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Kathleen Kennedy - Productrice

Publié le par David CASTEL


Fidèle de Steven Spielberg depuis E.T., Kathleen Kennedy a produit Munich, le projet le plus personnel et le plus difficile du réalisateur, sur la traque des terroristes palestiniens après la prise d’otages sanglante aux Jeux olympiques de 1972. Elle revient sur la conception de ce film hors norme et sur son parcours commun avec le plus grand réalisateur hollywoodien.

C’est vous qui avez proposé à Steven Spielberg de réaliser Munich ?
Barry Mendel, qui avait acquis les droits du livre, me l’a proposé en 1999. Pour bien connaître Steven, je sais qu’il s’intéresse à énormément de choses et qu’il est toujours à la recherche de sujets forts. Pour ceux qui l’ont vécue, la tuerie de Munich en 1972 reste un événement fondamental. Mais personne n’a jamais vraiment montré ce qui s’était passé après. La première réaction de Steven a été de voir si cela pourrait faire un bon scénario. Il voulait explorer le côté humain de cette histoire, pas accumuler les scènes de meurtres. Le plus difficile, et ce que Steven voulait avant tout, a été de traduire le plus fidèlement possible la complexité politique du sujet.

Le 11-Septembre a-il freiné le projet ?

Effectivement, le choc créé par les attentats nous a poussés à renoncer au projet. Mais Steven a ensuite senti que Munich pouvait être finalement utile pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

Quel message voulait-il faire passer ?

Steven n’a jamais voulu faire de Munich un film à message, un film politique. Son propos a été de poser des questions pour susciter le débat. Munich ne fait qu’exposer les faits. C’est aujourd’hui au public de se faire sa propre opinion.
Avec La liste de Schindler, Munich est son film le plus adulte et le moins “spielbergien” de sa carrière…
C’est évident. Le sujet nécessitait de faire preuve de beaucoup de responsabilité et de la plus grande des retenues, par son contenu mais aussi pour respecter les familles des protagonistes de cette histoire. Il savait qu’attacher son nom à ce projet allait forcément susciter beaucoup de questions.
Le film a été tourné dans le plus grand secret et extrêmement rapidement…
C’est parce que nous savions que la polémique commencerait dès que le projet était rendu public. Nous voulions donc pouvoir montrer le film le plus rapidement possible. Le tournage a commencé le 29 juin pour se terminer début octobre. Le 30 novembre, la copie est arrivée et nous avons immédiatement organisé la première projection

Pourquoi avoir choisi tant d’acteurs français ?

Et pourquoi pas ! L’histoire le nécessitait, mais Steven en rêvait ! Nous ne voulions pas d’acteurs américains imitant l’accent français et nous avons découvert de fortes personnalités comme Mathieu Amalric ou Mathieu Kassovitz. Nous avions découvert Marie-Josée Croze dans Les invasions barbares et nous voulions vraiment l’avoir dans le film.

Une bonne moitié du film se déroule à Paris, mais vous n’y avez tourné que quelques jours. Pourquoi avoir préféré Budapest, qui n’a pas la même architecture ?

Pour des raisons de coût et de taux de change. Nous avions prévu à l’origine de tourner plus d’un mois à Paris, mais cela aurait augmenté le budget du film de 30%. Et nous n’avions pas des moyens comparables à ceux d’autres productions, comme The Da Vinci Code, par exemple.

Vous avez produit 12 films de Steven Spielberg depuis E.T. en 1981, et vous avez reçu l’Oscar du meilleur film pour La liste de Schindler. A-t-il changé durant ces années ?
Il est clairement devenu un réalisateur plus mature. Steven a acquis une certaine confiance en lui, notamment depuis Schindler, ce qui lui permet aujourd’hui de pouvoir aborder tous les genres. En plus des films qu’il a signés, j’ai participé à une vingtaine de ses productions. J’ai eu la chance de pouvoir grandir avec lui. J’étais son assistante sur Les aventuriers de l’Arche perdue et l’année suivante, je produisais E.T., ce petit film à 10 M$ dont nous pensions qu’il serait un film confidentiel. L’Histoire en a décidé autrement.

Vous avez pris la tête de la Guilde des producteurs américains en 2000. Comment expliquez-vous le manque de qualité de la production hollywoodienne ces dernières années ?
Je crois que les grands studios hollywoodiens ont largement sous-évalué le rôle du producteur dans la genèse d’un film. Les dirigeants ont pensé qu’ils pouvaient tout à fait assumer ce rôle, mais ils ont en fait étouffé la création. Cela a fonctionné pendant un temps : ils ont créé les franchises, produit des films avec de mauvais scénarios pour satisfaire leur service marketing. Mais le public demande aujourd’hui autre chose et les majors sont malheureusement encore incapables de répondre à cela. J’ai peur que nous devions encore attendre quelques années avant que le rôle créatif du producteur et du réalisateur revienne au premier plan. Des films récents comme Good Night, And Good Luck., Syriana ou Capote vont dans ce sens, mais aucun ne peut être considéré comme un grand succès public.

Vous avez des projets, avec ou sans Spielberg ?

Je vais produire cet été le nouveau film de Julian Schnabel, The Diving Bell and the Butterfly, que nous devrions tourner en partie en France. J’aimerais que Mathieu Amalric soit au générique. Je travaille également sur deux projets avec Steven. Le premier est une biographie d’Abraham Lincoln. Quant au second, il s’agit évidemment du quatrième Indiana Jones. Steven n’a pas encore décidé lequel des deux il réalisera cette année !

Propos recueillis par Fabrice Leclerc 

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Publié dans Promo du film

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