Le Mossad, Munich 1972 et l’exécution de Salameh

Publié le par David CASTEL

IntelligencePost

Dossier :
Le 21 / 01 / 2006 @ 05:37:43 · Catégorie : A LA UNE

Avec RTL le 27 septembre à partir de 22H00 et en direct
Ali Hassan Salameh officier de liaison d’Arafat pour la Roumanie, commandant de la Force 17 et cerveau exécutif de la prise d’otage en 1972 pendant les jeux olympiques de Munich, a été exécuté au terme d’une longue traque de sept ans. (c)Universal Une traque menée par plusieurs groupes d’agents israéliens, jamais confirmée ni infirmée par Israël. A la tête de la « liste Golda », Salameh, comme tous les responsables terroristes de Septembre Noir, n’échappera pas à la main vengeresse du Mossad. IntelligencePost révèle dans ce dossier plusieurs éléments et détails quant à l’exécution de Salameh, sa fuite et son organisation, ses erreurs et surtout, la manière et la méthode du Mossad pour le liquider sans le rater une énième fois, une analyse de Jean-Paul Ney. En deuxième partie, Jalil Anjum nous propose un article qui résume l’affaire de Munich, ses tenants et ses aboutissants. En troisième partie, Jean-Paul Ney qui a assisté à la projection de presse du film de Steven Spielberg, nous propose une critique fort bien éclairée avec son point de vue de la question dont il est aujourd’hui un spécialiste reconnu.

I) La liquidation d’Ali Hassan Salameh, cerveau de la prise d’otages de Munich

Août 1972, le monde entier attend impatiemment l’ouverture des Jeux Olympiques de Munich, fait symbolique s’il en est, une délégation d’athlètes israéliens sera présente et la presse se focalise sur l’équipe et ce petit pays toujours en guerre. Côté sécurité, les autorités autrichiennes et allemandes se sont fait tirer l’oreille pour intégrer à leurs effectifs les meilleurs spécialistes en matière de contre terrorisme venus de Tel-Aviv. Au final, les autorités refusent de les recevoir, prétextant que la sécurité serait assurée, l’un des responsables allemands affirmera même que « Munich n’est pas Beyrouth ». Toujours est-il que l’organisation de la sécurité se met en place autour des axes traditionnels pour l’époque, c’est-à-dire la tranquillité des participants et la sécurité des foules.

Au début des années 70, le terrorisme n’est pas encore une préoccupation majeure pour les polices d’Europe, en effet, même si des groupes sont déjà agissants, ils ne représentent pas encore le problème qu’ils deviendront dans les années suivantes. Les israéliens, quant à eux, sont aux prises avec ces problèmes depuis plusieurs années déjà et ont mené quelques opérations retentissantes. Les Jeux commencent donc et rien ne se passe, jusqu’au début septembre. Mais le 2 de ce mois, tout bascule : Un commando palestinien - apparemment habillés en athlètes - s’infiltre dans le village olympique et prend des sportifs israéliens en otages.

Les polices allemandes et autrichiennes sont totalement pris au dépourvu elles sont complètement dépassées par la situation. En effet, comment des policiers non préparés, non sensibilisés et surtout totalement inconscients des capacités d’un groupe terroriste pourraient-ils stopper des palestiniens bien préparés, entraînés et agissant avec l’appui d’agents de la STASI infiltrés sur place ?

Très vite les terroristes contrôlent les opérations, réussissant à prendre un groupe d’haltérophiles en otages, un seul d’entre eux réussira à prendre la fuite. Dès cet instant, l’incompétence de la police se fait sentir; personne ne sait quoi faire, ni quel matériel mettre en oeuvre…

Une fois de plus, les israéliens proposent de mettre à la disposition des policiers locaux un spécialiste des opérations de contre-terrorisme. Mais les policiers refusent, jaloux de leurs prérogatives territoriales, c’est aussi une question d’honneur…

Le premier jour se passe dans la confusion la plus totale. Le deuxième jour, les choses bougent : les terroristes demandent un hélicoptère qui puisse les emmener à l’aéroport ou un avion de ligne doit les attendre. Les autorités locales font une première erreur en leur donnant un hélicoptère qui est en mesure de contenir tout le monde.

Le plan est de prendre les terroristes en embuscade dès leur descente de l’appareil, à l’aide de tireurs d’élite. Mais les tireurs en question ne sont pas des professionnels et ne sont pas entraînés pour effectuer un tir synchronisé efficace. Les terroristes arrivent sur l’aéroport avec ce qui reste de leurs otages: ils sont nerveux et tendus comme des cordes à piano.

Bien sûr, aucune évaluation psychologique n’a été faite et c’est dans ces conditions que les policiers vont agir. Une fois de plus, les services israéliens proposent d’envoyer un spécialiste, qui est d’ailleurs déjà sur place. C’est non, définitif. Cependant, l’officier israélien transmet à Tel-Aviv des informations alarmantes sur ce qu’il a vu des préparatifs de l’aéroport, son analyse est clair et précise : le dispositif tel quel donne seulement 10% de chance de survie aux athlètes…

Policiers sur les nerfs, autorités incompétentes, refus de reconnaître un échec patent, hommes non préparés, armes pas adaptées… le rapport affole Tel-Aviv qui se prépare au pire. Selon un spécialiste de l’époque : « les tireurs ne sont guère plus que des chasseurs du dimanche, et ils sont placés en dépit du bon sens »

Pour l’officier de Tel-Aviv, spectateur d’un désastre annoncé, confirme une dernière fois que le drame va se jouer en direct, malheureusement il aura raison.

L’hélicoptère est là sur le tarmac, moteur tournant, les terroristes commencent à en descendre. Soudain un coup de feu se fait entendre et fige les reporters sur place, il annonce le début de la fusillade.

Les palestiniens ripostent et commencent à tirer sur leurs otages. Une grenade est lancée. L’opération ne dure qu’une minute, mais elle a été suffisante pour que tous les otages soient tués, ainsi qu’un policier allemand et quatre terroristes… Fiasco total.

Les trois membres restant du commando sont arrêtés, mais le prix de cette capture est fort élevé, surtout quant on connaît la suite des événements.

Le 29 octobre, un groupe du nom de FPLP, détourne un avion de ligne de la Lufthansa avec ses passagers. Les pirates formulent leurs exigences: ils veulent que leurs camarades du commando de Munich soient relâchés immédiatement ou ils tueront tous les passagers.

Le message a été envoyé aux tours de contrôle de Nicosie, Athènes, Rome, Zagreb et Munich. Dans leur communiqué les terroristes ont déclaré que le FPLP revendiquait l’opération Munich.

En fait, l’opération de Munich a été menée par un groupe issu de Septembre Noir, l’organe d’action spécial du Fatah d’Arafat. Bien sûr l’Allemagne cède à l’ultimatum des terroristes et libère les trois membres du commando, en les acheminant sous escorte jusqu’à un aéroport où un avion privé les attend.

Golda Meir, alors premier Ministre d’Israël, a demandé aux autorités allemandes de ne pas céder, mais les allemands déclarent que « l’opinion publique de leur pays ne supporterait pas un massacre dans un avion de la Lufthansa ». Fin de non recevoir donc pour la dame de fer du pays de David.

Mais l’ambiance est si exécrable entre les deux gouvernements que les allemands pensent que des agents israéliens pourraient tenter de tuer les membres restant du commando durant le transfert à l’aéroport.

La liste Golda et l’opération ‘Fontaine de Jouvence’

Trop c’est trop, en ce jour de deuil national en Israël, Golda Meir, alors Premier Ministre, décide de venger la mort de ces innocents. Elle fait appel à une équipe spécialisée du Mossad, la branche KidonMetsada, un groupement d’officiers traitants responsables des combattants et du suivi des opérations. Cette branche, spécialisée dans les exécutions et le kidnapping nommée ’la baïonnette’ va traquer pendant plus de vingt ans les auteurs, complices et assistants de ce terrible massacre. “Il faut savoir se battre, se battre à mains nues, avec n’importe quel type d’arme en circulation, avec un couteau, avec un stylo et même une carte de crédit. Nous devons manipuler les explosifs, les plus hautes techniques de surveillance, de filtrage et de filature” conclue un officier toujours en poste et qui fut l’un des auteurs de l’exécution d’Ali Hassan Salameh, le cerveau de l’opération de Munich et chef du commando Septembre Noir.

Nous l’avons traqué sept ans, la plupart des Kidonim (nda: hommes et femmes du Kidon) n’ont eu aucune vie privé pendant cette longue et difficile traque. Ce fut très long, énormément fastidieux et très épuisant, la moindre erreur pouvait tout faire basculer. Mais on avait d’autres équipes à nos côtés, les services technologiques, la logistique et notre réseau de sayanin (nda: des coopérants juifs à l’étranger), j’avais vingt-quatre ans à l’époque” ajoute-t-il avec un brin de nostalgie

Devant tant d’incompétence et de lâcheté de la part du gouvernement allemand, les responsables israéliens, Golda Meir en tête décident qu’aucun de ceux qui ont participé, de près ou de loin au massacre de Munich ne devaient échapper à la vengeance d’Israël. Les responsables devaient payer car s’ils parvenaient à en sortir indemne, ce serait la porte ouverte à d’autres opérations plus meurtrières encore. Il fallait donc mettre un point final à cette affaire et délivrer un message aux terroristes: “Non seulement vous allez devoir payer, mais vous ne serrez plus en sécurité nulle part“.

Sur la base des informations fournies par divers services de renseignements, le Mossad établit la liste de ceux qui doivent être liquidés : la liste des condamnés à mort.

Sur cette liste, on peut lire les noms suivants:

1) Wahil Zouaiter (il fut tué à Ronce en octobre 72).
2) Mahmoud Hamshari (tué à Paris en décembre 72).
3) Bashir Abdel Hir (tué en janvier 73 à Chypre).
4) Ahou Zeid (tué en avril 72 à Athènes).
5) Al Qubeisi (tué en avril 73 à Paris).
6) Kamal Adwan (tué en avril 73 à Beyrouth).
7) Abou Youssouf (tué en avril 73 à Beyrouth).
8) Boutros Nassir (tué en avril 73 à Beyrouth).
9) Mohamed Boucha (tué en juin 73 à Paris).
10) Hassan Salameh (tué en janvier 79 à Beyrouth).
11) Khalil AI Ouazir dit Abou Jihad (tué en avril 88 à Tunis).
12) Wadia Haddad (mourut d’une leucémie foudroyante à Berlin Est).
13) Ahou Ayad (tué en janvier 91 à Tunis, opposant au soutien d’Arafat aux irakiens durant la guerre du Golfe, ces derniers se chargèrent de l’exécuter).
14) Atef Bseisso (tué en juin 92 à Paris).

Comme on le voit, les tueurs israéliens, bien renseignés et appuyés par des réseaux de sayanims (coopérants du Mossad à l’étrangers, ou ‘honorables correspondants’) furent efficaces dans presque tous les cas. Seul le N°12 ne peut leur être catégoriquement attribué (quoique…).

Quant au N°13, il fut assassiné par des tueurs très expérimentés issus des services spéciaux irakiens, qui par la même occasion rendirent un service involontaire au Mossad.

L’opération “Fontaine de Jouvence” était lancée, elle allait impliquer les meilleurs hommes du Mossad et de la sayeret Matkal, dont Ehud Barak et Muki Betzer…

L’assassinat de Salameh

Abou Hassan Salameh n’est pas un client facile. D’une part, il est très méfiant mais en plus il bénéficie de l’aide occulte d’agents de la CIA, dont son officier traitant, Robert Ames. Ce dernier trouvera la mort le 18 avril 1983, avec 74 autres américains, dans un attentat au camion piégé mené par le Hezbollah contre l’ambassade des Etats-Unis à Beyrouth.

Salameh n’intéresse pas que les israéliens, en effet, depuis le massacre de Damours où plusieurs centaines de civils chrétiens furent purement et simplement assassinés. Les Phalangistes des frères Gemayel ont, juré sa mort. Les services secrets israéliens, ainsi que des conseillers militaires séjournent en permanence à Jounieh, en zone chrétienne. Pour Salameh, une telle communauté d’intérêt représente un danger supplémentaire: il devient plus prudent encore. Beyrouth est une ville dangereuse, on y rencontre des gens venus de divers horizons et même au paroxysme de la guerre, la ville reste cosmopolite. Dans cette ambiance, et fort des appuis qu’ils ont dans le camp chrétien, les agents israéliens entrent et sortent de la ville comme bon leur semble.

Salameh, qui vit à Beyrouth, y dispose de six appartements, tous surveillés par ses compagnons et tous à Beyrouth Ouest en secteur ami. Malgré cela, il lui arrive très souvent de changer d’appartement au dernier moment et cela lui sauvera la vie à plusieurs reprises.

Mais l’opiniâtreté, la ténacité et le mordant des agents israéliens finira par payer, ils resteront tapis dans l’ombre à le surveiller et attendre le bon moment…

Salameh est marié à une fort belle femme du nom de Georgina Rizek, elle est connue dans tout le Liban et pour cause : elle a été élue Miss Monde en 1970.

Par son entremise, Salameh finit par entrer en contact avec Solange Gemayel et lui demande de proposer à son mari Béchir d’entamer des négociations en vue de calmer les tensions meurtrières qui règnent entre chrétiens et palestiniens. A leur première rencontre, Salameh propose à Béchir de cesser le combat, en échange de quoi les Phalangistes le laisseraient installer des dépôts d’armes souterrains à Beyrouth et des postes lance-roquettes flans les environs de Damours,

Béchir Gemayel fait mine d’être intéressé et en preuve de bonne volonté, il confie à Salameh que des agents israéliens posent des questions sur lui et le cherchent activement. Ce que Salameh ne sait pas, c’est que les agents de renseignement chrétien abreuvent copieusement le Mossad d’informations à son sujet.

Fin 1978, Salameh semble devenir moins prudent. Il séjourne de plus en plus souvent dans son appartement de la rue de Verdun. Georgina attend un enfant, Salameh est en joie. Mais ce qu’il nee peut pas non plus savoir, c’est que dès 1977, une jeune femme allemande est envoyée par le Mossad en Allemagne, pour s’y constituer une couverture : Elle est titulaire d’un passeport allemand et s’enrôle dans plusieurs organisations caritatives, qui lui donnent une ‘traçabilité’ très honorable. Rapidement elle aura de nombreux amis, tous prêts à répondre d’elle si nécessaire.

Cette jeune femme que nous nommerons Inge, arrive à Beyrouth au milieu de l’année 1978 et s’installe dans un appartement situé dans les étages d’un immeuble de l’avenue Marie Curie. L’appartement n’a pas été choisi au hasard, en effet, de la fenêtre de la chambre, on voit très bien la rue où vit Salameh. Officiellement, Inge est artiste peintre.
Patiemment, elle note les allers et venues de Salameh, le volume de son escorte, le type de voiture dans laquelle il se déplace. Salameh roule dans une Chevrolet et est en permanence escorté de deux hommes dans sa propre voiture plus trois ou quatre dans un Land Rover. Chaque semaine, des agents de liaison récupèrent les messages d’Inge et lui laissent des directives dans des boîtes aux lettres.

Cependant, à une occasion, Inge devient nerveuse: une jeune femme japonaise semble s’intéresser de près à ses activités. Rapidement, la japonaise est identifiée : il s’agit de Fousako Shiganuvu, chef des opérations de la Japanese Red Army, groupe terroriste d’extrême gauche allié des palestiniens. En fait, le Mossad découvre que la japonaise s’avère être aussi la responsable de la sécurité de Salameh…

On décide que Inge ne doit pas bouger et surtout ne rien faire de suspect. Bonne idée, deux jours plus tard l’appartement d’Inge est fouillé de fond en comble…

Début janvier 79, le Mossad apprend que Salameh rentre chez lui tous les midis. Ce qui aux vues de sa sécurité est une erreur. Par ailleurs, on sait qu’il ne quittera pas la ville avant la fin du mois, dans la mesure où il participe avec Arafat à la préparation d’une conférence inter organisations à Damas.

Le 15 janvier, un vol en provenance de Hambourg atterrit à Beyrouth avec à son bord une autre jeune femme allemande que nous nommerons Georgia. En fait, elle fait aussi partie du Mossad, elle est chef de cette opération.

Le même jour, elle prend une chambre à l’hôtel Méditerranée. Dans ce même hôtel quelques jours plus tôt, un homme d’affaires anglais est arrivé, Peter. Ce dernier a loué une Volkswagen bleu à l’agence Lenacar.

Dans un autre hôtel, le Royal Garden, un canadien attend lui aussi : il a loué une Chrysler grise.

Un soir, tout ce petit monde prend séparément la route pour Jounieh, Une fois sur place, ils se retrouvent dans une villa (qui servait de base opérationnelle aux agents de liaison). Là une seconde Volkswagen les attend, c’est la réplique exacte de celle loué par le fameux Peter - à un détail prêt - elle est arrivée d’Israël quelques jours plus tôt et y a été spécialement préparée. Elle contient 110 kilogrammes d’explosifs et un système de mise à feu télécommandé, très sophistiqué pour l’époque dit-on…

Les plaques minéralogiques sont échangées, les autocollants du loueur posés sur la bombe roulante et les derniers détails sont discutés. Pour Salameh, l’heure va bientôt sonner, mais il ne le sait pas encore…

« Il ne faut pas le rater ! »

Il est aisé de penser que pour tuer Salameh, il suffi rait de placer la voiture sur le bord de la route et d’appuyer sur le contacteur dès que sa Chevrolet arrive à la bonne hauteur, mais en réalité, une telle entreprise réclame une précision digne d’un horloger.

En fait, les services israéliens veulent être sûrs de tuer la cible du premier coup. Pas question de la blesser, ce serait donner un héros - de surcroît un martyre vivant - au Fatah. Il doit donc mourir à la première tentative, d’autant que la voiture piégée ne pourra rester éternellement en stationnement sans attirer l’attention.

Aussi, il est décidé de faire placer des barrières de signalisation de travaux à hauteur de la Volkswagen : le rétrécissement de la chaussée forcera la Chevrolet à passer au plus près de la bombe, garantissant ainsi le succès de l’opération.

Entre-temps, le chef du renseignement de Béchir Gemayel a une entrevue avec deux agents du Mossad, ces derniers lui disent qu’il serait utile qu’il appelle Salameh le lendemain, 22 janvier, aux environs de 15 heures.

Le 22 janvier 79, Ali Hassan Salameh rentre chez lui pour déjeuner; il est de bonne humeur et est toujours escorté de ses gardes du corps. La veille, l’agente du Mossad sur place, Inge, a reçu la visite de Peter qui lui a remis une télécommande.

A 15h15, Salameh reçoit un coup de téléphone par lequel un officier de renseignement de Gemayel l’informe qu’il vient d’entrer en possession d’importants renseignements provenant du Mossad. Pour être sûr de l’affaire, Gemayel et le chef du renseignement sont injoignables. A 15h30, Salameh monte dans sa Chevrolet, avec deux gardes du corps et son chauffeur, derrière lui la Land Rover attend, moteur en marche. Le convoi a une allure bizarre, imaginez un instant l’ambiance : deux voitures bondées d’hommes dont les kalachnikovs sortent par les vitres… pas très professionnel.

La Volkswagen attend, à une centaine de mètres, garée ici une heure avant par Georgia qui depuis a quitté le Liban voire même la région.

Le convoi se met en route, il s’approche du piège. A hauteur des barrières, la Chevrolet se déporte vers la droite pour pouvoir passer, ses portières sont à moins de 80 cm de celle de la Volkswagen. C’est le moment que choisit Inge pour actionner la télécommande. Sur les trois systèmes de mise à feu que contient la voiture, en cas de problème, on sait que l’un d’eux a fonctionné parfaitement : une énorme explosion retentit.

La voiture de Salameh est projetée sur le côté gauche de la rue de Verdun. Tous ses occupants sont tués, carbonisés ou déchiquetés. La carrière de Salameh vient de s’achever par là où elle avait commencé: dans la furtive lueur jaune d’un blast d’explosion, dans le sang et dans la douleur.

La fumée envahit la rue, les débris commencent à retomber. Les occupants de la Land Rover sont encore en vie, mais en état de choc. Ils parviennent tout de même à descendre de leur véhicule et sans grand espoir, se portent au secours de leur chef.

A ce moment, les membres de l’équipe sont en route vers Jounieh où ils doivent être récupérés et exfiltrés vers Israël alors que d’autres sont déjà loin… Trois jours après l’explosion, l’OLP demandera aux gouvernants allemands de chercher une certaine Inge qui disent-ils peut être impliquée dans la mort de Salameh. L’enquête s’arrêtera là, mais pas les Kidonim du Mossad, dont la liste comporte encore les noms qui n’ont pas été rayés.

Conclusion et analyse

Dans cette affaire, comme dans presque toutes les autres, c’est une succession d’erreurs qui ont mené Salameh à la mort. Si on examine l’attentat dont il fut victime, on se rend compte que manifestement, il a lui aussi cédé aux faiblesses qui avaient fait de ses victimes de parfaites cibles.

La première de ces erreurs est d’être resté dans une ville où les tueurs le cherchaient. En effet, même s’il évoluait dans un quartier de Beyrouth où il ne comptait que des amis, Salameh aurait pu savoir que les frontières entre les quartiers n’étaient pas étanches. Par expérience, un homme correctement préparé et au fait des divers comportements à adopter dans chaque quartier est en mesure de traverser la ville, avec de bonnes chances d’arriver en vie. Pour Salameh, la meilleure solution aurait sans doute été de s’expatrier vers un pays ami où il aurait été bien plus délicat, politiquement et techniquement, d’intervenir et d’attenter à sa vie, ce que d’autres candidats de la liste Golda ont largement compris…

La seconde erreur qui a été commise, fut de s’habituer à la présence d’une étrangère dans les parages. En effet, compte tenu de la qualité des gens lancés à sa poursuite, les responsables de sa sécurité n’auraient pas dû se contenter d’une fouille d’appartement. Si Inge avait été discrètement surveillée 24h sur 24, on se serait rendu compte de son manège et elle aurait certainement été démasquée. De plus, durant la fouille de l’appartement, s’ils avaient travaillé correctement et en respectant une règle de base de sécurité, les gens de Salameh se seraient aperçu qu’une des fenêtres donnait sur la rue de la cible, ce qui aurait accentué leur méfiance et éventuellement provoqué l’interpellation et l’interrogatoire Inge.

Souvenons-nous que l’affaire se passe à Beyrouth entre 1978 et 1979, autant dire qu’ils auraient pu la découper en rondelles sans être inquiétés…

Autre erreur, et c’est ce qu’attendaient patiemment les agents du Mossad : Salameh finit par se relâcher…et par venir déjeuner régulièrement dans son appartement de la rue de Verdun, ce qui est remarquable, dans la mesure ou il a causé la mort de nombreuses personnes et sachant qu’il se sent un minimum menacé et traqué.

Pour une équipe de tueurs, une cible qui devient régulière est perçue comme imprudente. On associe souvent la reprise de rythmes réguliers au fait que la conscience du risque disparaît. Techniquement, on parle alors de « cible amicale » ou « cible molle », dans la mesure ou elle participe à sa perte en facilitant le travail des tueurs, et vous comprenez pourquoi.

Inversement, une cible est dite « inamicale » ou « dure » si elle se comporte d’une manière qui ne permet pas de prédire où elle se trouvera à un moment donné. En fait, elle n’aide pas les tueurs, elle leur complique la vie et la tâche.

Il est clair que la sécurité de Salameh ne s’est pas alarmée de la présence de travaux impromptus dans la rue. Une grave erreur due à son service de protection qui n’a jamais daigné poster des sentinelles ou envoyer des agents faire du renseignement avancé sachant que ces derniers avaient les moyens de vérifier la présence normale ou non de ces travaux. Pareillement, ils avaient les moyens de choisir un meilleur emplacement pour installer Salameh et ils avaient également les moyens de s’assurer que toutes les voitures stationnées dans cette rue étaient légitimement à leur place.

Mais Salameh était un chef au fort caractère, il n’était pas facile de le manoeuvrer. Ce facteur, source de non communication entre le protégé et sa sécurité, couplé aux erreurs qui furent commises, amena tout droit Salameh à la mort, aussi sûrement que s’il s’était lui-même tiré une balle dans la tête…

Jean-Paul Ney
Sources et archives de Laurent Van Pottalsberghe(RIP), Daniel Chekroun, Ehud Tenenbaum et Aviv Armon.

II) La prise d’otages de Munich

La dimension des Jeux de 1972 à Munich battit toutes les catégories de records, avec 195 épreuves et 7 173 athlètes de 121 pays. Ils étaient supposés célébrer la paix et durant les premiers dix jours tout se déroula parfaitement. Mais au matin du 5 septembre, huit terroristes palestiniens s’introduisirent dans le village olympique tuèrent deux membres de l’équipe israélienne en prirent neuf en otage. Au cours de la lutte qui s’ensuivit, les neuf otages furent assassinés ainsi que cinq des terroristes et un policier. Les Jeux Olympiques furent suspendus et un hommage à la mémoire des disparus eut lieu dans le stade olympique. Par défi devant le terrorisme, le Comité International Olympique ordonna la poursuite des compétitions après une pause de 34 heures

Les exigences

Le groupe terroriste demandait la libération et le passage en Égypte de 234 Palestiniens prisonniers en Israël, ainsi que de deux autres prisonniers en Allemagne. Israël répondit immédiatement et très fermement qu’il n’y aurait aucune négociation. Les autorités allemandes, par la voix de leur Chancellier Willy Brandt et du ministre de l’Intérieur Hans-Dietrich Genscher, refusèrent l’offre d’Israël d’envoyer une unité des forces spéciales israéliennes en Allemagne. La police allemande qui prit part à l’opération n’avait pas de formation spécifique aux opérations de sauvetage d’otages.

D’après le journaliste John K. Cooley, l’attaque fut un cauchemar pour les Allemands car les otages étaient juifs. Cooley a écrit que les Allemands ont offert aux Palestiniens de leur donner tout l’argent qu’ils voulaient s’ils libéraient les otages. Ils ont aussi offert de remplacer les athlètes israéliens par des officiers allemands de haut rang. Les deux offres furent rejetées.

Les dates limites pour l’exécution d’otages furent d’abord retardées de trois heures, puis de cinq heures de plus, les autorités allemandes tentant de négocier. Le chef de la police allemand Manfred Schreiber et Ahmed Touni, le chef de l’équipe olympique égyptienne, négociaient directement avec les preneurs d’otages, offrant encore autant d’argent qu’ils le souhaiteraient. D’après Cooley, ils se sont vu répondre : « L’argent n’a aucune importance pour nous ; nos vies n’ont aucune importance pour nous ». Les ambassadeurs tunisien et libyen en Allemagne tentèrent aussi d’obtenir des concessions des preneurs d’otages, mais sans succès.

Le dénouement

Les preneurs d’otages demandèrent à être transportés vers Le Caire. Les autorités firent mine d’accepter, et à 22h10, deux hélicoptères transportèrent les preneurs d’otages ainsi que les otages à la base aérienne de Fürstenfeldbruck, où un Boeing 727 les attendait. Les preneurs d’otages pensaient être en route vers Riem, l’aéroport international près de Munich. Les autorités avaient prévu d’attaquer les preneurs d’otages à la base aérienne.

Cinq tireurs d’élite Allemands furent choisis pour tirer sur les preneurs d’otages, mais aucun d’entre eux n’avait reçu de formation spécifique. Ils furent choisis parce qu’ils pratiquaient le tir de compétition sur leur temps libre. Durant une enquête allemande après les faits, un officier identifié sous le pseudonyme de Tireur d’élite numéro 2 a dit: « Je ne me considère pas comme un tireur très précis ».

Les tireurs d’élites furent positionnés à l’aéroport, mais les autorités furent surprises de découvrir qu’il y avait en fait huit preneurs d’otages. Il n’y avait pas de chars ni de véhicules blindés déployés à l’aéroport. D’après John Cooley, un ou peut-être deux officiers israéliens assistèrent à l’opération. Serge Groussard, auteur du livre La médaille de sang, cita le chef du Mossad Zvi Zamir et un de ses bras droits, mais comme observateurs seulement. Zamir a dit à plusieurs reprises qu’il n’a jamais reçu de demande de conseil ou d’assistance de la part des Allemands à aucun moment durant l’opération de sauvetage. Un article du New York Times, qui suggera que le ministre de la Défense israélien Moshe Dayan était présent n’a jamais été confirmé.

Il y eu ensuite 75 minutes d’échanges de coups de feu, durant lesquelles la police allemande demanda tardivement l’assistance de véhicules blindés, mais ces derniers mirent plus de 30 minutes à arriver à cause du trafic automobile.

Les hélicoptères atterrirent peu après 22h30 et six des preneurs d’otages en sortirent. Pendant que quatre des preneurs d’otages gardaient les pilotes en respect avec leurs armes, deux allèrent inspecter le jet, et le trouvèrent vide. Réalisant être tombés dans un piège, ils coururent rapidement à nouveau vers les hélicoptères, et vers 23h00, les autorités allemandes donnèrent l’ordre aux tireurs d’élites d’ouvrir le feu.

Les cinq tireurs d’élite allemands n’avaient pas de contact radio entre eux et ne pouvaient donc pas coordonner leurs tirs. Leurs fusils n’avaient pas de lunettes ni d’équipements de vision de nuit. Dans le chaos qui s’ensuivit, deux preneurs d’otages se tenant près d’un pilote furent tués, un troisième mortellement blessé en fuyant. Les trois preneurs d’otages restant se mirent à couvert, tirèrent en réponse et détruisirent toutes les lumières de l’aéroport qu’ils pouvèrent tout en restant à couvert. Un policier allemand, Anton Fliegerbauer, fut tué par les échanges de feu. Les pilotes d’hélicoptère s’enfuirent, mais les otages, attachés dans l’appareil, ne pouvaient pas bouger. La situation s’enlisa.

Les véhicules blindés arrivèrent finalement vers minuit, permettant de sortir de l’enlisement. D’après Cooley, à minuit et 4 minutes le 6 septembre, un des preneurs d’otages sauta du premier hélicoptère. Il se tourna et tira sur les otages, tuant Springer, Halfin et Friedman, et blessant Berger. Ensuite il dégoupilla une grenade et la jeta dans le cockpit, où elle explosa. Alors que le premier hélicoptère brûlait, d’après Cooley, les preneurs d’otages tiraient sur les camions de pompiers pour les empêcher de s’approcher.

Avant que le feu du premier hélicoptère atteigne le réservoir du deuxième hélicoptère, deux preneurs d’otages émergèrent de derrière celui-ci et firent feu vers la police, qui répliqua et les tua. Les cinq otages du deuxième hélicoptère moururent sous les coups de feu durant la bataille. Une enquête de police détermina que quelques-uns des otages avaient pu être tués par la police dans le feu de l’action. Cependant, une reconstruction des événements par Time Magazine suggère qu’un des preneurs d’otages avait tué les otages. Les causes exactes de la mort de ces otages n’ont pas pu être établies avec précision car les corps furent brûlés par le feu et les explosions des hélicoptères.

Trois des preneurs d’otages, vivants et relativement peu blessés, furent capturés par la police allongés au sol, deux d’entre eux simulant la mort. Le dernier preneur d’otage fut retrouvé par des chiens et des gaz lacrymogènes 40 minutes plus tard, et tué lors d’échanges de coup de feux avec la police. A 12h30 ce jour-là, la bataille était terminée.

Les conséquences

Le 5 septembre 1972, Golda Meir, alors Premier ministre israélienne, avait appelé les autres pays à « sauver nos citoyens et condamner les actes criminels innommables ». L’attaque fut largement condamnée à travers le monde, le roi Hussein de Jordanie la qualifia de « crime sauvage, crime contre la civilisation… perpétré par des esprits pervers ».

Les corps des cinq Palestiniens tués durant la fusillade de Fürstenfeldbruck furent emmenés en Libye, où ils reçurent des funérailles de héros et furent enterrés avec les honneurs militaires.

Les autorités allemandes emprisonnèrent les trois preneurs d’otages survivants, et créérent bientôt la cellule de lutte contre le terrorisme GSG 9, capable de secourir plus efficacement les otages au cas où un tel incident venait à se reproduire.

Le 9 septembre, des avions israéliens bombardèrent des bases de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en Syrie et au Liban en guise de représailles (Morris 1999), une attaque qui a été condamnée par le Conseil de sécurité de l’ONU.

On rapporta le 29 octobre qu’un avion allemand de la Lufthansa avait été détourné par des ravisseurs exigeant la libération des trois membres de Septembre noir retenus prisonniers en attente d’être jugés. Safady et les Al-Gasheys furent en conséquence libérés par l’Allemagne. Certains observateurs suspectent le gouvernement allemand d’avoir libéré les terroristes pour se défaire de la lourde tâche d’avoir à les juger.

Jalil Anjum

III) Le film, la critique de Jean-Paul Ney, rédacteur en chef de IntelligencePost

Avons-nous affaire a deux Steven Spielberg ? C’est bien ce que l’on peut penser après le générique de fin du film « Munich ». En effet, si le l’artiste tente d’apporter une contribution filmique à un événement fort générateur de passions, le réalisateur lui, se plante parfois grossièrement presque à tous les niveaux : le fil de l’histoire connue est respecté à la lettre et la fidélité pousse Spielberg l’artiste à réaliser des scènes anthologiques - comme par exemple ce terroriste qui se montre à la fenêtre dans un plan où les gestes sont calqués ‘en direct’ sur des images d’archives bien réelles diffusées sur une télévision d’époque - alors qu’au niveau opérationnel, Spielberg le réalisateur, plonge dans le délire total : le très contesté Avner se retrouve au Liban avec le jeune Ehud Barak mais encore sympathise avec un terroriste palestinien et revit la mort des athlètes dans une pseudo scène d’amour. C’est nul.

Le film s’il se laisse regarder par des profanes peut vraiment plaire, mais si un œil averti pousse la réflexion, c’est parfois le désastre et la déception. Premièrement, le chef de groupe nommé pour la mission de renseignement et d’exécution de la liste Golda se fait passer pour un ‘bleu’, son équipe pour des débutants de première, Kasovitz en tête dans le rôle d’un démineur qui « ne sait pas fabriquer des explosifs ». Une autre image d’amateurisme qui peut choquer aussi est celle de la première exécution, en Italie, 11 balles dans le corps, le chiffre 11, pour 11 athlètes… Le message était pourtant clair, et sur place, les hommes n’ont jamais failli et surtout, jamais hésité comme le montre contrairement Spielberg…et Golda le savait bien « je veux vos meilleurs hommes » avait-elle dit.

Deuxièmement, l’équipe d’Avner n’était pas la seule sur la traque des terroristes, plusieurs équipes avaient des cibles bien précises, ceci pour éviter tout court-circuitage d’une mission en cours, cela peut se comprendre, et puis il ne faut surtout pas - pour cette raison - être coupé de sa base et vivre des années en totale autarcie, c’est du pur délire, ne serais-ce que pour des questions d’équilibre psychologique, à chaque exécution, les hommes pouvaient être remplacés, les réservoirs de volontaires étaient pleins… Troisièmement, les équipes, pour des raisons que j’expose ici, pouvaient sur certaines cibles ne fournir que du renseignement, l’opérationnel exécutif était alors réalisé par les hommes de la sayeret Matkal (le service action du Mossad), tout comme à Beyrouth, où l’histoire de Barak habillé en femme est bel et bien vraie, avec à son bras Muki Betzer, un autre héros des guerres d’Israël, qui fut l’aide de camps de Yoni Netanyahou, le frère de l’ancien Ministre, seul soldat tombé sur le tarmac de Entebbe pendant l’opération tonnerre en 1976. Quatrièmement, cette organisation française ce « groupe » né des tourmentes de l’auteur du livre dont s’inspire Steven Spielberg, il est clair que d’un point de vue strictement israélien et opérationnel, le Mossad à cette époque ne pouvait se permettre de lâcher dans la nature des bleus qui de surcroît achèteraient du renseignement à un groupe inconnu sans au préalable se renseigner, le motif est simple : éviter toute manipulation, fausse information et encore moins une intoxication. A d’autres de dire que ce groupe aurait été le canal du Mossad pour faire passer l’information aux opérationnels sur le terrain relève de la mythologie et du gag.

Cinquièmement et pour conclure, Spielberg qui a tout de même réussi son film, nous a habitué par le passé à des films plus proches de la réalité, plus documentés. A ce titre il aurait du choisir le journaliste Uri Dan en tant que spécialiste de la question, les experts de ladite question savent pourquoi je parle du journaliste israélien. Il n’a pas non plus consulté certains des acteurs de Munich encore vivants : Zvi Zamir, le responsable du Mossad à l’époque et Abou Daoud, toujours vivant et qui reproche dans la presse à Spielberg de ne pas l’avoir consulté.

Spielberg oublie deux moments essentiels et forts de cette traque : le fiasco de Lillehammer, où, en juillet 1973, le Mossad pense avoir reconnu Salameh mais se trompe, les agents abattront par erreur un serveur marocain qui lui ressemblait a s’en méprendre. Deux agents israéliens sont arrêtés par la police norvégienne. Puis il oublie l’essentiel: une opération phare - connue publiquement aujourd’hui et que vous avez lu plus haut - c’est-à-dire l’exécution de Salameh par le Mossad à Beyrouth. Il aurait même été bon de pousser le vice à montrer l’assassinat d’ Atef Bseisso qui fut tué en juin 1992 à Paris.

Si vous allez voir Munich, ne vous attendez pas à une fidèle reconstitution de la traque, ce n’est pas un film historique et encore moins un docu-fiction. Steven Spielberg a laissé libre court à son imagination mais aussi et surtout à une facilité en s’étant appuyé sur le plus mauvais livre jamais écrit par un non-spécialiste de la question : « Vengeance », de G. Jonas.

Spielberg ne satisfait pas totalement l’un ou l’autre camp dans le film. Et ce n’est pas un forfait volontaire mais bel et bien une question d’ignorance, de facilité et surtout de mauvais conseil. Un peu à l’image de « Agents Secrets » le bide total de Frédéric Schoendoerffer qui a très peu écouté les conseils d’un ancien cadre opératif de la DGSE pourtant recruté à cet effet.

Quant à avoir des sentiments pour une clique de terroristes et justifier leurs actes trente ans après, non merci.

On peut cependant féliciter Eric Bana pour sa magnifique prestation et ce qu’il peut faire facilement ressentir au public, la scène du téléphone et de la gamine fait monter les larmes aux yeux…

Pour en savoir plus et mieux vous documenter sur le sujet vous pouvez regarder le fantastique documentaire « la liste Golda » de Arnaud Hamelin et Emmanuel François chez Sunset Presse. Vous pouvez lire aussi « Operation Vengeance », de Uri Dan aux Presses de la Cité mais encore « le Commando Secret » de Moshe ‘muki’ Betzer et Robert Rosenberg chez Plon.

Publié dans septembrenoir

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