Une histoire de violence

Publié le par David CASTEL


 
Munich |
(vf: Munich )


Par Véronique Juneau
Steven Spielberg pose un geste courageux avec Munich. Son film aborde un sujet explosif. Moins d’un an après nous avoir donné La guerre des mondes, le voici qui s’exprime à nouveau, mais dans un registre nettement plus dramatique, pour un résultat particulièrement saisissant.

Prenant pour point de départ la prise d’otages israéliens par un commando palestinien aux Jeux Olympiques de 1972, Spielberg s’attaque au très complexe conflit israélo-palestinien.

Sous le couvert du thriller, Munich rappelle le mode opératoire du Mossad, qui, au lendemain des meurtres de onze athlètes et membres de l’équipe olympique israélienne, réagissait en exerçant des représailles. Vécu en direct à la télévision, cet épisode tragique a fait sombrer le Moyen-Orient dans une spirale de violence aveugle dont Spielberg décrit ici les séquelles.

En parcourant l’Europe à la recherche d’individus, Spielberg revient sur l’opération secrète menée par 5 agents du Mossad, en 1972, afin d’éliminer la plus importante cellule du Fatah, celle identifiée comme responsable de cet attentat sanglant.

Contacté par un homme appelé Ephraim (Geoffrey Rush), Avner (Eric Bana) est assigné à la traque de terroristes palestiniens aux côtés de quatre autres individus recrutés pour leurs talents particuliers. Robert (Mathieu Kassovitz) est un expert en matière d'explosifs. Carl (Ciaran Hinds) a l’habitude de supprimer toutes preuves laissées sur le terrain. Steve (Daniel Craig) est rapide sur la gâchette. Et Hans (Hanns Zischler) se spécialise dans la fabrication de faux documents.

Munich explique de façon assez convaincante les mécanismes complexes d’une guerre qui semble condamnée à franchir toutes les limites de l’horreur. Abordant le registre du « pourquoi », Spielberg cherche ici à saisir les idéologies de deux camps ayant abouti dans une impasse totale. Son film traduit subtilement l’émotion douloureuse de ces peuples déchirés, et prend également la peine de faire ressortir leurs contradictions.

Fier de son héritage juif, Spielberg aurait pu se lancer sur une route à sens unique. Mais le discours qu’il tient est plus ouvert et plus équilibré. Des intervenants des deux clans obtiennent ici le droit de parole. Et Spielberg semble reconnaître la légitimité des revendications de chacun. Enveloppé d’un sentiment d’impuissance, le spectateur n’est donc pas contraint de choisir un camp.

Munich charrie des paroles lourdes de sens et des images fortes. Et la reconstitution, impressionnante de réalisme, invite à un étonnant voyage dans le temps.

En ouverture, des images d’archives intégrées au récit soulignent l’ampleur d’une tragédie qui a saisi de stupeur le monde entier. Certains actes, d’un réalisme brutal, déstabilisent réellement et conduisent les protagonistes à désespérer de tout. La désorientation qui règne, la perte de repères évoquée par Spielberg, témoignent avec force du chaos dans lequel s’est enfoncée cette guerre que l’on craint sans fin.

Le personnage d’Avner, magnifiquement interprété par Eric Bana, a de la profondeur. Le reste de la distribution est également sans reproche. Les traits physiques et les accents permettent d'ailleurs de reconnaîre certaines nationalités et d'asseoir la crédibilité de la plupart des acteurs. Le parcours psychologique d'Avner, sur lequel Spielberg met avantageusement l’accent, empêche aussi le récit de tomber dans l’anecdotique lorsque le lien fragile à la réalité menace de se rompre.

Car si Munich, qui avance comme un thriller à la mécanique implacable, tend, à mi-parcours, à se prendre pour un polar cool et détaché, Spielberg arrive à contrebalancer ce sentiment d’artificialité que l’on sent poindre, en explorant les déchirements moraux et la paranoïa d’Avner, un personnage particulièrement nuancé, que l’on prend plaisir à suivre.

Publié dans Critiques USA

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