M(unich) la maudite

Publié le par David CASTEL

M(unich) la maudite

Les JO de Munich 1972 devaient faire oublier ceux de Berlin 1936. « Un jour en septembre », un documentaire de Kevin McDonald, décrypte l'événement. Indispensable.

François-Guillaume Lorrain

En même temps que « Munich » ressort le formidable documentaire de Kevin McDonald, « Un jour en septembre » (oscar du meilleur documentaire 2000), qui décrypte la funeste journée du 5 septembre 1972. Les acteurs racontent : Hans-Dietrich Genscher, alors ministre de l'Intérieur, qui se proposa comme monnaie d'échange contre les otages, Jamal al-Gashey, seul terroriste palestinien encore vivant, retrouvé en Afrique grâce aux liens de McDonald avec l'OLP, Zvi Zamir, alors chef du Mossad, présent à Munich, mais impuissant. « Le documentaire a eu un tel impact en Allemagne que Wolf-gang Stauble, le ministre-président de Bavière, a offert enfin une compensation financière aux familles des athlètes assassinés », précise Arthur Cohn, le producteur du film.

Car si Spielberg se fait l'écho d'un malaise israélien, McDonald ausculte le malaise allemand, les erreurs du pays de la Shoah qui, vingt-sept ans après la mort de Hitler, voit périr 11 juifs de plus sur son sol. Pis : contrairement à ce que montre Spielberg, les athlètes israéliens n'ont pas tous été tués par les terroristes palestiniens. Certains sont tombés sous les balles imprécises d'une police allemande dépassée. On ne peut comprendre le traumatisme de Munich dans l'imaginaire israélien et donc la réponse radicale de Golda Meir si l'on oublie ce tragique bégaiement de l'Histoire. Munich n'est-il pas le berceau du nazisme ? Comme le rappelle Serge Groussard dans son enquête publiée en 1973, « La monnaie de sang », des responsables de délégation logent dans l'hôtel où Heydrich a déclenché la Nuit de cristal...

De bonnes intentions allemandes qui vont paver l'enfer. Tout a été pourtant conçu pour que ces Jeux-là ne ressemblent pas aux Jeux nazis de Berlin, en 1936. Architecturalement, le stade a été conçu aux antipodes de l'enceinte berlinoise. Mais surtout les 2 000 employés de sécurité ne sont pas armés, aucun policier n'arpente le village olympique, protégé par un simple grillage : autant de bonnes intentions allemandes qui vont paver l'enfer. Pourtant, Israël redoute une action des Palestiniens lors des JO et, à son arrivée, sa délégation, déjà tendue à l'idée de fouler le sol allemand, constate l'absence de la protection spéciale promise par le comité d'organisation. Pris de court, le Mossad regrettera son propre laxisme. Deux des Palestiniens ont pu ainsi vivre dans le village avant la prise d'otages. Il est vrai que l'heure est à la réconciliation. Le 1er septembre, un office a été célébré à Dachau, situé à 9 kilomètres du stade, en présence des athlètes israéliens. Certains des entraîneurs sont des survivants de la Shoah. Il y a là Sokolsky, qui a sauté un jour d'un train de la mort. Le 5 septembre, à 4 h 40 du matin, il sautera à nouveau, à travers une fenêtre : il sera un des deux rescapés israéliens. « Le lendemain, il fait l'amour à sa femme ; neuf mois plus tard naît une fille nommée Aurore », raconte Benoît Heimermann, journaliste à L'Equipe Magazine.

Rien n'est anodin à Munich. Le 5 septembre, Mark Spitz avec ses 7 médailles d'or donne une conférence de presse. Américain et juif pratiquant, il scrute la foule des journalistes. Ce jour-là, le CIO attendra jusqu'à 16 heures pour arrêter les Jeux. Qui en est le président ? L'Américain Avery Brundage, qui avait salué en 1936 l'impeccable organisation des Jeux de Berlin. Le 6, une cérémonie est organisée dans le stade en mémoire des athlètes. Il déclare : « The Games must go on. » Aucune délégation arabe présente. L'URSS et la RDA se sont abstenues. On sait depuis que des membres de la délégation est-allemande ont prêté main-forte aux terroristes. Qui songe ce jour-là que la zone olympique a été construite sur la colline qui vit s'entasser les ruines de Munich et les os des Munichois tués pendant la guerre ? Présente aussi, Leni Riefenstahl, revenue prendre des photos pour le Sunday Times...

© le point 19/01/06 - N°1740 - Page 85 - 631 mots

Publié dans Critiques film France

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