Munich: Spielberg en zone d'ombre

Publié le par David CASTEL


Marc-André Lussier

La Presse

L'attentat terroriste des Jeux olympiques de 1972, qui a fait 11 victimes dans la délégation israélienne, est probablement le premier événement du genre à avoir été vécu en direct à la télévision. Les faits sont évidemment bien documentés. Ce qui l'est moins, ce sont les mesures adoptées par la suite par le gouvernement israélien. Cette riposte ayant pris la forme d'une opération clandestine organisée à l'intérieur même des services secrets, il y a forcément place à la spéculation. En s'inspirant du livre de George Jonas Vengeance, qui s'attardait justement à dépeindre les détails de cette opération, Steven Spielberg propose ainsi un conte moral dont la nature s'inscrit parfaitement dans la réflexion humaniste du réalisateur de Schindler's List.

Mais d'abord, Munich fonctionne sur la simple base du suspense. Spielberg utilise d'ailleurs un peu la manière des grands thrillers des années 70 pour étayer son propos. L'ombre de The French Connection plane même par moments. À cet égard, on saluera la capacité du cinéaste à créer une intrigue haletante sans recourir à des effets démesurés.

«Inspiré de faits réels», Munich s'attarde ainsi à décrire les efforts que déploie un commando israélien formé de cinq hommes, chargé de traquer les responsables de l'attentat. «Oublions la paix pour le moment, nous devons leur montrer que nous sommes forts», déclare d'ailleurs la première ministre Golda Meir (étonnante Lynn Cohen) au cours d'une réunion avec la direction du Mossad.

Cette discussion mènera à la formation d'un commando d'élite dont l'existence serait gardée complètement secrète, y compris aux yeux mêmes de l'organisation. Ce commando est dirigé par Avner (Eric Bana), un ancien garde du corps de la première ministre.

Fils d'un héros militaire, Avner est un jeune homme qui, pour l'occasion, se voit forcé de laisser derrière sa femme enceinte, et de gagner l'Europe afin de rejoindre clandestinement ses quatre comparses (Daniel Craig, Hanns Zischler, Ciaran Hinds et Mathieu Kassovitz).

De façon habile, Spielberg relate les faits de l'attentat à l'aune de la riposte qui s'organise et des dérapages qu'elle risque de provoquer. Car, s'il ne fait aucun doute dans l'esprit de ces agents qu'ils sont investis d'une noble mission, certaines «certitudes» sont quand même remises en question au fil du déroulement -parfois chaotique- de l'opération.

Le scénario, écrit par Tony Kushner (Angels in America) et Eric Roth (The Insider), s'attarde particulièrement au point de vue d'Avner, dont l'âme se consume peu à peu au fil des règlements de comptes. Le doute qui l'anime- il s'interroge notamment sur le caractère moral de ce genre de justice -fait bien entendu écho à la réflexion du cinéaste. À cet égard, le déchirement intérieur d'Avner atteint son point de rupture dans une scène un peu limite.

Le caractère sanglant de l'attentat, qui hante l'esprit de l'agent, est en effet illustré au moment même où le jeune homme est en train de faire l'amour à son amoureuse. Comme une façon de juxtaposer -de façon un peu boiteuse- la beauté et l'horreur du monde.

Par ailleurs, Munich est parfois traversé de scènes très fortes, bien maîtrisées sur le plan dramatique. On notera en outre cette scène à Paris où l'opération doit être avortée in extremis à cause de la présence inattendue d'une fillette innocente. Spielberg fait aussi usage de scènes à jamais gravées dans notre mémoire collective pour les placer dans un nouveau contexte. L'effet est assez saisissant.

Soulignons par ailleurs la qualité d'ensemble d'une distribution à caractère international, à la tête de laquelle se trouve l'excellent Eric Bana (Troy, The Hulk). Il convient aussi de mentionner la présence de Marie-Josée Croze qui, en deux scènes seulement, parvient à faire sa marque. Le personnage qu'elle incarne fait en effet évoluer l'histoire de façon significative.

Cela dit, le récit se révèle parfois très complexe. Le spectateur qui arrivera complètement vierge devant cette histoire risque de perdre ses repères.


MUNICH

Drame de Steven Spielberg. Avec Eric Bana, Geoffrey Rush, Daniel Craig, Mathieu Kassovitz. 2 h 44.

Après l'attentat terroriste des Jeux olympiques de 1972, les services secrets israéliens organisent leur riposte.

Un conte moral qui fonctionne sur la base d'un thriller.
***1/2




Publié dans Critiques USA

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