Mission impossible

Publié le par David CASTEL


e vendredi 30 décembre 2005
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Interprété par Eric Bana, Avner, en obéissant à la mission que lui confie sa « famille » israélienne, doit faire le sacrifice de sa propre famille.

« MUNICH »

Mission impossible

Gilles Carignan

Le Soleil

« Où ça mène ? » Avec Munich, Steven Spielberg questionne de façon courageuse, sans le sentimentalisme qu’on lui connaît trop, l’escalade de violence de nos jours sombres. Non seulement la barbarie terroriste, mais la réponse au terrorisme. Bush n’appréciera pas.

Il aurait pu intituler son film Vengeance, à l’instar du bouquin de George Jonas dont le scénario de Tony Kushner et Eric Roth s’inspire. Il aurait pu tout aussi bien le sous-titrer « La vengeance est-elle vraiment une réponse ? » Car c’est la question qui hante Munich, en ces temps d’incertitude post-11 septembre, où la démonstration de force des Américains et de leurs alliés n’a pas empêché Barcelone, Londres et tous les nouveaux chapitres du ballet morbide au Proche-Orient, dont Spielberg a décidé aujourd’hui (non innocemment) d’en revisiter un chapitre-clé.

Le 24e Spielberg est une histoire de vengeance, le récit d’une guerre souterraine sans pitié (filmée crûment à l’image d’Il faut sauver le soldat Ryan), qui ouvre l’Histoire pour mieux interroger l’actualité, sous les dehors d’un thriller politique par moments captivant, superbement réalisé, mais qui se disperse beaucoup.


1972. Jeux olympiques de Munich. Un groupe terroriste palestinien baptisé Septembre noir infiltre le village des athlètes (avec l’aide involontaire d’Américains…) et prend en otages 11 Israéliens, qui seront tous éliminés dans le chaos le plus total. Le traumatisme est vécu en direct à la télévision. En Israël, les images mettent le feu aux poudres.

Loin des caméras, la riposte se prépare. Devant tant de dureté, il faut montrer au monde qu’Israël peut aussi être dur, ordonne la première ministre Golda Meir (Lynn Cohen). Un haut gradé des services secrets israéliens (Geoffrey Rush) convoque un ancien garde du corps, Avner (Eric Bana), et lui confie la mission de sa vie : trouver les 11 Palestiniens suspectés d’avoir ourdi le massacre des Jeux, et les éliminer.

Sur ces bases historiques, que le film appuie d’archives télévisuelles, Munich se lance dans une sorte de Mission : impossible, version politique, sérieuse, impitoyable. Entre Rome, Paris, Londres, Beyrouth et New York, dont Spielberg conserve les particularités linguistiques, le film nous introduit dans la cellule israélienne en mission clandestine, pour nous faire partager non seulement ses plans périlleux, mais surtout, au final, ses doutes. Et si éliminer les têtes terroristes ne faisait, en bout de ligne, que les multiplier ?

Prière pour la paix

En une séquence-clé, dans laquelle le film superpose la nomination des 11 victimes des Jeux et des 11 cibles à abattre, Spielberg choisit son camp : l’humain. Ni proisraélien, ni propalestinien, le film expose succintement les motivations des deux camps, condamnant les unes et les autres dans son désir de dénoncer la dynamique malsaine qu’a enclenchée l’épisode munichois. « Où ça mène ? » À un cul-de-sac, à plus d’horreur. La paix ne saurait être ici une finalité, dit un personnage. Munich est un film sans héros, sans vainqueur, sans happy end (et sans star). Rarement Spielberg n’aura livré de film aussi sombre. Inévitablement, il se referme sur les images intactes du World Trade Center. La guerre au terrorisme, vue par Spielberg, est un concept qui ne mène nulle part. Son film, selon ses dires, se veut « une prière pour la paix ».

Si Munich pose de bonnes questions, sa mécanique est toutefois un peu lourde. Écartelé entre ses pôles historique, politique et les exigences du thriller, le film — sur plus de 2 h 30 — ne trouve malheureusement pas toujours l’équilibre souhaité, capable d’en faire une œuvre vraiment percutante. Sur le conflit israélo-palestinien, on peut lui reprocher de mal remettre en contexte l’impact du chapitre olympique. Comme film de genre, il manque d’élan dramatique pour lier fermement ses moments forts (car il y en a).

À l’image de son principal protagoniste, Avner, Munich est un film torturé. Spielberg transpose dans son personnage son propre déchirement. Vaillant soldat, Avner (bien campé par Bana) n’en demeure pas moins un être vulnérable, dont on se demande un peu pourquoi il a été désigné pour diriger pareil front. Plus sa mission avance, plus il y prend goût. Il aurait pu être intéressant de pousser au bout cette dynamique, d’illustrer comment les circonstances ont pu transformer un tel pion en machine à tuer. Spielberg choisit d’incarner en lui le doute moral qu’il veut illustrer. Sauf que pour que la remise en question de sa mission porte vraiment, il aurait fallu l’asseoir sur des convictions plus solides, préalable dont le film (déjà long) ne s’embarrasse pas.

L’univers de Spielberg

Le foyer — la cellule familiale — demeure le motif-clé de l’univers de Spielberg, aussi bien dans une œuvre ludique comme Attrape-moi si tu peux que dans un projet ambitieux comme Munich. Du conflit israélo-palestien, le film insiste sur cette quête commune d’un foyer (en partie le même foyer, d’où le conflit). Mais la quête du foyer s’incarne aussi dans l’intimité d’Avner, quasi-orphelin d’un père absent et d’une mère qui l’a jadis abandonné, qui, en obéissant à la mission que lui confie sa « famille » israélienne, doit faire le sacrifice de sa propre famille, qu’il a déracinée d’Israël pour la transplanter à New York, lieu encore sûr dans ce temps qui n’a pas encore connu le 11 septembre.

Spielberg ne peut se contenter de faire d’Avner un espion meurtrier. Il en fait aussi un père en devenir, manière de lui donner un visage humain, manière aussi d’exprimer comment, en ces temps de terrorisme galopant, la peur contamine même le foyer. Si la scène des retrouvailles sur l’escalier évoque la finale de La Guerre des mondes, elle est cette fois dépourvue de sentimentalisme : la famille n’est plus un terrain sûr pour Avner, manipulé de toutes parts, devenu paranoïaque (comme l’illustre un peu bêtement au final une scène d’amour qui frise le ridicule). Même sa source, symboliquement baptisé « Papa » (excellent Michael Lonsdale), le trahira. Munich n’offre aucune issue rassurante.

Chaque coup porte

La plongée dans le monde du renseignement, où celui qui achète un nom peut à son tour être vendu, est la dimension la plus fascinante du film. Munich brille à explorer ces réseaux européens souterrains, à décrire la nature fragile des rapports avec les contacts (Mathieu Amalric, Yvan Attal, Moritz Bleibtreu dans le rôle du révolutionnaire allemand Baader…). Chaque coup porte. En matière d’action brute, Spielberg est un maître. On ne peut en dire autant de la manière dont le film installe la dynamique dans la cellule d’Avner, autour de quelques personnages caricaturaux qu’on aurait aimé voir davantage creuser, parmi lesquels seul se détache vraiment Mathieu Kassovitz dans le rôle symbolique d’un démineur qui doit s’improviser poseur de bombes.

S’il peine à imposer des personnages forts (Marie-Josée Croze apparaît brièvement, dans un rôle-clé, qu’elle assure bien), à maintenir avec efficacité le suspense, Munich séduit toutefois sans réserve dans la reconstitution d’époque. Rehaussé par la photo saturée et hyperréaliste de Janusz Kaminski (collaborateur de Spielberg depuis La Liste de Schindler), le film illustre non seulement avec brio cette période des années 70, mais surtout l’esthétique des films d’espionnage et politiques du temps. L’ombre de William Friedkin, de Costa-Gavras plane à l’occasion sur Munich. N’est toutefois pas maître qui veut en la matière.

Au générique

- TITRE : Munich
- GENRE : thriller politique
- RÉALISATEUR : Steven Spielberg
- ACTEURS : Eric Bana, Daniel Craig, Mathieu Kassovitz, Geoffrey Rush
- SALLES : Odéon Sainte-Foy
- CLASSEMENT : 13 ans
- DURÉE : 2 h 43
- COTE : ***1/2

- On aime : la reconstitution d’époque, le propos de Spielberg
- On n’aime pas : le côté répétitif du scénario


 

 
© Dreamworks

Munich
vf de Munich

Genre : Drame
Classement : 13+
Sortie en salle : 23 décembre 2005

Acteurs :
Mathieu Amalric
Eric Bana
Daniel Craig
Marie-Josée Croze
Mathieu Kassovitz 
Geoffrey Rush 
Kurt Russell

Réalisateur :
Steven Spielberg 

Synopsis :
En 1972, durant les Jeux Olympiques de Munich, onze athlètes israéliens sont tués par des terroristes palestiniens. Dans le plus grand secret, un agent du Mossad mène une opération punitive avec quatre coéquipiers triés sur le volet.

Site officiel :
Munich

Bande annonce :
en format Quicktime


Moyenne des votes :
  (Nbre de votes : 7)



[Faites votre critique]

Un bon film signé Spielberg. Bana et Kassovitz sont excellent. Il faut s'intéresser au Proche Orient pour apprécier. C'est intéressant d'analyser la psychologie gén. du film. Les services secrets israélien défendent des intérêts purement superficiel, hors de la "philosophie juive". Et la déchéance progressive des protagonistes le laisse bien transparaître.
8/10

29-12-2005   - Dominic   - âge :(26-35)

Un bon film, mais pas pour tout le monde. Il faut connaitre l'histoire du moyen orient et les conflits qui opposent le israeliens au palestiniens depuis toujours pour apprécer l'histoire. Le film dure 3 heures et je ne le recommande pas aux enfants ils vont s'emmerder. Ce n'est pas le meilleur film de Steven Spielberg mais se n'est pas son pire. L'histoire est du déja vu. Des méchants qui courrent à travers le monde pour tuer d'autres méchands. Il y a aussi l'informateur qui donne des infos sur des gens à tuer encors la du déja vu. Ne vous déplacez pas au cinéma mais attendez qu'il soit en dvd pour le voir et surtout il ne faut pas y faire une soirée entre amoureux car vous serez décu pour le nanane de madame ...
5/10

28-12-2005   - Martin   - âge :(26-35)

Je ne reconnais vraiment pas Steven Spielberg comme réalisateur dans ce film complexe et sans grande qualité! Que veux-t'il prouver en faisant ce genre de film...? Il devrait s'en tenir au fantastique, il est beaucoup plus doué pour ce genre. J'avoue que j'ai eu du mal à suivre l'histoire. Les groupes terroristes pullulaient tels des envahisseurs sans qu'on comprenne exactement leur origine...je n'y ai vue que tueries, violence, san et vengeance, pas beaucoup de psychologie. Cette sempiternelle rivalité entre juifs et palestiniens finit par nous éloigner de ce genre de cinéma...
5/10

28-12-2005   - Monique    - âge :(50+)

Bon film sans plus. On s'attend davantage d'un film de Spleiberg.
6/10

28-12-2005   - Orion   - âge :(36-49)

film sans grand intérêt. On s'attend à des rebondissements qui n'arrivent pas. Cela semble un film "vengeance" de la part de Spielberg. On y reste sur notre faim.
5/10

28-12-2005   - poe   - âge :(26-35)

C'est un film intéressant mais extrêmement violent et,étant donné le sujet et la situation mondiale, il est difficile de ne pas en faire une lecture politique. Je dirais que l'engagement de Speilberg est à l'image de son héros: mou. C'est sûr que laisser planer une interrogation sur le sens de cette mission, c'est déjà beaucoup, mais je dirais pas assez. Je crois me rappeler les paroles d'un certain crucifié: les tièdes, je les vomirai de ma bouche...
7/10

27-12-2005   - Michel Thérien   - âge :(50+)

Bon film avec beaucoup d'intensité et de suspense. La vengeance se déroule bien selon les plans du gouvernement d'Idsrael.
8/10

26-12-2005   - senior    - âge :(50+)

Publié dans Critiques USA

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