certains responsables estiment qu'il est moralement condamnable en renvoyant dos à dos Palestiniens et Israéliens.


Dans une interview au magazine allemand Der Spiegel, Steven Spielberg rétorque. «Je ne suis pas prétentieux au point d'affirmer que je délivre un plan de paix pour le Proche-Orient avec mon film. Mais est-ce une raison pour laisser le champ libre à ceux qui simplifient tout ? Aux Juifs et aux Palestiniens extrémistes qui considèrent jusqu'à aujourd'hui toute forme de solution par la négociation comme une sorte de traîtrise ? Est-ce une raison pour se taire, juste pour ne pas avoir d'ennuis ?», s'interroge-t-il.


Refusant de «donner des réponses simples à des questions compliquées», le cinéaste insiste sur le «puissant médium qu'est le cinéma pour amener le public à une confrontation très intime sur un thème qu'on ne connaît généralement tout au mieux que de manière abstraite». En revanche, dans son documentaire choc, Un jour en septembre, le Britannique Kevin MacDonald donne quelques réponses, souvent effrayantes, sur les causes de cette prise d'otages qui tourna mal.

Un cafouillage qui fait froid dans le dos


A l'aide d'images d'archives et de témoignages, notamment ceux du ministre allemand de l'Intérieur de l'époque, Hans-Dietrich Genscher, du chef de la police de Munich, Manfreid Schreiber et du seul terroriste survivant, Jamal al-Gashey réfugié en Afrique (lire ci-dessous), on suit heure par heure toutes les étapes de cette tragédie qui soulève les énormes erreurs des autorités allemandes. Au-delà des faits et de cet énorme cafouillage qui fait froid dans le dos, Un jour en septembre donne la parole aux familles des victimes israéliennes qui, après avoir vécu l'horreur en direct, avaient été informées que tous les otages étaient bien vivants...


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